Dernières Paroles, Élégies, XLVI
siaste, applaudit de tout cœur au succès des Dernières paroles4, mais son intelligence si bien équilibrée est-elle capable de comprendre ce qu'il y a là de profondeur, d'effrayante sincérité? Pour lui, un livre sera toujours uniquement une œuvre d'art; tout est littérature.
Paris. 10 avril M85.
Mon cher Antoni,
(Jue je te remercie bien vite de ton beau volume ! et de la dédicace que tu m'en as faite! tu ne pouvais imprimer sur la première page un nom qui fût plus indissolublement attaché au tien, puisque notre père est au ciel. Tu sais combien j'ai l'orgueil de ton talent et le bonheur de tes succès, et combien nous sentons l'art de même, c'est-à-dire pour l'art seul! Cette nouvelle publication est une joie pour mon cœur et pour mon amour-propre de frère, car elle renferme tout ce qui appelle les applaudissemens et les larmes de tendresse. J'ai lu tout de suite ce que je ne connaissais pas et j'en suis on ne peut plus content. C'est aussi beau que le plus beau du reste. Puis nous avons relu avec Aglaë cette pièce si naïvement touchante à notre bonne dont j'avais cité d'avance quelques vers de mémoire dans Paul- René, et nous avons pleuré sur tout ce passé si bien rappelé.
Littérairement parlant, ce livre est très bien composé. C'est toi tout entier. La chronologie de ta vie et de ton talent y est parfaitement observée. C'était le seul plan possible. Je ne regrette qu'une chose, c'est ton nom. Quoi qu'on en dise, je n'aime pas les réticences, la publication de Pieuvre et le silence du nom. Puis, on te reconnaîtra aux pièces déjà publiées; alors, à quoi bon ce quart «le mystère? si ce n'est à donner moins d'éclat à l'œuvre et au succès actuel?... et en vérité je ne vois rien, même dans les pièces les plus visiblement intimes, qui motivât une telle réserve. Voilà ma seule critique, et aussi quelques négligences de forme d'autant plus visibles chez toi que tu
es presque toujours d'une rectitude de facture égale à celle de ta pensée. Hanzoni, Victor Hugo, les Italiennes sont irréprochables de toute façon. Maia dans les Élégie*, où se
trouvent CCS rares négligences, il faut avouer aussi que les senti mens et la philosophie sont portés à un degré de réalité el de profondeur que je ne trouve nulle part et dans aUCUIl poète de nos jours. C'est la chose même.
Enfin, te voilà recueilli, du moins jusqu'à présent! Car ces paroles seront-elles bien les dernières? Quoiqu'elles en portent le cachet, il peut arriver bien des choses (et je l'espère encore) qui te ramèneront à la poésie. Ces paroles seront les dernières de cette phase de ta vie. Mais de nouvelles paroles pourraient sans contradiction revenir avec une nouvelle vie. N'importe, c'est un vomi que j'exprime pour moi, pour tes amis, car ce livre avec la traduction dû Dante l'ont un poète très complet, et un écrivain d'une rare et puissante originalité.
Aglaë et moi nous t'embrassons du fond du coeur, Ton bon frère,