MAURICE ALBERT
une de lettres sous l'Smpire et la Kestauration
Albert vient de publier les frag- [*nal intime d'un homme de lettres ujou'rd'hui, Edmond Gérard, qui cerne certaine notoriété au premier ècle ; ces fragments sont contenus me qui a pour titre :Un hom7ne de 'Empire et la Restauration.
rard, légitimiste dans Tâjoie, se monans ces mémoires, s'il s'agit depo- 3mi de Napoléon et, s'il est question 1, antiromantique à l'excès ; jamais ^rivain n'a été plus loin. Ajoutons s que les romantiques qui' lui soient *icard, lui-même, le doux auteur de e, ne trouve pas grâce devant lui :
« — Ces mœurs du jour, que Picard s'attache à € nous peindre, me paraiss « sibassesque jenepuis,pc « le mot pour rire. » Mme fort maltraitée par Edmond
< tras de petites nouvelles i « téresser sa fille, mais qu'i « blic ? > Voilà qui est sévèr( pie, il raconte une singulié seau, qu'il tient de M. de connu le philosophe. Saint seulement bâtonné Jean-Jj rendu témoin de sa réconci Mme d'Houdetot. Rousseai même dans ses Confessions été retranché par ses amis.
Il récolte les bons mots ( conte des anecdotes sur lu « Il est deux acteurs tragiqu t a beaucoup ôté de leur ph^
< acteurs sont Talma et Boi dernier de Robespierre à Mme de Staël) ; plus loin il c être inspiré la fameuse pér en 1848 : « — Oui, j'ai port * 93, nous disait francheme « l'ai porté comme unparat page intéressante pour la S< animaux, où il est dit que se
proposa, en pleine audience, de mettre un chien en jugement parce qu'il allait chaque jour pleure sur la place de \s^ Révolution, au ifaudoù il avait péri. Il voulait qu'on i à être assommé par la main du bourjt odieux et idiot, mais ce n'est pas our que ce soit impossible.
IX admirateurs de Victor Hugo des 'ables écrites sur Hernani ; il « rit le ce drame et met Victor Hugo aueux écrivains pour qui il professe md mépris. Le livre est curieux à jards, bien qu'il ne soit guère qu'un tites boutades de mauvaise humeur niais c'est hélas I avec cette pous sière pierres dont on construit les monuistoire.
le monde. — « Petit père, lui dit une vieille pay- « sanne, j'ai déjà vu passer dans ce village des « troupes sans nombre, dans ma jeunesse ! » Où sont-elles maintenant ?Tous ceux qui partent ne reviennent pas 1 Mais notre futur capitaine ne prend pas les choses par leur côté mélancolique; le voilà administrant une raclée avec sa nagaïka (fouet cosaque) à un hôtelier trop cher, se réjouissant, ayant reçu un foulard représentant la carte d'Europe, à l'idée de « se moucher dans la Turquie ! » Sa gaîté tombe pourtant à la vue d'innombrables chariots de blessés et de morts ; on approche des champs de bataille. l'Empereur passe. « Il s'avance lentement, revêtu de l'uni- « forme des lanciers de la brigade ; son visage « est sérieux et empreint d'une certaine tristesse; « il s'arrête devant des officiers, des soldats, leur « adressant quelques mots bienveillants, faisant « chaque fois en s'éloignant le signe de la croix * pour les placer ainsi sous la sainte garde de « Dieu. »
A ce beau tableau vont succéder de grandes et d'horribles journées; on vient de se battre contre les lurcs ; la victoire a coûté cher ; la moitié de la Garde est restée sur le champ de bataille; dans un coin du tableau, un soldat, tout couvert de sang, déroule froidem'ent son manteau et le secoue avant de s'en couvrir pour en faire tomber les balles. On se retire et Ton avance sur une véri-
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table chaussée de chair h
La lune s'était levée et je les corps étendus sans vie tou ble crucifié sur le sol, l'autre i troisième tient encore son dans une pose grotesque qui de la mort... Nos chevaux on passage au milieu de ce sangl
L'auteur fait un super sortie d'Osman-Pacha, re leur et son courage. Cette est un des plus beaux fai Le vainqueur et le vainci
C'est à mi-chemin entre le Plevna que le grand-duc Ni turc. Pendant quelques insta dent sans mot dire, puis le serre chaleureusement cell officiers considèrent avec a qu'ils saluent avec respect.
Mais, hélas ! pour éi soldats ne sont pas moii cessité rapetisse bien d notre héros véritablemei deux morceaux de sucre, il n'y met point d'amou et dit ingénument à pro] kans, pendant un cruel '.
