‹ (La) bataille littéraireChapitre 13 sur 22 · G. LARROUMET · texte numérisé non relu

G. LARROUMET

Stude de littérature et d'art

Sous ce titre : Etude de littérature et d'art, M. Gustave Larroumet vient de faire paraître une suite de chapitres de haut intérêt littéraire et parmi lesquels nous signalerons « Somaize et la Société précieuse », étude sur ce singulier personnage qui criait: au voleur ! en dépouillant Molière et en lui faisant l'injure de traduire sa belle prose en misérables vers. Tout en parlant de cet oublié, M. Larroumet nous promène dans le monde du temps des Précieuses que, par beaucoup de côtés, rappelle souvent le nôtre. J'attirerai aussi l'attention des lecteurs sur les études intitulées : « Le public et les écrivains au dixseptième siècle, et la critique contemporaine » ; les origines du romantisme >, rappelant les belles pages, delà signalées, écrites

poléon ; les vérités dites à propos du centenaire de Scribe, les si intéressantes recherches sur la vie d'Adrienne Lecouvreur, les critiques sur <la peinture française et les chefs d'Ecole » et la personnalité littéraire de M. Brunetière.

Une des parties maîtresses de ce livre est certainement celle qui est consacrée à l'Académie des Beaux-Arts et aux anciens académiciens. En la traitant, M. Larroumet y attachait un triple intérêt et parles hautes fonctions qu'il a occupées, et par son titre d'académicien, et par l'ouvrage qui lui a servi de texte. Il s'agit en effet du livre si richement documenté, si plein de vues élevées sur l'art, que M. le comte Henri Delaborde, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux- Arts, a publié l'an dernier, et qui résume l'histoire de cette Académie, depuis la fondation de l'Institut. Le chapitre consacré aux luttes entre les maîtres jurés et les brevetai7^es, explique clairement la situation qui était faite aux artistes lorsque Lebrun, cet homme de génie, un peu trop oublié aujourd'hui, conseilla aux artistes de se constituer en Académie. Dès lors, l'Ecole française est fondée et son enseignement se complète par la création de l'Ecole de Rome en 1866 ; les Salons s'ouvrent et l'art entre dans cette magnifique période quia valu à la France tant de grands artistes.

La Révolution, dont la mission sembleavoir été de tuer en art tout le charme et l'espritfrançais.

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n'a pu, en dépit deDavid etdes coteries quipoussaient déjà à la décadence de notre école, faire qu'on ne dresse aujourd'hui des statues à Watteau, et que le xviii^ siècle règne en maître dans toutes les riches coUections.Tout a son tour en art,même, hélas ! ce qui est laid et insensé, mais les nuages qui l'obscurcissent périodiquement finissent toujours par se dégager, et il semble qu'il sorte de plus en plus resplendissant de ces éclipses momentanées. Le livre du comte Delaborde et celui de M. Larroumet fortifieront et rassureront ceux qui croiraient l'art sérieusement menacé ; tous deux leur répondront par un argument sans réplique : l'histoire.

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Chaptal se destina à la médecine, et ce fut un fait assez extraordinaire, comme il le dit, qui vint refroidir son zèle pour Tanatomie ; à l'amphithéâtre il trouva le corps d'un jeune homme mort depuis quatre ou cinq heures ; il le reconnut pour lui avoir servi plusieurs fois à ramasser ses boules au jeu de mail. Malgré l'impression qu'il en ressentit, Chaptal se mit en devoir de le disséquer. Au premier coup de scalpel pour dégager le sternum, le prétendu cadavre porta la main sur son cœur et remua la tête ; l'étudiant eflfrayé se sauva et abandonna l'étude de Tanatomie.

Chose curieuse, il ne nous dit pas si le malheureux opéré survécut à l'opération.

Cherchant une autre voie, Chaptal vient à Paris, il tombe dans la société de Roucher, Berquin, Delille, etc., écrit des comédies que, par bonheur, on ne lui joue pas, devient chimiste et s'établit à Montpellier où commence sa réputation de savant ; il y découvre le secret de teindre l'andrinople ; la politique l'entraîne, mais, arrêté pour crime de fédéralisme, il est enfermé ; mis en liberté, il fabrique ^u salpêtre pour la République, devient professeur à l'Ecole polytechnique, fait courageusement l'apologie de Lavoisier, est nommé membre de l'Institut, puis appelé au Con- 'seil d'Etat, est remarqué par le premier consul, et enfin appelé au Ministère de l'intérieur.

