ALPHONSE DAUDET
Sapho. — 1884
Il est grand temps que les immortels qui siègent sous la noble coupole aient fini leur dictionnaire pour en recommencer bien vite un autre. Le collage et son frère le lâchage, sont deux mots qu'il est temps de fixer dans la langue française, sous peine de réduire les écrivains à de déplorables ]f)ériphrases. La vie moderne a besoin de vocables tout neufs pour exprimer les choses nouvelles qu'elle a apportées et pour lesquels les mots anciens manquent de précision. La rupture de Titus et de Bérénice n'est pas un lâchage, bien qu'elle y paraisse ressembler ; on « rompt » quand on porte le péplum et qu'on chausse le cothurne, on se lâche au temps des corsages Jersey et des bottines à talons.
La Sapho que M. Alphonse Daudet vient de publier n'a rien de l'antiquité, et la preuve c'est qu'il l'a dédiée à ses fils quand ils auront vingt ans. Et il a raison, car dans ce roman, trop court quand on l'a lu, tient une des plus sérieuses et des plus profitables leçons que l'homme puisse recevoir. Que de hautes intelligences, que de fières consciences parties pour le grand voyage de la vie ont fait naufrage au sortir du port contre l'écueil du faux ménage et y ont sombré pour jamais !
Alphonse Daudet, que par parenthèse l'Académie française paraît quelque peu oublier, est un des rares romanciers qui, doués d'une féconde imagination, ont toujours tenu à honneur de n'écrire que d'après nature. Ce qui frappe surtout dans Sapho, c'est l'observation de tous les instants, c'est le récit de mille faits qui sont rapportés avec un charme particulier, dans une langue irréprochable. Pe la lecture de Sapho se dégage une pensée bonne, saine, trop rare et trop désirée aujourd'hui pour ne pas la signaler. Ce n'est pas seulement un objet d'art, c'est un livre, une sorte de procès-verbal qui étale sous les yeux du lecteur un nombre de faits, d'observations, le laissant libre d'en tirer ses déductions. Pas de thèse, une histoire réelle, dont chacun doit faire son profit. En le lisant, ceux qui ont vécu diront : Dieu, que c'est vrai! Ceux qui ont à vivre réfléchiront — à moins qu'ils ne fassent comme les autres l
Dans Sapho est racontée Thistoire d'un jeune homme sans fortune qui, tout en préparant son examen aux consulats, tombe un soir dans un bal d'artistes. Une belle fille, Fanny Legrand, s'amourache de lui et en devient décidément folle en apprenant qu'il n'est ni peintre, ni poète, ni sculpteur, ni musicien. Elle a assez longtemps vécu dans ce monde où, comme modèle, elle a non seulement posé pour la statue de Sapho du sculpteur Caoudal, mais où elle a passé de bras en bras sans trop se douter de la situation sociale qu'elle se faisait . L'amour n'y met pas grandes façons, et Jean Gaussin (c'est son nom) emmène la belle fille le soir même, chez lui ; ici une page vraiment charmante :
On s'arrêta rue Jacob, devant un hôtel d'étudiant. Quatre étages à monter, c'était haut et dur. « Voulez- vous que je vous porte?... » dit-il en riant, mais tout bas, à cause de la maison endormie. Elle Tenveloppa d'un long regard méprisant et tendre, un regard d'expérience qui le jaugeait et clairement disait : « Pauvre petit!... »
Alors lui, d'un bel élan, bien de son âge et de son Midi, la prit, l'emporta comme un enfant, car il était solide et découplé avec sa peau blonde de demoiselle, et il monta le premier étage d'une haleine, heureux de ce poids que deux beaux bras, frais et nus, lui nouaient au cou.
Le second étage fut plus long, sans agrément. La femme s'abandonnait, devenait plus lourde à mesure. Le fer de ses pendeloques, qui d'abord le caressait d'un chatouillement, entrait peu à peu et cruellement danà sa chair.
