‹ (La) bataille littéraire (volume 2)Chapitre 59 sur 62 · III · texte numérisé non relu

III

du Panthéon ; on m*a pris de force. Je voudrais bien que ce fût fini... avant trois jours. Car ma petite fîlle, dans trois jours, fait sa première communion à Sainte-Geneviève, et^o ne me consolerais pas d'y manquer. Pensez donc, monsieur, un père qui ce jour-là ne bénirait pas son enfant ! . . .

Il nous racontait cela devant ses camarades que nous avions trouvés farouches, et qui n'étaient que sales, et ces insurgés hochaient la tète en approuvant.

Mon ami Laurent Pichat dit à son tour :

— Il faut rentrer chez vous. Donnez-nous vos fusils ; nous les cacherons ; ôtez vos uniformes, je vous donnerai des habits, des blouses, de quoi vous mettre en ouvriers...

— Merci bien, monsieur, repartit avec émotion le péro de la communianle. Mais ce que vous nous proposez est déjà convenu avec le concierge d'en face. Nos fusils, nos uniformes, si les Vcrsaillais fouillaient votre maison, pourraient vous compromettre. Non, ce soir, nous déposerons nos fusils sur le trottoir, et comme la maison d'en face a une sortie sur la rue de Verneuil, nous filerons par là, sans qu'on se doute que nous sortons du poste. Le concierge a tout prévu.

En effet, le lendemain matin, les fusils étaient rangés sur le trottoir en face et le poste était vide.

J'espère que le pauvre homme qui voulait déserter, pour bénir sa fille, a pu assister à la première communion de son enfant ; qu'il n'aura été ni dénoncé ni arrêté par les voisins, ni fusillé et qu'il aura pu faire ses pàques.

J'espère aussi qu'on ne m'accusera pas d'avoir pactisé avec la Commune, parce que je rends ce témoignage d'estime à un de ses plus mauvais soldats.

Bien cordialement à vous.

Louis Ulbach.

Et rincident en resta là avec mon vieil ami.

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