A. BARDOUX
La comtesse de Beaumont. — 1884
La librairie Calmann Lévy vient de publier un livre plus qu'émouvant sous le titre de: La comtesse Pauline de Beaumont, L'auteur, M. A. Bardoux, a résumé tous les renseignements biographiques sur la fille du comte de Montmorin, massacré le 2 septembre 1792, et précédant dans la mort sa femme et son fils guillotinés le même jour. Rien de plus effroyable que le récit de cette exécution ; je copie une page :
Le soir même (21 floréal), à six heures du soir, eut lieu Texécution des condamnés. Le bruit s'étant répandu dans Paris que M"® Elisabeth allait être conduite à Téchafaud, M™® Beugnot voulut se placer sur son passage afin de prier pour elle et de recevoir son dernier regard. Elle se rendit dans ce dessein au coin de la rue Saint-Honoré. Le sinistre
cortège s'avançait. Il était, ce jour-là, composé de six charrettes. M™®Beugnotjetle un coup d'œil sur la prenaière. Qui voit-elle ? Le comte de Brienne, qu'elle connaissait et dont elle se sent reconnue. Elle s'évanouit. Pour raconter ces détails, un ami des Montmorin était là aussi dans la foule. C'était M. Lemoine, l'ancien secrétaire du ministre. Il suivit les voitures jusqu'à la place de la Révolution. Dans la dernière était M™« de Montmorin et son fils. Quoique âgée de quarante-neuf ans à peine M°^® de Montmorin paraissait en avoir soixante. Ses cheveux avaient blanchi. Elle était calme et satisfaite de quitter ce monde.
• Calixte de Montmorin, debout^ tête nue, tenait dans sa main un objet qu'il portait fréquemment à ses lèvres. Sa sœur Pauline, la confidente de ses premiers troubles d'amour, lui avait vu emporter, au moment de l'arrestation à Passy, le petit ruban bleu que M"*® Hocquart lui avait laissé dérober un soir, à Luciennes. Il avait vingt-deux ans. Sa dernière pensée allait où il avait laissé son cœur. Quand les charrettes s'arrêtèrent, Calixte, respectueux envers M"® Elisabeth, s'inclina devant elle. A chaque fois que le couperet de la guillotine descendait il criait : « Vive le roil » avec un courageux domestique de la maison de Brienne» compris, lui aussi, dans la fournée. Dix-neuf fois il poussa le cri de : «f Vive le roi ! » Lorsque la vingtième victime monta les marches, il essaya bien de crier ; mais, cette fois, le cri s'arrêta dans sa poitrine : c'était sa mère ! Calixte fut guillotiné après elle. Leurs corps furent enterrés à Monceau le même soir.
La mode et parfois Tintérêt , sont aujourd'hui de s'attendrir sur les bourreaux de ce temps-là ; j'avoue que je ressens quelque préférence pour leurs victimes.