ROMANTIQUES
Mystère qui se livre aux carrefours, morceau De la tombe qui vient tremper dans le ruisseau, Bravant le jour, le bruit, les cris, bière effrontée Qui, féroce, cynique et lâche, semble athée! 0 spectacle exécré dans les plus repoussants, Une mort qui se fait coudoyer aux passants, Qui permet qu'un crieur hors de l'ombre la tire ! Une mort qui n'a pas l'épouvante du rire, Dévoilant l'escalier qui dans la nuit descend, Disant : voyez ! marchant dans la rue, et laissant La boue éclabousser son linceul semé d'astres; Qui, sur un tréteau, montre entre deux vils pilastres Son horreur, son front noir, son œil de basilic; Qui consent à venir travailler en public, Et qui, prostituée, accepte sur les places. La familiarité des fauves populaces!
0 vivant du tombeau, vivant de l'infini,
Jéhovah! Dieu clarté, rayon jamais terni,
Pour faire de la mort, de la nuit, des ténèbres,
Ils ont mis ton triangle entre deux pieux funèbres ;
Et leur foule, qui voit resplendir ta lueur,
Ne sent pas à ton front poindre une âpre sueur,
Et l'horreur n'étreint pas ce noir peuple unanime,
Quand ils font pour punir ce qu'ils ont nommé crime,
Au nom de ce qu'ils ont appelé vérité,
Sur la vie, ô terreur, tomber l'éternité!
Voilà, certes, de beaux vers, une haute pensée; mais j'avoue que cette mort ignominieuse et féroce m'émeut surtout quand je pense aux victimes des révolutions, à Marie-iVntoinette, à André Chénier, à ces charretées de jeunes gens et de jeunes filles
traînés à l'échafaud de 93 ; quand il s'agit de Troppmann, égorgeant dans la nuit des enfants qui, confiants, l'ont suivi en lui tenant la main, j'ai beau chercher au fond de mon cœur, je n'y trouve pas une larme de pitié, bien au contraire !
Plus loin, ces trois vers auxquels il faut applaudir, et qui résument ce qu'a dit tant de fois Victor Hugo :
Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne. Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne Ne sont jamais allés à l'école une fois.
Le livre satirique est suivi du livre dramatique; il est composé de deux pièces, une comédie : Margarita est un drame : Esca; le second divisé en deux actes, intitulés, l'un Lison, et l'autre la Marquise Zabeth, le tout sous ce titre général : les Deux Trouvailles de Gallus. Dans ces deux pièces, on retrouvera toutes les hautes pensées du grand poète, et dans la comédie une légèreté que beaucoup ne lui soupçonnaient pas. Nous ne pouvons donner d'extraits ni de Margariia ni d'Esca; l'espace nous manquerait et d'ailleurs il nous serait difficile d'en rien détacher, le tout appartenant à un ensemble dont les détails ne sauraient guère être appréciés séparément.
La troisième pièce du Livre Lyrique est une merveille de légèreté et d'élégance; la voici tout entière :
SPIRITUALITES ET ROMANTIQUES