‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 36 sur 78 · PAUL VERLAINE · texte numérisé non relu

PAUL VERLAINE

Poésie. — 1887

Le meilleur disciple de Baudelaire, M. Paul Verlaine, que le public classe aujourd'hui parmi les décadents et que je persiste à déclarer romantique, est un poète de grand talent, et je regrette de n'avoir pu lui consacrer sa page dans mes volumes précédents. Sa personnalité très originale lui a valu non seulement d'être discuté, mais calomnié et injurié; je trouve dans une revue toute moderne, comme le dit son titre : le Décadent, cette protestation rimée du poète et intitulée : Ballade touchant un point d'histoire :

Assez qu'on — sinon plus qu'assez.

Déplore avec désinvolture, Les uns mes « désordres ■> passés, Les autres ma Noce ! future ;

Mais tous joignent cette torture A leurs racontars déplaisants De me vieillir plus que nature :

Je n'ai que quarante-trois ans.

J'ai raille vices, je le s&is, Et connais leur nomenclature, Mais pas tous ceux qu'on a tracés.

La pénible mésaventure Que va-t-il falloir que j'endure?

Oui, non sans maints ennuis cuisants.

Or voici le cas de rupture :

Je n'ai que quarante-trois ans.

J'aurai quelque jour un accès Contre cette littérature.

Je jure alors, foi de Français!

De courre et forcer l'imposture Fût-ce au fond de l'Estramadure Ou vers le pôle aux froids jusants, Dilemme : « Surcharge ou rature! »

Je n'ai que quarante-trois ans.

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