‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 71 sur 78 · ROUSTAM · texte numérisé non relu

ROUSTAM

Mémoires. — 1888

Le tome VIII de la Revue rétrospective, recueil de pièces fort intéressantes pour l'histoire du xvin"= et du xix'' siècle, vient de paraître aux bureaux de la Revue. Parmi les documents inédits qu'il publie, nous citerons les Mémoires de Roustam, le fameux mameluck de Napoléon I" ; rien de plus amusant ni de plus curieux que ces mémoires écrits à la diable.

En les feuilletant, je trouve cette page relative à l'entrevue de Tilsitt :

Quand nous sommes arrivés en face de la maison qui était destinée pour l'empereur de Russie, l'empereur des Français lui dil ; » Voilà la maison de Votre Majesté. » Mais l'empereur de Russie lui dit : « Sire, permcltez-moi que je

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parcoure jusqu'au bout de la rue, pour voir toule la garde, que je trouve superbe. » Et ils ont été jusqu'au bout de la grand'rue, et sont retournés à la maison qui était préparée pour l'empereur des Français, et ont diné ensemble.

Deux jours après, le roi et la reine de Prusse sont venus aussi à Tilsitt; ils étaient logés dans la maison d'un meunier, et venaient tous deux, tous les jours, chez l'empereur des Français et l'empereur de Russie, pour dîner avec l'empereur Napoléon.

Un jour, à diner, l'empereur Napoléon disait au roi de Prusse : « N'est-ce pas, monsieur le roi de Prusse, Votre Majesté n'aime pas la guerre, car Votre Majesté n'est pas heureuse dans la campagne qu'elle vient de faire? » Le roi de Prusse lui répond : « Oui, Sire, Voire Majesté le sait mieux que moi, » sa tète toujours baissée.

La reine de Prusse venait très souvent faire des visites à l'empereur Napoléon.

Un jour elle était coiffée à la grecque, l'Empereur lui dit : « Votre Majesté est coiffée à la turque. » Elle dit ; « Je vous demande pardon. Sire, je suis coiffée à la Roustam. » En me regardant, moi étant auprès de l'Empereur.

Quand l'Empereur était à Tilsitt, on a présenté la reine de Prusse à l'Empereur, qui l'a reçue dans un petit salon. Sa visite resta une heure. En sortant de chez l'Empereur, elle avait beaucoup pleuré, car son visage était tout mouillé et ses yeux gros. Tout de suite après, on annonce à l'Empereur que le diner était servi. Alors, l'Empereur sortit de son cabinet, il trouve le prince de Neuchâtel dans la salle à manger. Il dit : c Eh bien! Berthier, la belle reine de Prusse pleure joliment; elle croit que je suis venu jusqu'ici pour ses beaux yeux. »

Le lendemain, l'empereur Alexandre, le roi et la reine de Prusse, le grand-duc Constantin sont venus diner avec l'empereur Napoléon, et moi j'élais à côté de l'Empereur

pour le servir. La reine de Prusse el l'empereur Alexandre me regardaient beaucoup.

Le manuscrit contient bien d'autres récits aussi pleins de naïveté et de vérité ; ce ne sont çuère que des cancans, à vrai dire, mais cancans qui peuvent apporter un renseignement utile sur un fait, une touche qui complète la ressemblance d'un portrait. Et puis, si l'on retirait à Clio le droit au cancan, je me demande ce qui resterait de l'Histoire de France, par exemple.

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