Quant à moi, pendant a ainsi que nos camarades, bi(
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et du prestige de nos ^rmp$, que du froid, de la faim et des mortelles insomnies qu'il nous fallait endurer, et une poignée de riz, que voulut bien me donner un cosaque charitable, fit sur moi une impression plus profonde que toute la grandeur de nos exploits.
On comprend cet aveu, quand ou pense que, par un froid terrible, notre capitaine se trouvait, par un vent glacial, à huit mille pieds au-desàus du niveau de la mer. Il est des altitudes que ne sauraient échauffer piême les rayons de gloire humaine. Alors commence une scène fantastique ; ^ous peine de mourir instautanéiuent gelés, tous les hussards de Grodno sont forcés de danser. Quelle danse sur des sompiets de neige, entre des ravins, des rangées (Je canons, et la mort planant sur le tout ! Puis îe^ combats recommencent ; aux portes de Haskïeu, notre narrateur assiste à un spectacle terrifiant :
Je vis un groupe de vieilles fen^mes agenpuillées, dans des poses de prière ; je m'approchai déliées avec respect pour ne pas troubler leur recueillement. Précaution inutile ! c'étaient des corps inanimés que rien ne pouvait plus troubler.
Trahies par leur force dans leur fuite, les malheureuses s'étaient agenouillées pour implorer la pitié de Dieu ou celle des hommes, mais c'était la mort qui les avait surprises et laissées là au milieu de la chaussée, comme de vraies statues de désolation et de désespoir.
Je m'arrête, car je ne puis citer tout le volume
XXYI
F. DESCOTES
tre avant la Révolution
it,beaucoup le méconnaissent, bre ne le connaît pas du tout, est même de bon goût, quand e Maistre est prononcé, lorsde ses œuvres, de lever les couer un peu la tête, de murayant! et. de rester comme souvenir des hauteurs et des vous a entraînés ; quelque e qui rappelle Dante revenant ied pas dans ce cas-là. Car la 3 tout le reste, comme la poliiigion, est devenue un sport il n'est pas malséant de pa- )inion sur toutes ces choses.
Le livre dont il s'agit 'Joseph de Maisti^e avant la Résolution, s'adres:
lement lu et étudié le ^ veilleux publiciste, et faire connaître encore travers ses œuvres. Il voir un être apparten crivain des Soir&es de qui trouve bien que toi ne reconnaît guère la cruauté ; admettant sf ginel, il n'en voit pas 1( châtiment implacable.
» nuellement imbibée ( > immense où tout ce » sans fin, sans mesure » consommationdes ch( B du mal, jusqu'à la mo que les déplorant au p d'autorité, envisage-t-i exploits de nos jacobi l'Inquisition, aussi salu représentant la divinit la nation qui abolirait ]
Mais, comme il faut c revers et que la nature contrastes sans rompre pour la rétablir, elle a pratiquant fût affilié à w
et que ce défenseur du trône écrivît : < Vive la € France, même républicaine ! »
C'est l'éclat de ce contraste qui a attiré l'attention de M. François Descotes et qui lui a fait entreprendre les deux volumes qu'il vient de publier, entourant son héros de souvenirs de la Société d'autrefois, de 1753, date de la naissance de Josph de Maistre, à 1793, époque où se révélait son génie. L'auteur après une très bonne étude sur le rôle politique de la Savoie, après avoir rappelé que Chambéry jouissait dès le XIIP siècle du suffrage universel (il n'y à pas de mal nouveau), nous montre la famille de Joseph de Maistre, ce père qui le fait élever par les jésuites, cette mère de qui il disait : «Mon bonheur était « de deviner ce qu'elle désirait de moi, et j'étais « dans ses mains autant que les plus jeunes de « mes sœurs i^ ; il nous le montre aussi pénitent noir, assistant plus d'une fois avec la confrérie, au spectacle d'une exécution capitale, se familiarisant avec l'idée de la nécessité dû botit*reau. Puis vietinétit les jeunes amitiés, avec Salteur.le chevalier Roze, Henry Costa, de Beauregard ; puis c'est le barreau qtii l'appelle et où il va parler cette belle langue que sa mère lui a apprise dès le berceau, en lui récitant des vers de Racine : «J'en savais, dit-il, des centaines de vers longx> temps avant de savoir lire, et c*est ainsi que » mes oreilles, ayant bu de bonne heure cette
LITTÉRATUR]
> ambroisie, n'ont jamais p quette. »
Voici la mort de cette m( trouve pourtant un adoucisse dans la religion, et blâme s poussant avec ses larmes des blimes » contre le ciel. Lui, j ainsi), s'incline devant la cri qu'il voit Dieu derrière elle. P nent et l'esprit de Joseph de aliment à son activitéi Lamei ans lorsqu'il écrivit cette naquit en famille, une soirée Maistre n'était encore qu'un ^ plaignit de languir à Ohambé poids du rien- Le temps ne fi de cette époque que date son çonnique. Il ne faut pas s'exa cet incident de sa vie, la fran de mode et la princessçi de L présidait une loge ; lui-mêm( série et en revint à l'Eglise maine.
