C. DE MaLABTIC
Et voici une lettre encore, signée d'un nom plus considérable :
18 mais 1833;
Mon cher Monsieur,
Dussiez-vins me trouver importun el bavard, je veuxvous ,|i,v combien je suis enchanté des vois que je viens de lire de vous dans la Revue. Mon admiration n*a de prix que comme Celle de l'ami le plus sincère et le plus tendre de l'Italie : c'est connue cela que je vous l'offre. Il n'y a pas un vers qui ne soit d'une vérité, je dirais presque religieuse. Jamais l'Italie n'a été peinte plus au naturel, et, par conséquent, plus séduisante. — Votre petite Romaine et votre vieux Romain sont délicieux tous deux. iNaples, c'est ahsi dûment cela, — j'admire votre mémoire non moins que votre imagination : j'admire surtout votre âme si sympathique et si généreuse.
Si vous continuez votre travail sur la Messe du Pape, n'oubliez pas le son des trompettes à l'autre bout de la basilique au moment de l'élévation, au moment aussi de la communion ; les gardes nobles, en se prosternant et en couchant leurs épées sur la terre, font un admirable effet....
Adieu, agréez mille amitiés sincères.
Le comte Ch. de Montalembert L
Le poète, cependant, ne pouvait s'en tenir à des souvenirs du passé; d'autres sujets s'imposaient à lui. Au moment même où la Revue accueillait ses
1, Lettres inédites.
ANTONI DE8GHAMP8. 231
études italiennes, des amis plus intimes reçurent quelques pièces <1<X vers où le malade, hanté par cette vision de la folie menaçante, analysait ses angoisses. I te Léon de Wailly, le 28 novembre 1832 :
Je suis plus .sensible que je ne puis le dire à votre bon souvenir, mon cher Antoni. Si je ne vous ai pas remercié plus tôt, c'est que votre lettre ne m'a été remise qu'hier soir fort tard.
Vos vers sont vrais et touchans : je les garderai précieusement comme une marque de votre amitié. Mais laissezmoi espérer que ce ne sera pas la dernière de ce genre. Dans la position cruelle où vous êtes, faire de la littérature serait frivole et déplacé; mais il y a quelque chose d'imposant et d'inouï dans cette analyse poétique de vous-même. A force de s identifier avec un sentiment, avec une situation, tout ce que le génie peut faire, c'est d'arriver au point où vous voilà tout naturellement porté par une réalité déplorable. Si je croyais avoir quelque crédit dans votre esprit, mon cher Antoni, j'insisterais pour vous voir reconquérir par de nobles et déchirantes lamentations comme celle-ci, la place que vous pensez avoir perdue, avec la santé, dans l'opinion des hommes. Qui sait si Dieu, qui comme vous dites sauva Job. ne vous a pas laissé ce beau talent comme distraction, peut-être même comme remède à vos maux, cl si votre plaie n'est pas une de celles qui, pour guérir, veulent être maniées?
Adieu, cher ami, donnez-moi cette consolante pensée; nous en parlerons plus au long quand je vous verrai.
Tout à vous.