‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 10 sur 146 · Scblegel, première leçon · texte numérisé non relu

Scblegel, première leçon

:{. Mme de St.ul. I. I. p. 271.

les classiques respectent les règles et la tradition, les romantiques les ignorent, ce qui se traduit eu d'autres termes : classique signifie correction sans génie, romantique génie sans correction.

Ici, Saint-Chamans comprend.... Il comprend surtout les avantages que l'on peut tirer d'une pareille formule : « Excellente manière de raisonner! Parce que les grands écrivains ont joint au plus beau génie un goût parfait, on ne parlera que dé leur correction, comme s'ils ne joignaient pas les plus grandes beautés à l'absence «les fautes! Et <|ii;mt à rcu\ donl le génie bruta produit des beautés noyées dans le fatras le plus ridicule, on ne parlera que de leur génie, au lieu de leur reprocher leur incorrection1. » Et lui-même, à son tour, propose une division nouvelle : « J'adopterai le nom de classique pour les bons ouvrages des anciens.... Le nom de romantique me paraît convenir parfaitement aux chefs-d'œuvre français cl italiens où se trouvent unies cl fondues l'influence des idées modernes et les règles sévères, mais nécessaires des anciens. Quant à mon troisième genre, tout à fait moderne

I. Voir la contre-partie dans l'amusant article d'E. I>c>champa : la Guerre en temps de paix (Muse française, t. II. p. 293) : •• Voilà plus <Tun mois que je vais de classiques en romantiques h la recherche de mon crime. Il y en a qui m'ont dit avec un sérieux bien risililc : Nous condamnons la lilléralure fin xix" s. parce qu'elle est romantique. — Et pourquoi est-elle romaniique?— Parce qu'elle est la littérature du xrx* s.

— Cet argument ne m'a pas complètement satisfait. D'autres ont ajoute avee un sourire pédantesque : on appelle classiques tous les ouvrages faits pour servir de modèles et romantiques tous les ouvrages absurdes; donc pour peu qu'on ait le sens commun, il esl impossible qu'on soutienne la cause «lu romantisme... » Ceci est écrit en 1824. Avec une égalé boum' foi «les deux cotés, on risque de ne pas s'entendre de longtemps,

IRIGINES IH DEBAT.

cl sans lois écrites, je rangerai ses chefs-d'œuvre dans (e genre barbare. » La lutte, vraiment, ne s'est pas engagée sur un terrain bien délimité.

C'esl pourquoi, tout d'abord, peut se dire romantique qui vent. Stendhal, qui a vécu dans le romantisme italien, a vite choisi son parti. Il lui déplairait d'être au nombre des partisans de la tradition; il est avec les jeunes contre les vieux1 : ■■-__ - Je snis un romantique furieux, c'est-à-dire je suis pour Shakespeare contre Racine et pour lord Byron contre Boileau - ». Mais cette fureur le dispense de s'expliquer. 11 lui suffit d'avoir pris cette attitude, et d'affirmer cette préférence. — assez platonique chez, un prosateur. En fait, il est l'héritier direct des écrivains du xvnr siècle, ('/est vers cette clarté de forme, souple et précise, vers cette indépendance de pensée que le portent ses goûts. Quand il a la fantaisie de tracer le programme d'un concours littéraire, dont son héritage plus tard pourrait faire les frais, voici le premier mérite qu'il exige des concurrents éventuels : « cet ouvrage devra être écrit en style simple, clair et exact, du ton d'une description anatomique et non d'un discours3 ». Il parle du « style divin » de VÊsprii dès Lois *. Les souvenirs du passé lui inspirent de mélancoliques

1. « 1 classicisti <li buona fede, vecchi [ht la piu parte »,

Correspondance inédite. Paris. 1S,">.'>. lettre du IS mars I81'J.

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