‹ La bataille littéraire (volume 5)Chapitre 26 sur 49 · ANDRÉ LEMOYNE · texte numérisé non relu

ANDRÉ LEMOYNE

Légendes des Bois. — 1881

Ce n'est qu'avec une extrême réserve que nous accueillons les poètes ; la raison en est, hélas ! que beaucoup de ceux qui croient avoir reçu « l'influence secrète » n'écrivent en vers que de la prose en se créant des difficultés pour rimer ! Heureusement, cette fois, il s'agit d'un bel et bon ouvrage, de l'œuvre d'un véritable poète, des Légendes des Bois et Chansons marines de M. André Lemoyne, parues chez Charpentier.

Nous citerons ces strophes :

Les chiens déconcertés renoncent à la piste. Voici l'heure paisible où finissent les jours... Libre vers son refuge, il monte grave et triste.

A l'horizon lointain expirent les abois, Sur les chênes dormants ia nuit remet son voile... Lui qui ne verra plus l'aurore clans les bois, Donne un dernier regard à la première étoile! . ..

Traînant son corps meurtri pour gagner la hauteur Où sont restés les siens, il retrouve sa harde ; « Gomme te voilà fait, pauvre triomphateur ! » Chacun en grand' pitié le flaire et le regarde.

Demain je servirai cle pâture aux corbeaux; Qu'il soit le bienvenu le triste héros de proie, Les hommes n'auront pas la curée aux flambeaux. Frappé, mais non vaincu, je puis mourir en joie.

Sur la mousse d'hiver, déjà haute en velours, Il se couche oublieux des profondes morsures, Et dit l'adieu suprême, en fermant ses yeux lourds, A des biches en pleurs qui lèchent ses blessures.

C'est un sentiment profond delà nature qui donne de tels accents et qui fait que le lecteur croit voir le tableau que le poète a tracé. Bien d'autres morceaux intéressants figurent dans ce recueil, mais celui-ci suffira pour en donner une juste opinion.

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