Au troisième, il râlait comme un déménageur de piano ; le souffle lui manquait, pendant qu'elle " murmurait, ravie,
la paupière allongée : « Ohl m'ami, que c'est bon... qu'on est bien!... » Et les dernières marches, qu'il grimpait une à une, lui semblaient d'un escalier géant dont les murs, la rampe, les étroites fenêtres tournaient en une interminable spirale. Ce n'était plus une femme, qu'il portait, mais quelque chose de lourd, d'horrible, qui l'éloufiTait, et qu'à tout moment il était tenté de lâcher, de jeter avec colère, au risque d'un écrasement brutal.
Arrivés sur l'étroit palier «« Déjà... » dit-elJe en ouvrant les yeux. Lui pensait : « Enfin... » mais n'aurait pu le dire, très pâle, les deux mains sur sa poitrine qui éclatait.
Toute leur histoire, cette montée d'escalier dans la grise tristesse du matin.
C'est en vain que Déchelette, son devancier (en toutes choses, hélas!) lui dira le danger de ces liaisons que Ton croit devoir durer huit jours ; on n'en sort plus, ou si Ton en sort, à quel prix 1
« Quelle atroce chose que ces ruptures!... Et sa voix tranquille et railleuoO prenait une expression de douceur, de pitié infinie... On £u vécu des années ensemble, dormi l'un contre l'autre, confondu ses rêves, sa sueur. On s'est tout dit, tout donné. On a pris des habitudes, des façons d'être, de parler, même des traits l'un de l'aulre. On se tient de la tête aux pieds... Le collage enfin!... Puis, brusquement on se quitte, on s'arrache... Gomment font-ils? Comment a-t-on ce courage?... Moi, jamais je ne pourrais... Oui, trompé, outragé, sali de ridicule et de boue, la femme pleurerait, me dirait : « Reste... » Je ne m'en irais pas... Et voilà pourquoi, quand j'en prends une, ce n'est jamais qu'à la nuit... Pas de lendemain, comme disait la vieille France... ou alors le mariage» C'est définjlifet plus propre.
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Rien n'y fait, la liaison se resserre, devient définitive et de la famille Gaussin qui l'attend là-bas, dans le Midi, il n'est plus question ; c'est à partir de ce jour que le martyre commence; un à un, l'amant apprend les noms qui l'ont précédé dans le cœur de Fanny; et qui en sait le nombre? Il s'indigne d'abord, il veut fuir, mais il revient, sa colère, sa jalousie, tombent devant cette autre maîtresse : l'habitude! peu à peu, le monde où a vécu Fanny lui devient moins odieux, la fange monte sans qu'il s'en doute et il s'abandonne à cette stérile et dégradante passion. D'où vient Fanny? Gaussin ne s'en doute guère, elle est plus âgée que lui et a droit à un « passé ». Voici cependant comment le hasard lui fit rencontrer son « beau-père ».
Ils rentraient du théâtre, et montaient en voiture, sous la pluie à une station du boulevard. L'équipage, une de ces guimbardes qui ne roulent qu'après minuit, fut long à démarrer, l'homme endormi, la béte secouant sa muselle. Pendant qu'ils attendaient à couvert dans le fiacre, un vieux cocher, en train de rajuster une mèche à son fouet, s'approcha tranquillement de la portière, son filin entre les dents, et dit à Fanny d'une voix cassée qui puait le vin :
M Bonsoir... Comment qu'ça va?
— Tiens, c'est vous? »
Elle eut un petit tressaut vite réprimé et, tout bas, à son amant : « mon père!... »
Son père, ce maraudeur à la longue lévite d'ancienne livrée, souillée de boue, aux boutons de métal arrachés, et montrant sous le gaz du trottoir une face bouffie, apoplec-
Usée d'alcool, où Gaussin croyait retrouver en vulgaire le profil régulier et sensuel de Fanny , ses larges yeux de jouisseuse! Sans se préoccuper de l'homme qui accompagnait sa fille et comme s'il ne Teût pas vu, le père Legrand donnait des nouvelles de la maison. «La vieille est à Necker depuis quinze jours, elle file un mauvais coton... Va donc la voir un de ces jeudis, ça y donnera du courage... Moi, heureusement» le coffre est solide ; toujours bon fouet, bonne mèche. Seulement le commerce ne va pas fort... Si l'avais besoin d'un bon cocher au mois, ça ferait joliment mon affaire... Non? tant pis alors, et à la revoyure... » Ils se serrèrent les mains mollement; le fiacre partit.
