COSTA DE BEAUREGARD
Charles-Albert. — 1888
Sous ce titre : la Jeunesse du roi ChaHes-Albert, M. Costa de Beauregard vient de publier chez Pion un livre fort curieux sur ce prince, dont la vie fut si étrange et si tourmentée. Je ne puis mieux expliquer l'ouvrage que par ce court fragment de la préface :
« Voilà quarante aus que Charles-Albert est mort, et sa grande figure fatidique nous défie encore comme le Sphinx, nous, SI curieux d'analyse,
<' Nul n'a osé toucher à celte conscience royale faite de rêve, de réalité, d'élan, de calcul, de remords, de présomption. C'est que tout y a été pour déconcerter la logique, la foi, l'amour.
« Et il semble qu'après avoir vécu de mystère, le roi, pour disparaître, ait aussi voulu s'envelopper de mystère .
Car nul jamais ne saura si ce fut avec orgueil ou avec douleur que Charles-Albert disait au lendemain de Novare, alors que déjà il ne parlait plus do lui-même qu'au passé, comme on parle des morts : « La mia vita fù un romanzo, io non somo stato conosciuto — Ma vie a été un roman, je n'ai pas été connu. » (Cibrario, Ricordi d'iina missione in Portogallo, p. 257. "l
« Le roi se rendait justice ; après dix-lmil ans de règne, il allait mourir, héros masqué d'un roman auquel la défaite venait de mettre le signet.
« Enfant,, il semblait connaître déjà les angoisses, les défiances, les terreurs, les écrasements du vaincu. On lui a entendu dire ce mot désolé : « ...Je ne suis sûr de moi « ni en politique ni en amour... »
« De quoi pouvait-il être sûr? Hélas! tout l'avait trompé, tout devait le tromper. La fortune ne lui sourit jamais que pour le perdre. L'enthousiasme de ses vingt ans fera de lui presque un révolté. Son héroïsme le mènera à l'abdication et à l'exil. Par une suprême fatalité, les glorieuses étapes de sa jeunesse seront les stations de son dernier calvaire. Là où le héros du Trocadéro avait passé en vainqueur, passera le vaincu de Novare pour aller mourir à Opporlo.
« Cette vie déçue devait fatalement chercher dans l'extase le point d'appui qui lui manquait. Est-il plus séduisant mirage que le fatalisme chrétien? C'est pourquoi Charles- Albert fera de Dieu son complice. C'est pourquoi, trop souvent, son extraordinaire mysticisme confondra les femmes avec les anges, les royaumes de la terre avec celui du ciel. Ses lettres témoignent d'une hallircination incessante qui inspirera sa prière, ses amours, sa politique, et, chose incroyable, réglera sur le champ de bataille jusqu'aux marches et contremarches de son armée. »
Le livre est une sorte de biographie contenant
une foule de détails sur bien des choses et bien des personnages du commencement du siècle; on suit le futur roi de Piémont partout où il promène sa jeunesse ; son séjour en France est particulièrement intéressant; en un mot, malgré ses grandes lignes, le livre de M. Costa de Beauregard est très captivant par les détails et restera comme un document important sur l'histoire d'un roi dont la vie est un véritable roman d'aventures.