Chemin faisant, je trouve dî Descotes un portrait de la s Madame Clotilde de France, q grande ressemblance ; il est f Roze : « La princesse de Piém
^Éii'^
» très gracieuse ; son air est vif et sa taille bien » prise, mais un embonpoint excessif la dépare et » rend sa marche pesante et son attitude gênée ; » en Fiance, par allusion à son nom (Madame) * et à sa taille, on l'appelait Madame tout r^oncl, » le gros Madame. » C'est un peu Louis XVI, en femme.
Les détails abondent dans ce livre, par là difficile à résumer : le mouvement déjà sensible de la Révolution qui s'achemine n'échappe pas à de Maistre ; il manifeste déiàson horreur pour Voltaire, de qui il devait écrire: Je voudrais lui faire éleverune statue... par la main du bourreau. Jene saurais passer sous silence un épisode charmant, celui de la confection ou plutôt de la correction du discours que doit prononcer son ami le chevalier Roze ; ce document renferme des morceaux véritablement comiques s'ils n'étaient l'expression de la plus franche amitié ; Joseph de Maistre avait de l'esprit, ce qu'on ignore, et il y paraît déjà dans ce travail, mais cet esprit est toujours du bon sens.
On voit s'agiter près de lui son frère le jeune Xavier,qui réjouit toutChambéry par son audace ; il ose monter en montgolfière, fait qui devait singulièrement étonner les paisibles Savoyards. Lui, Joseph, commence déjà sa vie et, dans un superbe discours, définit les devoirs du magistrat ; les lettres l'attirent, le monde même ; par exemple, il a
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horreur de la musique : « — Elle m'assassine ! « s'écrie-t-il, je ne puis entendre un clavecin « sans que les touches frappent sur mon cœur, « et souvent je le dis. » Au moins avait-il le courage de son opinion. L'étonnement vient, il faut l'avouer, en lisant des vers qu'il improvisa avec condition de ne se servir que des rimes en ac, en iCy en ec, en oc, et en uc. M. Descotes témoigne quelque admiration pour ce tour de force que je ne puis considérer que comme un enfantillage, mais dont l'inattendu mérite l'attention.
Mais,pourmoi,lapartiedu livre laplus curieuse est surtout celle où Joseph de Maistre se marie et, devenu père, montre quelle tendresse pouvait contenir ce cœur qui ne semblerait pouvoir battre que pour lutter, que pour fournir au cerveau le sang nécessaire au renouvellement de la pensée toujours en mal d'enfantement. Quoi de plus charmant que ce postcriptum d'une lettre à sa sœur : — « Pardon, ma pauvre Jenni, si j'ai « écrit une mortelle petite page avant de parler € de toi et de ton bras ; ce n'est pas que j'oublie « ni toi, ni lui. mais quand un père a commencé « à parler de ses enfants, c'est comme une boule « sur un plan incliné... » Un chef-d'œuvre de sentiment est aussi la lettre qu'il écrit à sa fille, la petite Adèle, pour lui apprendre à conjuguer le verbe chérir ; elle serait toute à citer, il n'y a vu .10
pas une ligue qui ne déborde de tendresse et Ton sentavecquellejoielepèi*easaisiceverbe,ce mot pour avoir à le répéter cent fois : « Je te chéris- « miSt mon enfant, lorsque tu ne me chérissais € pas encore et ta mère të chérissait peut-être « encore plus parce que tu lui as coûté davantage. « Adieu, moucœur... »
Plus loin, il plaide ôontre Voltaire, demandant que la femme soit l'égale de l'homme. « Pilles n'ont « inventé ni l'algèbre, ni les télescopes, ni les lu- M nettes achromatiques, ni la pompe à feu, ni le « métier à bas, etc. mais elles fout quelque chose « de plus grand que tout cela : c'est sur leurs € genoux que se forme ce qu'il y a de plus ex- « collent dans le mondé : un honnête homme et 4c une honnête femme. »
Ce qui suit n'est pas moins sensé, moins élevé et les femmes savantes n'y sont pas ménagées. * Une coquette est plus aisée à marier qu'une « savante, il faut être sans dt*gueil, ce qui est « très rat*ë; au lieu que pour épouser la coquette « il ne faut être qu'un fou, ce qui est très com- « mun. » Et après avoir dit bien d'autres grandes vérités, le terrible philosophe, l'implacable justicier, l'homme qui a laissé lés plus effroyables pages que l'intolérance ait jamais dictées, ce prophète qui du haut de son intelligence a prévu toutes nos chutes, toutes nos décadences, cet