Que devient la famille de Gaussin, composée de son père, de sa mère, de deux petites sœurs?... Il ne s'en soucie guère; ici. je détache une page charmante d'une lettre de sa tante Divonne, une délicieuse silhouette; les deux hessonneSy les deux petites sœurs avaient disparu de la maison paternelle :
Enfin, mon cher enfant, pour ne pas faire durer ceUe pénible histoire, le lundi matin nos petites nous furent ramenées par les ouvriers que ton oncle occupe dans Pile et qui les avaient trouvées sur un tas de sarments, pâles de froid et de faim après cette nuit en plein air, au milieu de Teau. Et voici ce qu'elles nous ont conté dans l'innocence de leurs petits cœurs. Depuis longtemps Tidée les tourmentait de faire comme leurs patronnes Marthe et Marie, dont elles avaient lu l'histoire, de s'en aller dans un bateau sans voiles, ni rames, ni provisions d'aucune sorte, répandre révangile sur le premier rivage où les pousserait le souffle de Dieu. Dimanche donc après la messe, détachant une barque à la pêcherie et s'agenouillant au fond
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comme les saintes femmes, tandis que Je courant Jes emportait, elles s'en sont allées doucement, échouer dans les roseaux de la Piboulette, malgré les grandes eaux de la saison, les coups de vent, les révouluns... Oui, le bon Dieu les gardait et c'est lui qui nous les a rendues, les jolies! ayant un peu fripé leurs guimpes du dimanche et gâlé la dorure de leurs paroissiens. On n'a pas eu la force de les gronder, seulement de grands baisers à bras ouverts; mais nous sommes tous restes malades de la peur que nous avons eue.
A côté de ce tableau délicieux, M. Daudet comme opposition, nous peint et de main de maître un repas chez les amis de Fanny ; il y a là tout un monde étudié sur le vif; un ménage Hettéma des plus singuliers, vivant dans l'ignorance absolue de sa corruption ; M™® Hettéma a été retirée par Hettéma d'un milieu plus que véreux, quoique autorisé, et il Ta tout simplement épousée ; c'est le seul ménage régulier de ce cercle; il y a un Hollandais, une Rosario-Sanchez, maîtresse d'un compositeur et ancienne dame des chars de l'Hippodrome dont la mère, une vieille Espagnole, élève un caméléon; c'est un fouillis, un tohu-bohu d'irréguliers et d'irrégulières à défrayer trois romans. A propos de cette vieille et de son caméléon, une description étonnante par sa vérité, d'un repas à Enghien, chez sa fille :
Jean l'avait pour voisine, cette Pilar, et ses vieilles babines qui grondaient en mangeant avec un ruminement de
bote ; ce coup d^œil inquisiteur dans son assiette, mettaient au supplice le jeune homme déjà gêné par le Ion de patronne de Rosa, plaisantant Fanny sur les soirées musicales de rhôtel et la jobardise de ces pauvres rastaquouères qui prenaient la gérante pour une femme du monde tombée dans le malheur. L'ancienne dame des chars, bouffie de graisse malsaine, des cabochons de dix mille francs à chaque oreille, semblait envier à son amie le renouvellement de jeunesse et de beauté que lui communiquait cet amant jeune et beau ; et Fanny ne se fâchait pas, amusait au contraire la table, raillait en rapin les pensionnaires, le Péruvien qui lui avouait, en roulant des yeux blancs, son désir de connaître une grande coucoute, et la cour silencieuse, à souffle de phoque, du Hollandais haletant derrière sa chaise : « Tevinez combien les pommes de terre à Batavia. »
Gaussin ne riait guère, lui ; Pilar non plus, occupée à surveiller Targenterie de ta fille, ou s*élançant d*un geste brusque, visant sur le couvert devant elle ou la manche de son voisin une mouche qu'elle présentait en baragouinant des mots de tendresse « mange, mi aima; mange, mi corazon » à la hideuse petite bêle échouée sur la nappe, tlétrie, plissée, informe comme les doigls de la Desfous.
