‹ (La) bataille littéraire, Volume 1Chapitre 7 sur 38 · ALPHONSE DAUDET · texte numérisé non relu

ALPHONSE DAUDET

Jack. — 1876

Jack est une histoire vraie, une étude d'après le vif, c'est-à-dire que tous les personnages de ce roman ont posé devant l'auteur. Car c'est un des plus grands mérites des écrivains de l'école moderne de s'être retrempés dans la nature, quelque peu oubliée depuis bien des années. Les deux volumes que M. Alphonse Daudet vient de publier en sont la preuve.

Il s'agit dans le nouvel ouvrage de l'auteiu» de Fromont jeune et Risler amé, d'un de ces pauvres êtres voués dès leur naissance aux hasards les plus cruels de la vie, aux répulsions les plus imméritées de la société. Que deviennent les fils des femmes du demi-monde, des cocottes, pour dire le vrai mot?

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Vivant dès leur naissance dans une atmosphère viciée, où apprendront-ils qu'il est des mères qui ne font pas sortir leurs enfants du collège quand le bon monsieur vient les visiter ? Dans la vie, alors qu'ils seront devenus hommes, comment oseront-ils dire: Je suis le fils de la X..., de la B..., de laR...? Et ne vaudrait-il pas mieux pour ces déshérités (riches le plus souvent) avoir été déposés sur le fameux tour de la rue d'Enfer ?

Telle n'a pas été l'idée de M"^® Ida de Barancy, la mère du petit Jack. Elle a cru, en constatant qu'elle avait un hôtel aussi beau, un coupé aussi correct que ceux des femmes du monde qu'elle croisait chaque jour au Bois, elle a cru, une fois mère, que toutes les portes s'ouvriraient devant elle et que si en réalité elle n'était pas l'égale de ces privilégiées de la société, son fils, lui, innocent de tout le passé, n'aurait jamais à supporter le poids de ses fautes. Tout d'abord le petit Jack est conduit dans une de ces grandes maisons d'éducation dirigées par des prêtres. Dès le parloir, la belle Ida de Barancy s'est trahie vingt fois, et l'abbé qui dirige la maison a compris tout de suite la supercherie maternelle. Avec toutes les réserves, les douceurs possibles, il refuse de- recevoir l'enfant. On devine les protestations, les larmes de la mère. Le recteur est attendri, il accepte le petit Jack.

— Mais à deux conditions.

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— Je suis prêle à les accepter toutes.

— La première, c'est que, jusqu'au jour où votre position sera régularisée, Fenfant passera ses congés, ses vacances même, dans notre maison, et ne rentrera plus dans la vôtre.

— Mais il en mourra, mon Jack, de ne plus voir sa mère !

— Oh ! vous pourrez venir Tembrasser aussi souvent que vous voudrez. Seulement, et c'est là notre seconde condition, vous ne le verrez jamais au parloir, mais ici, dans mon cabinet, où j'aurai soin que vous ne soyez pas rencontrée.

Elle se leva toute frémissante.

Cette idée qu'elle ne pourrait jamais entrer au parloir, se mêler à cette charmante confusion du jeudi, où Ton se fait gloire de la beauté de son enfant, de la richesse de sa mise et du coupé qui vous attend à la porte, qu'elle ne pourrait pas dire à ses amies : « J'ai salué hier, chez les Pères, madame de C... ou madame de V..., » de vraies madames, qu'il lui faudrait venir en cachette embrasser son Jack à l'écart, tout cela la révoltait à la fin.

Le malin prêtre avait frappé juste.

Naturellement voilà Tenfant rentré chez sa mère.

Je passe une scène écrite de main de maître où les domestiques avinés de M"** de Barancy décident entre eux queTenfant serait très bien placé dans un pensionnat de Ta venue Montaigne ; c'est le gymnase Moronval.

Cette femme sotte et faible, craignant une nouvelle humiliation, accepte la proposition; sa femme de chambre, M^ie Constant, conduit donc le petit Jack à sa nouvelle pension.

Le gymnase tenu par M. et M»® Moronval était une de ces singulières institutions qui peu achalan-

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dées happent au passage les pensionnaires les plus invraisemblables ; des nègres, des mulâtres au nombre de huit ou dix en formaient tout le personnel.

