‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 27 sur 78 · LE FAUNE · texte numérisé non relu

LE FAUNE

Ces nymphes, je les veux perpétuer.

Si clair, Leur incarnat léger, qu'il voltige dans l'air

Assoupi de sommeils touffus.

Aimai-je un rêve ?

Mon doute, amas de nuit ancienne, s'achève En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais Bois mêmes, prouve, hélas! que bien seul je m'offrais Pour triomphe la faute idéale de roses —

Réfléchissons . . .

ou si les femmes dont tu gloses Figurent un souhait de tes sens fabuleux ! Faune, l'illusion s'échappe des yeux bleus Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste Mais, l'autre tout soupirs, dis-tu qu'elle contraste Comme brise du jour chaude dans ta toison? Que non ! par l'immobile et lasse pâmoison Suffoquant de chaleurs le matin frais s'il lutte. Ne murmure point d'eau que ne verse ma tlùle Au bosquet arrosé d'accords; et le seul vent Hors des deux tuyaux prompt à s'exhaler avant Qu'il disperse le son dans une pluie aride, C'est, à l'horizon pas remué d'une ride, Le visible et serein souftle artiticiel De l'inspiration, qui regagne le ciel.

0 bords siciliens d'un calme marécage

Qu'à l'envi des soleils ma vanité saccage,

Tacites sous les fleurs d'étincelles, contez

» Que je coupais ici les creux roseaux domptés

)i Par le talent ; quand^ sur l'or glauque de lointaines

» Verdures, dédiant leur viijne à des fontaines,

» Ondoie une blancheur animale au repos :

n Et qu'au prélude lent où naissent les pipeaux,

DECADENTS SYMBOLISTES EVOLUTIFS 183

)' Ce vol de cygnes, non! de ndiudes se sauve » Ou plonge...

Inerte, tout brùle dans l'heure fauve Sans marquer par quel art ensemble déiala Trop d'hymen souhaité de qui cherche le la : Alors m'éveillerais-je à la ferveur première, Droit et seul, sous un flot antique de lumière, Lys ! et l'un de vous tous pour l'ingénuité.

Je m'arrête, ne voulant pas troubler ces citations par des réflexions et voulant donner un échantillon de la prose de M. Stéphane Mallarmé comme j'en ai donné un de sa poésie. La pièce qu'on va lire est intitulée : Avant dire, et sert de préface a une des éditions du Traité du Verbe de M. René Ghil.

Tout, au long de ce caliier écrit par M. Ghil, s'ordonne en vertu d'mie vue, la vraie : le titre traité du verbe et les lois par maint avouées à soi seul, qui fixeiit une spirituelle ixsTRUMENTATiois parlée.

Le rêveur de qui je tiens le manuscrit fait pour s'évaporer parmi la désuétude de coussins ploijés sous Vhôte du château d'Usher ou vêtir une reliure lapidaire aux sceaux de notre des Esseintes permet que d'une page ou moins d' Avant-dire, je marque le point singulier de sa pensée au moment oie il entend la publier.

in désir indéniable à V époque est de séparer, comme en vue d'attributions différentes, le double état de la parole, brut ou immédiat ici, là essentiel.

l<Si I.A BATAILLE LITTERAIRE

Narrer, enseigner, même décrire, cela va et encore qu'à chacun suffirait peut-être, pour échanger toute pensée humaine, de prendre ou de mettre dans la main d'autrui en silence une pièce de monnaie, Vemploi élémentaire du discours dessert l'universel reportage dont, la Littérature exceptée, participe tout, entre les genres d'écrits contemporains.

A quoi bon la merveille de transporter un fait de nature en sa presque disparition vibratoire, selon le jeu de la parole cependant, si ce n'est pour qu'en émane, sans la gêne d'un reproche ou concret rappel, la notion pure?

Je dis : une fleuri et, hors de l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les calices sus, musicalement se lève, idée rieuse ou altère, l'absente de tous bouquets.

Au contraire d'une fonction de numéraire facile et représentatif, comme le traite d'abord la foule, le parler, qui est, après tout, rêve et chant, retrouve chez le poète, par nécessité constitutive d'un art consacré aux fictions, sa virtualité.

Le vers qui de plusieurs vocables refait un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire, achève cet isolement de la parole : niant, d'un trait souverain, le hasard demeuré aux termes malgré l'artifice de leur retrempe alternée en le sens et la sonorité, et vous cause celte surprise de n'avoir oui jamais tel fragment ordinaire d'élocution, en même temps que la réminiscence de l'objet nommé baigne dans une clairvoyante atmosphère.

L'ensemble de feuillets qui espace autour de pareille vi-

sée de délicieuses recherches dans tout l'arcane verbal a de l'authenticité, non moins qu'il s'ouvre à l'heure bonne.

Le lecteur pouiTa mieux juger des tendances de M. Shéphane Mallarmé par cette pièce, qui est complète, que par la précédente, que j'ai été obligé de couper comme je le fais pour les suivantes.

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