Quelquefois, toutes les mouches on déroute, elle en apercevait une contre le dressoir ou la vitre de la porte, se levait, et la raflait triomphalement. Ce manège souvent répété impatienta sa fille, décidément très nerveuse, ce matin^Ià :
c Ne te lève donc pas à toute minute, c'est fatigant. » Avec la même voix descendue de deux tons dans le charabia, la même voix répondit : « Vous dévorez, vosolros,., pourquoi tu veux pas qu'il mange, loui?
— Sors de table, ou tiens-toi tranquille... tu nous embêtes... »
La vieille se rebiffa, et toutes deux commencèrent à s'in-
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jurier en dévotes Espagnoles, mêlant le démon et Tenfer à des invectives de trottoir :
— f Hija del demonio.
— Cuerno de Salanas.
— Puta!...
— Mi madré 1 »
Jean les regardait épouvante , tandis que les autres convives, habitués à ces scènes de famille, continuaient de manger tranquillement.
Puis voici, prise dans un repas à la campagne, un profil des Hettéma :
En avant et plus bas, se lassait dans la pente de Tallée le couple Hettéma, coiffé de gigantesques chapeaux de paille pareils à ceux des cavaliers touarAgs, vôlu de flanelle rouge, chargé de victuailles, d^engins de pèche, filets, balances à écrevisscs, et la femme, pour àll(^gcr son mari, . portant vaillamment en sautoir sur sa poitrine de colosse le cor de chasse sans lequel il n*y avait pas de promenade en forêt possible pour le dessinateur. En marchant, le ménage chantait :
J'aime entendre la rame Le soir battre les flots; J'aime le cerf qui brame...
Le répertoire d'Olympe était inépuisable de ces sentimentalités de la rue ; et quand on se figurait où elle les avait ramassées, dans quelle demi-ombre honteuse de persiennes closes, à combien d'hommes elle les avait chantées, la sérénité du mari accompagnant à la tierce prenait une extraordinaire grandeur. Le mol du grenadier de Waterloo : « Ils sont trop...» devait être celui de la philosophie de cet • homme. .
Mais j'oublie pour les détails (il y en a tant et de si charmants I) le roman lui-même. En est-ce bien un? Non ; c'est mieux, c'est une suite de scènes si étudiées qu'il faut les lire et les relire pour se rendre compte de tout ce qu'elles renferment. Poussé par sa famille, et après maintçs tentatives de rupture, Gaussin a décidé qu'il se séparerait pour toujours ; il veut se marier, il aime une charmante jeune fille; toutes les hontes du passé se dressent devant lui, il veut en finir avec cette vie dégradante. C'est en vain que Déchelette lui démontre qu'il en coûte parfois cher de dénouer de pareils liens ; voici ce qui vient de lui arriver à lui-même avec sa maîtresse :
Le jour où je devais partir, elle me dit d'un air Iranquille : « Emmène-moi, Déchelette... ne me laisse pas seule... je ne pourrai plus vivre sans toi... d Ça me faisait rire. Me voyez-vous avec une femme, là-bas, chez les Kurdes... Le désert, la fièvre, les nuits de bivouac... A dîner, elle me répétait encore : « Je ne te gênerai pas, tu verras comme je serai gentille... » Puis, voyant qu'elle me faisait de la peine, elle n'a plus insisté... Après, nous sommes allés aux Variétés dans une baignoire... tout cela convenu d'avance... Elle paraissait contente, me tenait la main tout le temps et murmurait : « Je suis bien... » Comme je partais dans la nuit, je la ramenai chez elle en voiture; mais nous étions tristes tous deux, sans parler. Elle ne me dit même pas merci pour un petit paquet que je lui glissai dans la poche, de quoi vivre tranquillement un an ou deux. Arrivés rue Labruyère, elle me demande de monter... Je ne voulais pas. « Je t'en prie... jusqu'à la porte seulement. :> Mais là
je tins bon, je n^entrai pas. Ma place élait reteDue, mon sac fait, puis j'avais trop dit que je partirais... En descendant, le cœur un peu gros, j^entendais qu'elle me criait quelque chose comme c ... plus vile que toi... » mais je ne compris qu'en bas, dans la rue... Oh!... »
Il s'arrêta, les yeux à terre, devant l'horrible vision que le trottoir lui présentait maintenant à chaque pas, cette masse inerte et noire qui râlait. . .
