‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 72 sur 78 · EUGÈNE VIVIER · texte numérisé non relu

EUGÈNE VIVIER

Les Petites Comédies de la vie. — 1888

Voici un livre qui, certes, n'est pas écrit pour tout le monde ; mais ce livre est-il bien un livre ? se demanderait justement un analyste. Eh bien ! non, ce n'en est pas un, c'est un album, un simple carnet sur lequel Eugène Vivier, un des hommes du siècle qui ont résumé le plus de fantaisie et de verve philosophique, a écrit quelques-unes de ces pensées dont il a publié une partie il y a plusieurs années. Un peu de ce qui se dit tous les jours, tel était le titre de ce livre, douce critique des banalités de la conversation.

Le petit volume est devenu introuvable et celui-ci va faire comme son aîné.

Les Petites Comédies de la vie sont non seulement

la suite du premier tome, mais elles nous offrent de plus, en quelques lignes, comme le scénario de toute une partie de la vie de ses personnages. Jamais Vivier ne précise, il aime à vous donner une très légère esquisse pour que vous ayez le plaisir de terminer le tableau vous-même ; c'est une sorte de Georges Cuvier qui vous jette une vertèbre et qui vous dit : reconstruisez-moi tout l'animal.

Voici d'abord un exemple assez commun de la façon dont on distribue certaines hautes fonctions :

— Vous n'ignorez pas que, comme administrateur dans votre Compagnie, il ne vous sera d'aucune utilité ; mais ça ne fait rien : c'est un nom.

Puis cette réflexion d'une « amie » :

— Jolie, spirituelle, distinguée, d'une taille ravissante, des petites mains et des petits pieds de duchesse, des dents d'une blancheur immaculée ;... mais hier, pendant la valse, c'était terrible.

Réflexion conjugale :

— Dis donc, mon ami, je pense à une chose...

— A laquelle, ma chère petite femme adorée ?

— Si tu allais prendre un bain?

Conseil de quêteuse :

— Donnez plus si vous voulez, mais c'est ce qu'on donne oi'dinairement.

Un petit échantillon de la probité facile, commerciale et bourgeoise :

— J'ai justement un payement à effectuer aujourd'hui, donnez-la-moi, je la ferai bien passer, ça ne sera pas la première !

Quelle comédie de tous les jours et comme on voit bien le présent et l'avenir de ce mari :

— Certes, ma femme est encore charmante, mais nous n'en sommes plus là, mon ami, après quatre ans de mariage!... Je vais au cercle, y venez-vous avec moi?

Ici le type du bourgeois amphitryon et ses réflexions clichées :

— Si nous tenons à ne pas mourir de faim, mes amis, ne faites pas causer ma femme pendant qu'elle découpe !

Un rien qui résume assez l'importance de la médecine au dix-neuvième siècle :

— Vous pouvez les prendre avant, pendant ou après le repas, ça ne fait rien du tout, et vous vous en trouverez très bien.

Et la scène inévitable, continuelle, de l'accident de la rue ; qui n'a entendu cette conversation ?

— C'est un cheval qui vient de s'abattre, ma bonne amie.

— Allons-nous-en, allons-nous-en, un pareil spectacle me tournerait le cœurl Allons-nous-en! Oîidonc s'est-il abattu?

— Là, en face de nous, devant la boutique de l'épicier.

— Je l'aperçois en effet, ô le pauvre animal ! peut-être

va-l-il se relever loul seul ? Attendons, attendons un peu. \on, il ne se relève pas. C'est horrible! Allons-nous-en, je ne peux pas voir ça !

Aussi vrai que féroce .

« La mort de son père a considérablement amélioré sa position ; il avait joliment besoin de cela, je vous en réponds, il nous le disait encore ce matin, les larmes aux yeux, car il adorait son père. »

Confidences entre épouses :

Le mien, c'est tout différent, ma chère; si je voulais récouler, nous en aurions un tous les ans...

Evidemment le mot d'une vertu c|ui tente de résister :

— Mais à la condition que vous la prendrez découverte !

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