JEAN RAMEAU
La Vie et la Hort. — 1886
M. Jean Rameau, un véritable poète, vient de publier chez E. Giraud un beau volume de vers intitulé : la Vie et la Mort. C'est, je ne crains pas de l'avouer, un des livres de poésie les plus intéressants que j'aie lus depuis longtemps. M, Jean Rameau n'a rien des décadents , rien non plus des poètes prud'hommesques qui sont également redoutables. Il est convaincu, il est éloquent , il est jeune et il est correct. J'ouvre le volume au hasard, et j'y trouve une pièce intitulée V Œuvre commençant ainsi :
Oh 1 prendre une montagne en ses mains magistrales 1 La pétrir, la broyer, la tailler en blocs lourds, Puis la faire revivre en blanches cathédrales Érigeant dans Pazur d'extravagantes tours!
SPIRITUAUSTES ET ROMANTIQUES Î07
Des tours de marbre avec de folles broderies, Des tours bravant le temps de leur front exalté, Des tours lançant là-haut par leurs flèches fleuries Le nom de l'architecte à Timmortalité !
— Homme vain, homme aveugle I A quoi bon?... Cathédrales Monstres de pierre assis sous les clartés astrales, Palais, manoirs^ forums, monuments innombrés, Entassements de sable un jour équilibrés, De quelque dur granit qu'on ait fait leurs murailles. Quels que soient leurs auteurs, quelles que soient leurs tailles,
Qu'ils soient cirque, donjon, cathédrale, opéra,
Tout croulera, tout s'en ira, tout périra,
Tout deviendra poussière un jour, vaine poussière I
Et, faisant tout renaître à sa forme première,
La nature sereine annulant nos efforts
Fera des monts nouveaux avec les temples morts.
Et le reste continue sur le même ton. J'ai cité, je le répète, au hasard, mais le livre contient, dans ses trois cents pages, de quoi faire la réputation d*un poète.