La femme de chambre insista pour que Penfant reçût une éducation distinguée et aristocratique.

— Oh ! pour cela, fit W^^ Moronval, née Decostère, en redressant sa longue tête.

Et son mari ajouta qu'il n^admettait au gymnase que des étrangers de distinction, des héritiers de grandes familles, des nobles, des princes. Il élevait même, en ce moment, un enfant de sang royal, le propre fils du roi do Dahomey. Pour le coup, Tenthousiasme de W^^ Constant ne connut plus de bornes.

— Un fils de roi !... Vous eutendez, monsieur Jack, vous serez élevé avec un fils de roi I

— Oui, reprit gravement Tinstituteur, j'ai été chargé par Sa Majesté dahomienne de Péducation de Son Altesse royale» et je crois, sans me vanter, que je suis arrivé à en faire un homme remarquable sous tous les rapports.

Que pouvait donc avoir le jeune négrillon qui arrangeait le feu, là-bas dans le salon, pour s'agiter ainsi et remuer le seau à charbon avec ce terrible bruit de fonte ?

L'instituteur continua :

— Pespère, et M"»® de Moronval Decostère ici présente espère, comme moi, que le jeune roi, une fois monté sur le trône de ses ancêtres, se souviendra des bons conseils, des bons exemples que lui auront donné ses maîtres de Paris, des belles années passées auprès d'eux, de leurs soins infatigables et de leurs efforts assidus.

Ici Jack fut bien surpris de voir le négrillon, toujours occupé devant la cheminée, tourner vers lui sa tête crépue,-

et Tagiter, tout en roulant ses gros yeux blancs dans une mimique d'énergique et furieuse dénégation.

Voulait-il dire par là que Son Altesse royale ne se souviendrait nullement des bonnes leçons du gymnase Moronval, ou qu'elle n'en garderait aucune reconnaissance ?

Que pouvait-il en savoir, cet esclave ?

La vérité était que sans s'en douter Jack voyait en ce petit domestique, fort maltraité d'ailleurs, le propre fils du roi de Dahomey. Les Moronval ayant appris que ce souverain était détrôné et ne recevant plus le prix de la pension avaient résolu d'utiliser le futur héritier d'un sceptre s'il arrivait à le reconquérir. Ils en avaient fait leur domestique I

Rien de plus comique et de plus touchant que la vie de ce pauvre Mâdou, condamné à cirer les sou liers de ses camarades et prenant ainsi une bien dure leçon de philosophie à l'endroit des vicissitudes d'un futur souverain.

Le petit Jack est tout étonné le soir de voir Mâdou coucher auprès de son lit. La conversation s'engage entre les deux enfants.

— Est-ce que c'est beau, votre pays?... Est-ce que c'est loin?... Comment Tappelez-vous ?

— Dahomey, répondit le nègre.

Le petit Jack se dressa sur son lit :

— Oh ! mais alors... mais alors vous le connaissez 1.., Vous èles peut-être venu en France avec lui ?

-Qui?

— Son Altesse royale... vous savez bien... le petit roi de Dahomey.

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— C'est moi, dit le nègre simplement...

L'autre le regardait avec stupéfaction... Un roi ! Ce domestique qu'il avait vu toute la journée dans sa défroque de laine rouge courir la maison, un balai ou un seau à la main, qu'il avait vu servir à table, rincer les verres !

Le négrillon parlait pourtant sérieusement. Son visage avait pris une grande expression de tristesse, et ses yeux fixes semblaient regarder loin, bien loin, vers le passé ou quelque patrie perdue.

Ëtait-ce Fabsence du gilet rouge ou la magie de ce mot de roi, mais Jack trouvait au nègre assis au bord de son lit, le cou nu, la chemise entr'ouverte sur sa poitrine sombre où LriUait une amulette d'ivoire, un prestige, une dignité nouvelle.

— Comment ça se fait-il ?... demanda-t-il timidement, en résumant dans cette question tous les étonnements de sa journée.

— Ça se fait... ça se fait... dit le nègre.

Tout à coup il s'élança pour souffler la lanterne.

