M"^ JULIETTE ADAM
Un Rêve sur le divin, — 1887
Un Rêve sur le divin est un livre de saine philosophie écrit par une femme. J'y trouve l'œuvre d'une belle âme. Il faut avoir vécu, aimé, souffert, il faut regretter et espérer, pour écrire ces pages qui renferment tant de choses consolantes.
L'auteur croit à l'âme, comme tous les hauts esprits français, comme Michelet, Cuvier, Victor Hugo, etc, ; à ceux qui se sont fait la règle facile de ne croire qu'à ce qu'ils voient, M"^ Adam dédie ces lignes :
Expliquez l'élément psychique, disent les savants. Expliquez l'élément électrique, répondrons-nous.
La croyance de l'auteur peut se résumer ainsi : Lorsque l'âme a récolté dans la vie assez d'épreuves, de
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douleurs, d'expériences terrestres, qu'elle les a échangées contre des valeurs célestes, qu'elle a gagné sa rançon uranique, elle échappe aisément à sa prison matérielle. Dieu oblige alors le corps à « rendre l'àme ».
Ainsi le progrès de l'àme est le dépouillement graduel, réliraination de la matière, dont les attributs les plus lourds sont le temps de l'espace.
L'àme perd la claire vision de ses étapes uraniques dès qu'elle est remplacée dans un organisme opaque et matériel.
Plus loin je trouve cette pensée très chétienne :
On se perfectionne dans la vie par les autres et pour les autres ; l'àme s'enrichit de ce qu'elle dépense, se fortifie avec les forces qu'elle partage, s'enrichit de ce dont elle se prive.
Sans descendre aux spéculations de la politique et du socialisme égalitaire, notre observateur remarque fort spirituellement que :
Ce sont en général ceux-là même qui n'admettent pour la nature que Tordre immodifiable, le mouvement déterminé, la loi fatale, l'impossibilité absolue dans laquelle elle est de se soustraire à ses différentes conditions, qui veulent que l'homme, pour eux un composé de nature, soit libre ! ! !
Nous ne voudrions pas décourager les grands riches qui font construire des hôpitaux à coups de millions dont la dépense n'effleure même pas leurs
colossales fortunes, mais je ne puis m'empêcher de constater la justesse de cette pensée :
Le riche, très riche, ne peut connaître les joies de la bienfaisance. Le bienfait n'est bienfait que s'il impose une privation à celui qui donne. Donner bienfaisamment, ce n'est point placer noblement un peu ou beaucoup de son superflu, ni prêter à Dieu pour qu'il tienne un grand livre d'aumônes : donner, c'est se priver.
Tout est là : privez-vous un peu et vous sentirez la jouissance de la bienfaisance; je ne crois pas que des millions donnés parce qu'on en a un peu de trop laissent au cœur la douceur de l'aumône qui coûte quelque chose du bien-être, si peu que ce soit.
En somme, un bon et beau livre à tous les points de vue.