‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 39 sur 78 · GUSTAVE RIVET · texte numérisé non relu

GUSTAVE RIVET

Hector Lestraz. — 1887

Avant qu'elle ait paru en un beau volume, je tiens à signaler une très remarquable pièce, je devrais dire un poème, que M. Gustave Rivet vient de publier dans un journal où se sont produits tant de véritables poètes : le Chat yioir (pourquoi ne pas appeler par son nom ce journal qui a pris son titre de la grande brasserie artistique de la rue Victor- Masse), le Chat noir, qui nous a donné les premières belles œuvres de Jean Rameau, les spirituelles fantaisies de Mac-Nab, de Jules Jouy, les macabres dessins de Willette, les fantaisies de Caran d'Ache, vient de publier le Petit 7'estament d'Hector Lestraz , escholier de Paris, par M. Gustave Rivet. En quarante strophes l'auteur nous a fait passer par

toutes les sensations de l'homme qui, lassé de la vie, s'est décidé à en trancher le fil lui-même. Et cela sans contorsions de vers, de rimes pauvres par leur richesse, rien qu'en laissant parler en lui la nature. L'esiDace me manque pour donner ce poème en entier, je me contente d'en détacher ces quelques strophes :

Puisque ici-bas tout n'est qu'un leurre, Puisque le spleen et la rancœur Ont envahi mon pauvre cœur Et s'y sont logés à demeure ; Puisque chaque jour et chaque heure Dont j'attends quelque allégement Ne m'apporte que le tourment, Il vaut mieux cent fois que je meure.

Je traînerais cette existence Morne, vaincu, désenchanté.

Oiseau dans mon vol arrêté, Je boiterais dans ma souffrance !

Sans amour et sans espérance, Je ne suis qu'un déshérité; J'écris sur mon début : Raté!

J'ai fini : qu'un autre commence!

Oui, Platon, en son homélie Déduite avec le plus grand soin, Prouve, et je n'y contredis point.

Que Dieu nous enchaîne à la vie.

L'idée avec les faits varie I La Réal;flé, de son poing,

Culbute Platon dans un coin !

Va ramasser sa théorie !

Oui, faites-lui manger mon cœur Et ma vengeance sera siire !

Il brûlera son sein moqueur.

Elle connaîtra la torture De la passion que j'endure.

Et, saignante de ma blessure.

Elle mourra de ma douleur!...

— Maintenant, voyageurs pour la Mort, en voiture !

Malgré le décousu de mes citations, on aura pu voir, à la facilité et à l'éloquence de ces quelques vers, qu'on a affaire cette fois à un véritable poète.

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