— Pas content, moucié Moronval, quand Mâdou laisser lumière...

Puis il rapprocha sa couchette de celle de Jack.

— Toi pas sommeil, lui dit-il. Moi jamais sommeil quand parler Dahomey... Écoute.

Et dans Tombre, où ses yeux blancs luisaient le petit nègre commença sa lugubre histoire...

Son départ fut l'occasion de grandes fêtes publiques, de sacrifices aux fétiches, aux divinités de la mer. Tous les temples furent ouverts pour la solennité, tout le peuple oisif en prières, et au dernier moment, le navire étant prêt à appareiller, le bourreau amena sur le rivage quinze prisonniers ashantis dont les tètes coupées tombèrent, ruisselantes et sonores, dans un grand bassin de cuivre rouge.

— Miséricorde I... interrompit Jack éperdu, blotti sous ses couvertures.

Le fait est qu'il ii*esl pas rassurant d'entendre conter de pareilles histoires par celui-là même qui en a été le héros. Il y avait de quoi vraiment terrifier les plus braves ; pour se rassurer, il fallait se dire bien ^ite qu'on était dans le pensionnat Moronval, au beau milieu des Champs-Elysées, et non dans ce terrible Dahomey.

Je passe rapidement sur des chapitres épisodi-, quesqui sont autant de délicates études. Une séance littéraire au gymnase Moronvaly où défilent les incompris de l'art, des lettres, des sciences, les déclamations poétiques d'un certain d'Argenton, sont autant de photographies de ce monde de déclassés que Ton a si bien baptisé les Ratés.

Ce d'Argenton est une sorte de bellâtre qui devient le pivot du roman que forcément je dois faire tenir en quelques lignes.

Éprise de ce poète médiocre et poseur, M°*® Ida de Barancy oublie tout pour lui ; elle quitte Paris, laissant le petit Jack livré aux soins des Moronval. Retirée à EtioUes avec le « cher grand poète », elle hii ponsacre si bien sa vie que l'enfant n'y a plus sa place et qu'un beau matin, d'Argenton et ses amis, au nom des grands principes, en font un ouvrier forgeron ; on l'expédie à Indret, cette terrible ville de fer, de feu, de charbon, d'où partent toutes les grandes machines à vapeur de la France.

Ce départ s'est fait malgré les protestations d'un

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brave médecin de campagne, le docteur Rivais, qui a déclaré que la santé de Jack ne lui permettrait pas de supporter les fatigues de la vie qu'on voulait lui imposer. Près du docteur Rivais, Jack laisse en partant une affection naissante, celle de Cécile, que nous retrouverons plus tard.

C'est en vain qu'on a voulu faire de Jack un ouvrier ; malgré l'abandon de sa mère, les persécutions de d'Argenton, un terrible voyage, il revient mourant à Etiolles. Le docteur Rivais le recueille; bientôt l'amour des deux jeunes gens est si clair que le brave homme ne songe plus qu'à le consacrer par un mariage ; mais il faut que Jack devienne un autre homme que celui que la faiblesse de sa mère et la stupidité jalouse de d'Argenton en ont voulu faire.

Jack retourne donc à Paris pour travailler. C'est alors que sa mère, chassée, ruinée par son amant, vient lui demander de la faire vivre. Ici les sentiments s'élèvent, le fils a reconquis sa mère; il le croit du moins. D' Argenton vient la réclamer ; Jack le chasse, et Ida, forcée de choisir entre son fils et son amant... part avec ce dernier.

Jack, épuisé par la douleur, les fatigues, son amour qu'il croit méconnu par Cécile, à qui Rivais l'avait fiancé, vient terminer sa triste vie sur un lit d'hôpital ; son agonie est navrante :

Cependant le vieux docteur et Cécile sont près de son lit, il n'y manque plus que sa mère.

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— Que VOUS êles bonne d'être venue, Cécile I Maintenant je ne me plains plus. Cela ne me fait plus rien de mourir, là, près de vous, réconcilié.

— Moutir ! qui est-ce qui parle de mourir ? disait le père Rivais de sa plus grosse voix: n'aie pas peur, mon fils, nous te tirerons de là. Tu n*as déjà plus la même mine qu'à notre arrivée.