Il y avait si longtemps qu'il ne conduisait plus le chœur
des misérables querelles que souleva son génie naissant. « Il lui suffit d'écrire des vers pour prouver qu'il n'est pas poète ! » disait un thuriféraire de Ponsard; quant à Sainte-Beuve et d'autres critiques, ils lui faisaient ^q singuliers reproches :
Son coiffeur me disait que le poil de sa barbe était le triple d'un autre, qu'il ébrécbait tous les rasoirs* Il avait des dents de loup-cervier, des dents cassant des noyaux de pêche. — « V. Hugo a le teint coloré et les cheveux blonds », écrivait mélancoliquement Th. Gautier, qui ne pouvait s'empêcher de regretter que le prince souverain de la poésie romantique ne fût pas sombre et blême ; « sans être 4© Tavis de M. Nisard le difficile qui trouve au bas de sa figure un caractère d'animalité très développé, nous devons à la vérité de dire qu'il n'a pas les joues convenablement creuses, et qu'il a l'air de se porter beaucoup trop bien. . Le monde et la redingote de V. Hugo ne peuvent contenir sa gloire et son ventre... Il fait dans son assiette de fabuleux mélanges de côtelettes, de haricots à l'huile, de bœuf à la sauce tomate, qu'il avale indistinctement, très vite et très longtemps. »
Mais Gautier, lui, qui était poète, ne s'en tint heureusement pas là :
... Et voici l'inoubliable image, saisie au plus frais moment de jeunesse et d'épanouissement, que le disciple extasié emporta de cette première vision : d'abord « un front vraiment monumental qui couronnait comme un fronton de marbre blanc son visage d'une placidité sérieuse ». Il n'atteignait pas sans doute les proportions
iRQUIS DAUVET
3 orrespondance
ocuments intéressants, je trouve 'trospective une correspondance ►lusieur ilhomm a tendr t se pai are et e estime . Rigau Lut au n îon pêr< Cette f] ; qu'ext( irfois ai évoyan( jourd'h
de ce que j'avance que quelques passcige* de la correspondance du lieutenant général marquis Dauvet, datée de 1T70 à 1773. Voici par exemple, ce qu'il écrivait à un M de l'éducation de son 1
Je vous préviens <
peu parlant, et qu'il est né par la douceur et de fréq tirer meilleur party. D'ail naturellement appliqué. I pêcher de se livrer trop à la littérature, dans la cra lier et trop en dedans de
Je prie Mme Prévost de ceux de Madame. Je luy r( la prie fort de ne pas se d très bien dans la chambre ( que la chaleur soit toujoi cet effet, avoir un thorra température de la cave de chaleur soit presque étein
Plus loin vient la qi nous n'avons pas invei prétendues innovatioi
J'attends de vous un d( tition des heures de la j donnés à mon fils, affin son tems, et s'il peut y f< ayant autant de danger à un jeune homme.
Le père entre dans tous les détails et,quelle que soit la sévérité du tour de phrase, on y sent toujours percer un peu de tendresse :
Je suis plus content de votre écriture : ç'e^t ppur cela que M. Prévost ne vous a pas donné de maître ; mais il faut s'y attacher pour qu'elle se perfectionne et qu'en devenant plus aisée et plus coulaute, elle soit un peu plus couchée. Il serait bon d'avoir une t^ble à écrire telle que le maître de Paris vous en avait fait faire une.
Attachés vous à avoir toujours la tête et les épaules en arrière, pour que le corps soit bien placé et avec aisance. Vous sravez que vous tendes^ le cou '• cela ne donne poot Tair spirituel, bien au contraire, et le deffaut est encor plus choquant dans un militaire.
Je vous recommande, sur toutes choses, la pratique et exercice de la religion, de faire vos prières et vos lectures de piété avec recueillement, d'entendre la messe tous les jours, si vos occupations vpus le permettent, et de suivre en tout les bonnes habitudes que vous avec contracté au collège sur cet article essentiel.
Mme Destourmelles a mandé à mon frère qu'elle ne croyait pas que M. de Bèuvron envoyât sou fils à Strasbourg. La maladie du père a tout suspendUt Vous f^rps bien de luy écrire quelquefois, Mais ne prenés jamais sur votre sommeil ny sur les heures de dissipation le tems pour écrire des lettres, ou faire des lectures qui vous plairont. Vous vous fatigueriés la tête et vous seriez moins propre au travail. Quand l'arc a été tendu un certain tems, on le détend pour conserver son élasticité. Il en est de même de l'esprit humain : il luy f^tut du lelâche.