« Elle est morte deux heures après, sans un mot, sans une plainte, me fixant do ses prunelles d*or. Soufifrit-elle? m'a-t-elle reconnu? Nous Pavions couchi^e sur son lit, tout habillée, une grande mantille de dentelle enveloppant la tète d'un côté, pour cacher la blessure du crâne. Très pâle, avec un peu de sang sur la tempe elle était encore jolie, si douce!... Mais comme je me penchais pour essuyer celte goutte de sang qui revenait toujours, inépuisable, — son regard m'a semblé prendre une expression indignée et terrible... Une malédiction muette que la pauvre fi lleme jetait... Aussi qu'est-ce que ça me faisait de rester quelque temps encore ou de l'emmener avec moi, prête à tout, si peu gênante?... Non, l'orgueil, l'entêtement d'une parole dite... Eh bien, je n'ai pas cédé, et elle est morte,morte de moi qui l'aimais pourtant.
Rien n'y fait, il part ; et la scène de la séparation navrante, terrible, ne Tempêche pas de réaliser son projet. A ces belles et émouvantes pages succède une lettre, un chef-d'œuvre comme la lettre de Manon, où la pauvre fille en appelle à tout le passé pour ramener celui qui la repousse. Mais celui que ni les larmes ni les supplications ne peuvent ébranler va céder à la jalousie ; Fanny, à bout de prières, s'est décidée à reprendre un ancien amant et, lasse
de toutes ces amours, va finir sa vie entre lui et un enfant qu'elle n'avait jamais avoué. Elle disparaît et laisse Gaussin fou de douleur . Il épousera bien vraisemblablement Irène, mais je ne puis croire qu'un cœur ainsi ballotté, usé par tant d'orages, puisse jamais goûter le bonheur calme que la vie va lui donner.
Voilà en quelque mots le récit de Sapho ; l'œuvre est plus importante par le détail, par la condensation des observations qu'aucune autre d'Alphonse Daudet. Sans renoncer à la voie dans laquelle il s'est engagé, l'auteur de Numa Roumestan a cru devoir néanmoins suivre parfois dans ses routes dangereuses les audacieux de l'école nouvelle. Le titre le dit un peu, c'est déjà beaucoup et rien ne le rendait nécessaire. Mais je ne veux pas insister sur ce point, trop heureux de présenter non seulement un livre à très grand succès, mais aussi une œuvre d'étude et de rare conscience.
Dans la Vie de Bohême, Murger n'a pensé qu'à chanter les ivresses, les joies des premiers jours des amours improvisées à vingt ans ; moins superficiel, Daudet nous a montré les pesants lendemains de ces jours légers, et c'est des regrets, des douleurs, des remords qui les remplissent le plus souvent qu'il a fait son livre.
Je crois intéressant de joindre à l'article qui précède un
autre article paru à un an de distance de celui-ci. Il s'agit encore de Sapho^ mais surtout de TAcadémie française. Je n'ai pas à insister sur ce point; tout le monde se rappelle rétonnement produit dans le public lorsque je donnai au Figaro une lettre dont Alphonse Daudet demandait impérieusement rinsertion à mon amitié. Voici cet article auquel je ne change pas un seul mot :