Depuis un moment, en effet, il était transfiguré par cette montée de flammes, cette lueur de couchant que les existences ou les astres qui descendent projettent tout autour dans un dernier et splendide efibrt. Il gardait la main de Cécile serrée contre sa joue, s*y reposait avec amour, disait des choses tout bas :

— Tout ce qui me manquait dans la vie, vous me Favez donné. Vous aurez été tout pour moi : mon amie, ma sœur ma femme, ma mère.

Mais son exaltation fit bientôt place à une torpeur inerte ; cette rougeur fébrile à de livides défaillances. Tous les ravages du mal se creusèrent alors sur ses traits légèrement crispés par la difficulté d'une respiratioii sifflante. Cécile jetait à son père des regards épouvantés, la salle se remplissait d'ombre, et le cœur des assistants se serrait à l'approche de quelque chose de plus lugubre, de plus mystérieux que la nuit. Tout à coup Jack essaya de se dresser les yeux grands ouverts :

— Ecoutez... écoutez... quelqu'un monte... Elle vient. On entendait le vent d'hiver dans les escaliers, les derniers

murmures d'une foule qui se disperse, et de lointaijis roulements vers la rue. Il lendit l'oreille un instant, prononça quelques paroles embarrassées ; puis sa tète retomba et ses yeux se fermèrent encore. Il ne se trompait pas. Deux femmes montaient l'escalier en courant. On les avait laissées entrer, quoique l'heure des visites fût passée. Il est des cas où les consignes abaissent toutes leurs barrières. Anûvée à

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la porte de la salle Saint- Jean, après ces cours, ces étages franchis d'un pas rapide, Ida s'écria :

— Pai peur... dit-elle.

— Allons, allons, il le faut... fit Tautre... Ah I tenez, les femmes comme vous, ça ne devrait pas avoir d'enfant.

Et elle la poussa brutalement devant elle. Oh ! la grande pièce nue, les veilleuses allumées, tous ces fantômes à genoux, Tombre des rideaux projetée, la mère vit cela d*un coup d'œil, puis là-haut, tout aa fond un lit, deux hommes penchés, et Cécile Rivais, debout, aussi pâle que celui dont elle soutenait la tête sur sa main appuyée.

— Jack ! mon enfant I...

M. Rivais se retourna.

— Chut I fit-il.

On écoutait. Il y eut un murmure à peine distinct, un petit sifflement plaintif, ensuite un grand soupir.

Ida s'approcha, défaillante et craintive. C'était son Jack, ce visage inerte, ces mains étendues, ce corps immobile où son regard éperdu cherchait l'illusion d'un souffle.

Le docteur se pencha :

— Jack, mon ami, c*est ta mère... Elle est venue.

Et elle, la malheureuse, les bras en avant, prête à s'élancer :

— Jack... c'est moi... Je suis là.

Pas un mouvement.

— Mort ? s'écria-t-elle avec un sanglot convulsif.

— Non... dit le vieux Rivais d'une voix terrible... Non... DÉLIVRÉ !

On pense bien que ces deux volumes d'Alphonse Daudet renferment d'autres tableaux étudiés et émouvants. L'espace me manque pour en détacher un de plus, mais les extraits que j'ai cités peuvent

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— Ce que je veux, dit brusquement la veuve, je veux que nous nous assemblions pour juger cet incendiaire, ce voleur, et dès aujourd'hui, sur ce lieu même!

— Comment? qu'est-ce qu'elle dit ? . demanda-t-on dans la foule.

— Elle demande que nous mettions Cyrille en jugement.

— Cyrille et les autres, Stawrowski, Lapkowitch, Kotska...

— Jugement pour toute la bande, pour ces coquins, ces voleurs de chevaux! s'écria le jeune Hryciou, les bras tendus vers le ciel et roulant les yeux comme un visionnaire.

— Dieu a parlé par la bouche de cet enfant, dit Théodosie. Je demande que la commune juge.

— Moi aussi ! ajouta Akenty Prow, on m'a réduit à la mendicité.

— ^ Moi aussi! moi aussi! firent cent voix de tous côtés.

