Lettre inédite
maudit; mais les gémissements d'Antoni ont un accent de sincérité aine Ton ne trouve pas ailleurs. Ce n'est plus seulement l'attitude à la mode. Le poète ne se complaît pas à faire parade de douleurs imaginaires. Point de déclamation ni de rhétorique; on pourrait aller jusqu'à dire : aucun effort d'art. Une sobriété sèche qui nous reporte cinq ou six siècles en arrière; des faiblesses de rime, «les duretés, des incorrections même. Et ce vers prosaïque et nu arrive à une étonnante intensité d'expression. De la douleur et de la terreur vraies, sans apprêts :
Depuis longtemps, je Bais entre deux ennemis, L*un s'appelle la Mort et L'autre la Folie; . L'un m'a pris ma raison, l'autre prendra ma vie... Ki moi Bans, murmurer je suis calme et soumis1! Cependant, quand je songe a ions mes chers amis.
Quand je vois, à trente ans. nia pauvre âme flétrie,
Comme un torrent d'été ma jeunesse tarie,
J'ent^OUVre mon linceul el sur moi je gémis '
Plus loin, ce petit tableau, d'un archaïsme saisissant :
je suis la mort, te roi des épouvanlemens,
Je marche avec la peur et les f'rissonnemens. Quand je viens a passer au sein d'une tempête, Les autres rois du inonde inclinent tous la tête. Et, de tous les cotés, les timides humains Se mettent à genoux et me tendent les mains. El moi. sans écouter leurs vœux et leur prière, Sur mon pale cheval je poursuis ma carrière, Et parmi ces troupeaux à ma voix rassemblés. Je vais comme la faux au milieu des grands blés 2...
Un livre de ce genre ne pouvait se juger à la commune mesure. É. Deschamps, toujours enthou-