‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 47 sur 78 · LE FROID. — NUIT TOMBANTE · texte numérisé non relu

LE FROID. — NUIT TOMBANTE

Songez-vous quelquefois à ces pauvres errants Qui, la besace vide et le cœur solitaire, Presque aussi peu vêtus que nos premiers parents, Cheminent sans abri sur notre immense terre,

A l'heure oiî, du sommet de quelque vieille tour, Comme un pressentiment des rapides ténèbres, Un angélus lointain pleurant la mort du jour Jette dans l'air du soir ses trois notes funèbres?

Le vieux maigre qui va, les membres grelottants, Sous la bise d'hiver qui le frappe au visage, Maudissant les cœurs durs et la rigueur des temps. Lance un regard de haine au sombre paysage.

Eq parcourant des yeux l'horizon, que voil-il? Sous un ciel noir à peine éclairé par la neige Tout est blanc. Des chemins comment suivre le fil Il se dit, effaré : Quelle route prendrai-je?

Les oiseaux qui sous bois pour la nuit sont branchés Font, dans leur froid sommeil, des rêves lamentables. Tous les troupeaux bêlants au bercail sont couchés, Ainsi que les grands boeufs au fond de leurs étables.

Il a cru reconnaître une étoile qui point Là-bas rasant le sol... Est-ce un feu de chaumière Qui se rallume au Nord?... Peut-être, mais si loin Qu'il renonce à l'espoir d'atteindre sa lumière.

Le voyageur transi, harassé, morne et seul, Pressent bien qu'il en est à sa dernière étape, Et songe en frissonnant à ce vierge linceul De la neige sur lui jetant sa grande nappe.

A pas lents il se traîne aux lisières des bois. Le revers d'un fossé reçoit l'homme qui tombe. C'est au bord d'un fossé qu'il naissait... autrefois. Qui n'eut pas un berceau n'aura pas une tombe.

Je ne sais rien de plus touchant ni de plus éloquent que les deux derniers vers de cette belle pièce d'un vrai poète.

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