— Qu'il en soit ainsi! dit Hryn Jaremus en se découvrant avec solennité. La commune veut juger. Que Dieu lui donne sa bénédiction, qu'il nous garde d'injustice, de violence et de péché.

• ••• .••.••• • •.•••*•• En approchant du cabaret, j'entendis des chants retentir. Les sept voleurs, assis autour d'une grande table, buvaient, riaient et plaisantaient entre eux. Cyrille avait une guitare mal d'accord suspendue à son cou par un ruban rose flétri; Stawrowski, un bras passé autour de la belle Juive, la forçait à danser une cracovienne pendant que le Juif comptait de l'argent.

— Vite! dis-je en entrant, sauvez-vous et gagnez sans retar«l la frontière de la Hongrie. La commune veut vous Juger, elle est sur vos talons.

— Quelle vienne! s'écrièrent en chœur les bandits.

— Nous juger, nous ? fit Cyrille.

Stawrowshi se mit à rire : — Ils n'en auront pas le cou-

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LA BATAILLE LITTÉRAiRE s s'en retourneront avant d'atteindre le cabaret, je

lycz, supplia la Juive. Prenez des chevaux !

if s'avança effaré : — Oui, Cyrille, mieux vaut nous

oleurs éclatèrent de rire. En les regardant assis là

sept, jeunes, forts et brillants de santé, il fallait connaître qu'ils, étaient les plus beaux et les plus lu village, même de tous les environs.

vous ne voulez pas fuir, repris-je, livrez-vous à la le, soumettez- vous à son jugement, payez les domjurez de devenir d'honnêtes gens, travaillez, availler, nous? demandèrent les voleurs étonnés, availler? pardon... dit Stawrowski en riant à se omme un enfant, je ne devais plus voler, s'écria Lapkowilch, garçon

d'une vingtaine d'années, si je ne devais plus voe voudrais plus vivre. Je crois qu'au berceau déjà à mon frère, — nous étions jumeaux, — le suçon t)ouche. Et plus tard, aucune pomme, aucune prune bon goût si elle n'avait été dérobée. Que voulez- • [on père et ma mère me donnaient pourtant de tout dance. Je suis né voleur, je veux mourir voleur. Et que mon esprit sera de ceux qui viennent la nui^îrbage emmêler la crinière des chevaux et les chasser

marais.

l'y a-t-il de répugnant à voler, s'il vous plaît ? de- [ostka, un gaillard aux membres d'airain, à physioestiale, hâlé comme un Peau -Rouge. Est-ce que le )usse pas pour tout le monde? C'est celui qui marque

du champ qui est le voleur, et Dieu permet qu'on înne ce qu'il a volé, n, Dieu ne Ta pas permis.

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le qu'il a trompée. Ce n'est ut bien le dire, les opinions lont guère plus solides que

3nt la naïveté de nommer pfois assez de logique pour ses déviations de ligne pove à ceux de Michel Berla l)elle manière au milieu Jn vieil ami, Ménard, une vabre, lui disent assez netlUe du repas :

uver dehors. Il éprouvait une lepuis que Jean Levabre avait 3tait si loin de ses rêves I son d'attaquer le ' despotisme, Lts dont nous disposons pour ent terribles.

> de marcher à leur tête dans e les suivre, répondit Ménard:

in, qu'en faites-vous? N'est-ce en que je les suive, puisque je

ihel ont cessé; il fait une ïsolument tourne le dos à des intrigues de salon et nistre. C'est un Richard olutions, moins violentes ites à suivre.

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loin, gardait un effacement plâtreux, un ton le bleu déteint et le gris sale dominaient. Par m ouvrier s^arrètait court, rallumait sa pipe, tanmr de lui les autres marchaient toujours, sans ns une parole dite à un camarade, les joues terface tendue vers Paris qui un à un les dévorait béante du Faubourg-Poissonnière.

