‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 76 sur 78 · ALBERT BABEAU · texte numérisé non relu

ALBERT BABEAU

Lettres de Swinburne. — 1888

J'indique aux curieux de l'histoire de la Révolution un livre intitulé : la France et Paris sous le Directoire, par M. Albert Babeau. Ce volume se compose des lettres d'une voyageuse anglaise qui regarde, sans trop de sévérité pourtant, l'abaissement moral de la France par les révolutionnaires et qui constate, sans trop d'indignation, les dévastations artistiques des guillotineurs.

Ce recueil est suivi d'extraits très curieux des Lettres de Swinburne ; celles-ci absolument intéressantes par la netteté des croquis, qu'il s'agisse des hommes ou des choses. A propos de la démolition de la Bastille, je lis :

L'emplacement de la Bastille est maintenant un chantier

de bois. Comme on a créé cinquante-sept prisons à Paris, je crois pouvoir dire que les Parisiens ont détruit inutilement un des ornements de leur ville.

Et plus loin, cette note intéressante à plusieurs points de vue :

J'ai été hier au bal abonné de l'hôtel de Richelieu ; il y avait beaucoup de monde, mais peu de personnes de connaissance. La sœur de M'"® Campan, M""" Rousseau, y était avec une grande fille non mariée, et une plus grande encore mariée ; elles dansaient toutes trois. Je vis gigoter de même beaucoup d'hommes et de femmes, que l'orage aurait condamnés au rôle de spectateurs.

M"^^ Tallien était à peu près la seule dont la figure fût tolérable, quoiqu'elle semblât préoccupée et fatiguée. Elle avait une perruque noire, en tète de mouton, relevée par derrière, et entremêlée de perles et de diamants. Reaucoup d'or et de ponceau dans sa toilette. Elle fait beaucoup d'étalage : ses épaules sont larges et sa figure robuste. Elle danse bien, a de beau yeux, un nez un peu irlandais, c'està-dire retroussé seulement vers l'extrémité. Elle est exposée à beaucoup de paroles et de scènes désagréables, ce qui ne me surprend pas Elle parait quelquefois abattue. Les femmes bien posées, même républicaines, ne la fréquentent pas. Elle a seulement une dame de compagnie, ce que nous appelons avaleuse de crapauds.

Le général Hoche était là ; c'est un jeune homme d'assez bonne apparence, qui n'a rien de martial dans son extérieur; il est grave et calme, et ne pose pas e7i vainqueur iV Irlande (29 janvier).

Il y a un hal abonné, dirigé par Robert Dillon, et qu'on appelle : les Restes de la guillotine. On n'y admet que des femmes présentées et des fils de pendus (12 février).

Page 1