‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 105 sur 146 · Lettres inédites · texte numérisé non relu

Lettres inédites

2. Correspondance, lettre du 18 avril 1835. — Une lettre inédite

Il ne faut pas trouver ici des paroles banales d'encouragement. Vigny avait raison d'espérer. Si cette maladie nest pas de celles qui guérissent, elle es! de celle- avec qui Ton peut vivre et qui élèvent

de Montalemberi à Emile Desehamps nous apprend que Vigny avait consacré un article à l'œuvre des deux frères :

« Monsieur.

« 11 nie semble que vous devez nie regarder comme un homme d'une insigne mauvaise toi, ou bien d'une négligence impardonnable. Ht cependant, je ne suis qu'un maladroit. Je vous avais promis de faire passer l'article que M. de Vigny m'avait adresse sur vos œuvres et celles de M. votre frère. Cette promesse, je puis vous assurer que j'ai fait tout au monde pour la remplir. Mes rigides collègues ont demandé le livre : vous avez eu la bonté de me l'envoyer; ils l'ont lu, ce pauvre cher livre, et là ils ont découvert des choses qui, je vous le dis avec une franchise toute catholique, ont effarouché leur pudeur. Moi, plus habitué qu'eux à la corruption du siècle, je n'y avais vu aucun mal. mais eux ont été saisis d'une sainte indignation. Non seulement on n'a plus voulu laisser passer les eloires que j'avais déjà arrangés pour l'impression, mais on voulait absolument prendre votre livre pour occasion d'une violente sortie contre l'immoralité de la nouvelle école, dont vous savez que nous partageons les doctrines littéraires, au grand scandale d'une foule de OOS amis. J'ai obtenu qu'on ne vous prit pas, sans votre aveu, pour plastron de notre rigorisme; mais je me vois obligé de vous renvoyer votre manuscrit. J'y ai laissé les additions et corrections que j'y avais faites, et qui vous prouveront au moins que j'y ai travaillé de bonne foi. M. de Vigny VOUS dira au reste des nouvelles de ce rigorisme ascétique dont VOS Oeuvres Boni aujourd'hui victimes.

» Je soi-. Monsieur, bien plus désolé que vous ne sauriez l'être, de ce factieux contre teins. Je VOUS conjure de ne pas me l'imputer. J'en >uis vraiment innocent. <

Cette lettre n'e-t pas datée. Mais il esl fait allusion au même article dans une autre lettre de Montalembert, datée, celle-ci, du 13 juillet 1831 : « Je ne veux pas fermer ma lettre sans

vous dire pourquoi l'article que vous ayei bien voulu me faire tenir la veille de votre départ n'a point encore été inséré. Ces s>ieurs ont absolument voulu lire vos o-uvres avant

de les juger : moi-même j'aurais voulu vos Etudes pour changes

une ûme. La religion sera pour le poète la grande consolatrice.

Frère de Silvio, du Tasse et de Pascal, Ah! puisse le Seigneur apaiser votre mal,

écrivait Saint- Valry.... Et peu à peu l'apaisement se fait; les cris de douleur ont cessé; c'est maintenant une mélancolie profonde, une grande pitié pour toutes les souffrances, — et toujours cet ardent amour de la poésie. En 1M8, Antoni Deschamps prend la défense de la Chute d'un ange avec une chaleur qui lui vaut cette lettre de Lamartine :

Je viens de recevoir enfin, Monsieur et cher poète, votre adresse longtemps attendue, vainement demandée à Emile. J'en profite à l'instant pour vous dire bien mal tout ce que j'ai éprouvé en lisant, il y a un mois, dans la Charte, l'article admirable de sentiment et de pensée que vous Bvea consacré à mon dernier ouvrage si mal accueilli. Cet accueil est jusqu'à un certain point mérité. Vous ne pouviez me défendre qu'à force de bonne volonté et de partialité poétique; mais qui se plaindra de cette partialité d'un poète (iui ose seul en défendre un autre contre l'injustice ou contre l'inintelligence d'un public? A coup sûr, ce ne sera pas moi. Vous savez combien j'admirais votre talent original et antique à la fois; vous ne. savez pas combien d'affection ce beau trait de famille ajoute à un sentiment déjà fort et déjà vieux.

J'apprends aussi que, dans vos prochaines poésies, il y en a une qui m'est dédiée. Je l'attends avec impatience, bien sûr du genre d'impression que j'en recevrai, et j'y répondrai, j'espère, à une heure d'inspiration vide de bruit et d'affaires.

et augmenter quelques citations. J'en ai écrit en voire absence à M. de Vigny. 11 ne m'a pas répondu. Soyez assez bon pour me faire envoyer le volume.... » Le Journal dont il est question est l'Avenir.

ANTONI DESCHÀMPS. 239

On me dit que votre sauf»'' va complètement mieux. Je n'ai jamais douté que votre maladie ne fût que nerveuse et nullement organique. A mesure que les années soutireront de ce fluide trop actif qui fait la vitalité surabondante de ceux qui doivent vivre deux fois, vous vous sentirez plus en harmonie avec vous-même et avec ce monde. Le travail et l'amitié, ces deux précurseurs de la gloire, achèveront votre destinée. Elle ne sera jamais aussi douce et aussi complète que vous la méritez et que je vous la souhaite.

Souvenez-vous de moi et faites-en souvenir notre excellent et admirable Emile. On voudrait être le troisième frère

des deux.

Lamartine.

Saint-Point. I'r août 1838'.

Résignation, tel est le titre du dernier volume qu'A. Deschamps ait écrit-; il marque la suprême étape de ce calvaire cruel. La Divine Comédie, Dernières Paroles, Résignation : il y a là toute l'histoire d'une âme, — d'une âme profonde et douloureuse. D'autres poètes ont eu une imagination plus riche, plus de souplesse et plus d'éclat; je n'en connais pas, parmi les romantiques, qui aient mis plus d'eux-mêmes dans leur poésie.

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