\ muet, se bousculant sur les pavés, dans le froid faisait songer à une armée en marche, allant à taille dont pas un des soldats ne devait revenir, nt, aux deux coins de la rue des Poissonniers, à es deux marchands de vin qui enlevaient leurs hommes ralentissaient le pas, et, avant d*entrer, it au bord du trottoir, avec ces regards obliques les bras mous, déjà gagnés par une journée de ant les comptoirs, des groupes s'offraient des s'oubliaient là, debout, emplissant peu à peu les chant, toussant, s^éclaircissant la gorge à coups erres...

eu, les boutiques s'étaient ouvertes. Le flot de scendant des hauteurs avait cessé; et seuls queliataires franchissaient la barrière à grandes en- ]hez les marchands de vin» les mêmes hommes, îbout, en face les uns des autres, continuaient à usser et à cracher.

Tiers avaient succédé les ouvrières; les brunismodistes, se serrant dans leurs minces vêtements, long des boulevards extérieurs; elles allaient par trois ou quatre, causaient vivement avec de 5 et des regards vifs jetés autour d'elles; de loin le, toute seule, maigre, Pair pâle et sérieux, suiir de l'octroi, en évitant les coulées d'ordures, employés élaient passés, soufflant dans leurs mgeaut leur pain d'un sou en marchant; des

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baquets, avec les enfants. Virginie venait de sauter à la gorge de Gervaise. Elle la serrait au cou, tâchait de l*étrangler. Alors, celle-ci, d'une violente secousse, se dégagea, la tira à son tour par la queue de son chignon qui pendait, comme si elle avait voulu lui arracher la tête. La bataille recommença, muette, sans un cri, sans une injure. Elles ne se prenaient pas corps à corps, s'attaquaient à la figure, les mains ouvertes et crochues, pinçant, griffant ce qu'elles empoignaient. Le ruban rouge et le filet en chenille bleue de Virginie furent arrachés; son corsage, craqué au cou, montra sa peau, tout un bout d'épaule ; tandis que Gervaise, déshabillée, une manche de sa camisole blanche ôtée, sans qu'elle sût comment, avait un accroc à sa chemise qui découvrait le pli nu de sa taille. Des lambeaux d'étoffe volaient.

D'abord ce fut sur la blonde que le sang parut, trois longues égratignures descendant de la bouche sous le meiv ton; elle eut aussi le dos criblé de coups d'ongle, des taches roses dans le duvet doré de sa nuqus ; et elle garantissait ses yeux, les fermant à chaque claque, de peur d'être éborgnée. La grande brune ne saignait pas encore. L'autre visait ses oreilles, s'enrageait de ne pouvoir les prendre ; elle lui avait à trois reprises labouré les tempes, quand elle saisit enfin la boucle de l'oreille droite, une poire de verre jaune; elle tira, fendit l'oreille, le sang coula. Virginie eut une plainte sourde, se baissa, la serra aux cuisses, lui mangea les genoux à travers sa jupe. Mais Gervaise la tenait de nouveau par la queue de son chignon, elle l'attirait à elle, enfonçait sa bouche dans ses cheveux, lui mordait le crâne. Toutes deux, par terre, se dévoraient avec des grognements.

— Elles se tuent 1 séparez-les, ces guenons I dirent plusieurs voix.

Du roman lui-même je parlerai peu. Le voici en

Gervaise vit avec Lantier, un beau de

Tabandonne avec ses deux enfants

une certaine fille, sœur de la Virginie

it d'être question. Elle est aimée par

vrier zingueur, Coupeau, qui Tépouse.

mariage et de la noce est tout un

jervation; chemin faisant, je trouve ce

dans la maison qu'il habite :

dans la maison, il y avait un pullulement de mioches, des volées d'enfanls qui dégriniiatre escaliers à toutes les heures du jour, et ir le pavé, pareils à des bandes de moineaux [lards. M™® Gaudron à elle seule en lâchait nds, des bruns, mal peignés, mal mouchés, ottes jusqu'aux yeux, des bas tombés sur les vestes fendues, montrant leur peau blanche ). Une autre femme, une porteuse de pain, au L lâchait sept. Il en sortait des tapées de toutes . Et, dans ce grouillement de vermines aux s, débarbouillés chaque fois qu'il pleuvait, on grands, Pair ficelle, de gros, ventrus déjà )mmes, de petits, petits, échappés du berceau, encore, tout bêtes, marchant à quatre pattes liaient courir.

de la mère de Coupeau ou plutôt son t est le chef-d'œuvre du lugubre réa-

eures sonnèrent. Le corbillard était en relard. 1 arrivant, apercevait au milieu du cabinet, la bière ouverte; et, malgré soi, chacun res-

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tait à rétudier du coin de Toeil, calculant que jamais la grosse maman Coupeau ne tiendrait là dedans. Tout le monde se regardait, avait cette pensée dans les yeux, sans se la communiquer. Mais il y eut une poussée à la porte de la rue. M. Madinier vint annoncer d*une voix grave et contenue, en arrondissant les bras :

— Les voici!

