A. FILON
Profils anglais
ient d'accroître ses beaux travaux 'e d'un nouveau volume intitulé dans lequel il a consacré des étu-
Chamberlain, Morley et Parnell.
avec une rare clarté le rôle de ommes remarquables à des points ts, et préparent bien des docuur ceux qui voudront écrire Thistion démocratique en Angleterre . Au commencement d'une excelon je trouve cette page qui peut -goût du livre :
3 comment Charles Lamb raconte l'in-
porc.
tri's ancienne et dans le coin le plus
province chinoise que les géographes
ont oubliée sur les cartes, il arriva qu'une maisonnetle fut détruite par un incendie. Gens, bêtes et meubles, tout ce qu'elle contenait fut brûlé. Les voisins se cotisèrent pour enterrer décemment le propriétaire du logis qu'on découvrit sous les ruines. On y découvrit aussi un petit cochon, et l'idée vint à un des spectateurs de lui donner une sépulture dans son estomac L'animal, naturellement tendre, se trouva cuit à point. D'autres en goûtèrent et cette petite fête laissa un long souvenir dans l'âme de ceux qui y avaient pris part. Ils soupiraient tous après un nouvel incendie qui leur apporterait la même aubaine, mais personne n'entendait donner l'exemple ; aucune maison ne voulait brûler dans la province. Pas d'incendie, pas de cochon rôti. Le hasard refusant de s'en mêler, on l'aida en mettant le feu à une ou deux huttes, qu'on savait pourvues du précieux habitant. La coutume s'en perpétua. Pourtant, le régal était rare, car on ne peut brûler tous les jours une maison, et le rôti de porc était considéré comme un plat très cher.
Un sage vint à passer parmi ces hommes simples et sans artifice. « Bonnes gens, dit-il, il n'est pas nécessaire de brûler une maison avec tout ce qu'elle renferme pour vous procurer la nourriture que vous aimez. > Et il leur apprit ce grand secret d'embrocher le cochon et de le faire tourner au-dessus d'une demi-douzaine bûches enflammées. Sur quoi ces honnêtes Chinois en firent un roi,, peut-être un dieu.
Ce sage n'a pas encore passé chez nous. Nous continuons à brûler la maison pour manger le cochon, c'est-àdire à faire une révolution chaque fois que nous voulons obtenir un progrès.
Un exemple moins légendaire et encore meilleur à retenir est celui de M. le conseiller impérial Gaspard von Goethe, père du grand poète. Etage par étage, chambre par chambre, il reconstruisit toute sa maison sans la
démolir et sans cesser de Thabiter avec sa femme et ses enfants. Quand ce fut fini, le vieux logis gothique, biscornu, plein de mystère et de recoins sombres, où nichaient les toiles d'araignée et les fantômes, se trouva transformé en une agréable maison moderne, spacieuse et claire, où jouait Tair pur, où riait la lumière de Dieu.
Ainsi a fait, ainsi fait en ce moment l'Angleterre.
Dans le chapitre consa<îrô à l'enfance de Parnell, je trouve cette anecdote curieuse et significative :
Ce fut un vieux garde-chasse du nom de Gafîney qui lui donna ses premières leçons d'histoire. Comme ces derniers chouans qu'on trouvait encore dans nos campagnes de l'ouest il y a quarante ans, et que leurs petitsfils écoutaient en frissonnant, Gafîney racontait aujeune Parnell ce qu'il avait vu en 98, au temps de la rébellion. Voici tine des scènes auxquelles il avait assisté. « Il y avait un rebelle. On l'avait pris. On l'avait condamné à être attaché à l'arrière d'une charrette et fouetté jusqu'à ce que mort s'ensuivît. Le commandant des Anglais, un colonel Yeo, trouva que la peine était trop douce. Il décida que l'homme recevrait les coups de fouet sur le ventre au lieu du dos. On l'a donc traîné depuis le moulin jusqu'à la vieille guérite de Rathdrum. Je l'ai vu fouetter; J'ai entendu ses cris. Il hurlait: — Colonel Yeo ! colonel Yeo ! Par pitié ! Qu'on me tue ! — Non, disait le colonel. L'homme râlait, ses entrailles sortaient. A la fin il s'est tu. Il a rendu l'âme là où vous êtes... Oui, ils ont fait ça, les Anglais ! »
Le soir, après la chasse, dans sa shooting-box d'Aughavenna, le jeune Parnell, à son tour, répétait ce récit à ses amis. Et, pendant qu'ils pâlissaient d'horreur et de
colère, lui restait calme. Peut-Atre le crurent-ils indif-