C'est alors qu'il peut accomplir les améliora-

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tions de toutes sortes qu'il a rêvées. Une visite à l'Hôtel-Dieu lui apprend ce qu'il désirait savoir.

Soixante fous liés par les jambes et par les mains aux quatre pieds du lit occupaient les salles supérieures ;leurs cris ne permettaient aucun repos aux malades ; leur martyre ne finissait que par la mort ; les autres malades (deux mille environ) étaient couchés deux à deux dans le même lit. Dès le lendemain, les fous étaient transférés à Bicétre et à Charenton, et un nouveau règlement appliqué à Ihospice. Ghaptal obtient le rétablissement des sœurs hospitalières, propose pour Paris des embellissements dont quelques-uns n'ont pu être réalisés que sous le baron Haussmann, fait terminer le Louvre, demande de l'eau pour Paris, un emplacement pour l'Opéra près de l'endroit où il existe présentement, vient en aide à Sophie Arnould, à Clairon, vit dans l'intimité de Bonaparte qu'il étudie et admire à la fois.

Qui se fût attendu à trouver une aventure de femme dans la carrière de Ghaptal ?Mais le cœur d'un savant n'est pas d'airain, et Mlle Bourgoin en savait quelques chose. Un soir que Napoléon travaillait avec son ministre, on vint lui annoncer l'arrivée de Mlle Bourgoin. L'Empereur lafit prier d'attendre. C'était un coup de théâtre qu'il avait préparé. Chaptal mit ses papiers dans son portefeuille et s'en alla brusquement. La nuit même, il rédigeait sa lettre de démission.

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A défaut du ministère, Napoléon rendit à Chaptal toute sa faveur. Bien que retourné à ces grandes études qui ont fait sa gloire, il se retrouva bien des fois avec l'Empereur, le vit encore dans l'intimité, et c'est ce qui donne u«i grand prixaux notes qu'il a laissées; elles.sont peu nombreuses mais font connaître l'homme et complètent pour ainsi dire le livre deLasCases.Lestraits de bonté et de férocité, de clairvoyance et d'aveuglement coléreux y abondent. Si Napoléon est reconnaissant à son vieux professeur Domairon, il a gardé rancune à un autre de ses professeurs qui l'a jadis puni trop sévèrement, et il le lui prouve étant Empereur. Il traite d'imbécile le cardinal Fesch qui avait conseillé à Joséphine de lui jeter son assiette à la figure s'il voulait faire gras le vendredi. Ses façons de parler à ses généraux expliquent sa profession de foi : « J'ai fait des courtisans, je n'ai jamais prétendu me faire des amis.» Témoin ce dialogue entre l'Empereur et Gouvion se présentant au lever des Tuileries. L'Empereur lui adresse la parole du ton le plus calme :

Napoléon. — Général, vous arrivez de Naples?

Le Général. — Oui, sire, j'ai cédé le commandement au général Pérignon, que vous avez envoyé pour me remplacer.

Napoléon. — Vous avez sans doute reçu la permission du ministre de la guerre ?

Le Général. — Non, sire, mais je n'avais plus

faire la nature en lui prenant l'enfant bien-aimée pour qui il rêvait un monde de bonheur et même un peu de gloire. Car, artiste qu'il était, Jean Rousseau, dont les lecteurs du Figaro n'ont pas oublié le nom, avait guidé sa Juliette dans ses essais de peinture, manifestations précoces d'une âme délicate et élevée.

C'est au lendemain de la mort de sa fille que le père a commencé à réunir ses souvenirs de cette petite vie dans laquelle il avait fait tenir tout ce qu'il avait pu de félicité terrestre. Comme un avare qui ramasserait grain à grain des parcelles précieuses de poussière d'or, on le voit recueillant les moindres faits,puérils en apparence, qui lui servent à reconstituer le monument de son bonheur écroulé. Une promenade, un mot, un ruban de cheveux, il veut tout se rappeler, et faire revivre tout ce qui n'est plus, un geste de jeune fille, une caresse, un sourire de petit enfant.

Pensant bien que sa famille désirerait lire ces pages intimes, il n'a pas voulu, par une exquise pudeur, écrire même le nom de celle qu'il a perdue, et lui donne celui de Juliette, de l'héroïne de Shakespeare qu'on ne se rappelle, avec Musset, qu'errante à travers les tombeaux. Il la suit heure par heure. Un détail navrant relie vient de mourir, il la regarde avec stupeur, il ne la reconnaît plus dans ce pâle profil à l'œil entr'ouvert et terni !

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