Ce n'était pas encore le corbillard. Quatre croque-morts entrèrent à la file, d'un pas pressé, avec leurs faces rouges et leurs mains gourdes de déménageurs, dans le noir pisseux de leurs vôtements, usés et blanchis au frottement des bières. Le père Bazouge marchait le premier, très soûl et très convenable ; dès qu'il était à la besogne, il retrouvait son aplomb. Ils ne prononcèrent pas un mot, la tète basse, pesant déjà maman Coupeau du regard. Et ça ne traîna pas, la pauvre vieille fut emballée, le temps d'éternuer. Le plus petit, un jeune qui louchait, avait vidé le son dans le cercueil, et Tétalait en le pétrissant, comme s*il voulait faire du paio. Un autre, un grand maigre celui-là, Tair farceur, venait d^étendre le drap par dessus. Puis, une, deux, allez-y! tous les quatre saisirent le corps, Fenlevèrent, deux aux pieds, deux à la lêle, On ne retourne pas plus vite une crêpe. Les gens qui allongeaient le cou purent croire que maman Coupeau était sautée d'elle-même dans la boite. Elle avait glissé là comme chez elle; oh! tout juste, si juste qu^on avait entendu son frôlement contre le bois neuf. Elle touchait de tous les côtés, un vrai tableau dans un cadre. Mais enfin, elle y tenait, ce qui étonna les assistants; bien sûr, elle avait dû diminuer depuis la veille. Cependant les croque-morts s^étaient relevés et attendaient ; le petit louche prit le couvercle pour inviter la famille à faire les derniers adieux ; tandis que Bazouge mettait des clous dans sa bouche et apprêtait le marteau. Alors, Coupeau, ses deux sœura, Gervaise, d'autres encore, se jetèrent

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main. Je tousse encore un peu, mais c'est la fin du ramonage.

Alors elle lui donna les deux oranges, ce qui lui causa un attendrissement. Il redevenait gentil depuis qu'il buvait de la tisane et qu'il ne pouvait plus laisser son cœur sur les comptoirs des mastroquets. Elle finit par oser lui parler de son coup de marteau, surprise de Tenlendre raisonner comme au bon temps.

— Ab I oui, dit-il en se blaguant lui-même, j'ai joliment rabâché I... Imagine-toi, je voyais des rats, je courais à quatre pattes pour leur mettre un grain de sel sous la queue. El toi, tu m'appelais. Enfin, toutes sortes de bêtises, des revenants en plein jourl Ohl je me souviens très bien, la caboche est encore solide... A présent, c'est fini, je rêvasse en m'endormant, j'ai des cauchemars, mais tout le monde a des cauchemars.

Gervaise resta auprès de lui jusqu'au soir. Quand l'interne vint à la visite de six heures, il lui fit étendre les mains; elles ne tremblaient presque plus, à peine un frisson qui agitait le bout des doigts. Cependant, comme la nuit tombait, Coupeau fut peu à peu pris d'une inquiétude. Il se leva sur son séant, regardant par terre, dans les coins d'ombre de la pièce. Brusquement, il allongea le bras et parut écraser une bête contre le mur.

— Qu'est-ce donc? demanda Gervaise effrayée.

— Les rats, les rats, murmura-t-il.

Puis, après un silence, glissant au sommeil, il se débattit en lâchant des mots entrecoupés.

Ce dernier extrait, si saisissant, si terrbile, offre comme le verront ceux qui ont lu le livre achevé quelques variantes avec le texte définitif ; nous en possédons Tautographe, qui présente cette particu-

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