‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 106 sur 146 · RéêigruLtion. Paris, Crapelet, 1839. — A l'occasion de ce · texte numérisé non relu

RéêigruLtion. Paris, Crapelet, 1839. — A l'occasion de ce

volume, cette lettre (te Silvio Pelliro (inédite) :

« Monsieur,

« Voua m'avez adiv^-e des vers remplis de Itien veillance, j'en ai été vivement touché, el j'y ai vu avec plaisir non seulement une âme indulgente et sensible, mais l'àme d'un Français qui connaît et aime notre chère Italie. Vos vers me sont un don précieux. C.onfalonieri qui me les envoie me parle de leur auteur de manière h me les faire doublement apprécier. \rree/. Monsieur. L'assurance des sentiments distingués de gratitude et d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre dévoue serviteur.

Silvio Pbllico. »

Turin. 0 avr. iU.

Aussi ne s'attardera-t-il pas à d'inutiles redites. En 1841, un même volume réunit les œuvres des deux frères avec cette double dédicace : A mon frère Antoni, — A mon frère Emile '. Après quoi, c'est, pour Antoni, le silence. De temps à autre seulement, quelques pièces de vers, toujours dune inspiration généreuse; jamais il n'admettra que la poésie soit un pur exercice verbal, que l'agrément de la forme puisse suffire. Attentif, il suit les efforts des générations nouvelles; leurs théories l'inquiètent un peu, mais il garde sa foi en l'avenir. A -<>n frère Emile :

Passy, 28 mai 1867.

Mton cher Emile,

Je suis très heureux de tout ce que tu me dis à propos de mes vers de la Gazette rimée. (Test ton suffrage et celui des poètes qui me flattent le plus. Remercie M. Cosnard <l<' son Itou souvenir. J*ai reçu quelques lettres 1res aimables a ce sujet. J'ai remercié M Feyrnet, rédacteur du Temps, de son très bienveillant article. Je émis que le ton satirique et philosophique de mes deux pièces n'est pas étranger à leur petit succès.

La nouvelle école poétique afîecte trop de se désintéresser de la pensée et du sentiment. Il est peut-être hon de ne pas être humanitaire, mais il faut rester humain, et s'il était prouvé que la pensée et le sentiment sont devenus le monopole de la prose, il ne resterait plus à la poésie versifiée que le rythme et la rime, et ce ne serait pas assez.

Au reste, l'équilibre finira par se rétablir entre les poètes et les prosateurs : quelques jeunes poètes s'aperçoivent que la ciselure de la forme et le vide ou le sensualisme du fond ne suffisent pas, et que, lorsque le vers renferme une pensée

1. Poésies de MM. Emile et Antoni Deschamps. Paris, Delloye, 1841.

OU un sentiment, il sort tout armé du front du poète et n'a pas besoin d'être habillé après coup '.

Ce long silence, d'ailleurs, ne l'avait pas fait tomber dans l'oubli. Il suffit de voir les regrets qui S'exprimèrent à l'occasion de sa mort. Parmi les lettres que reçut Emile, j'en citerai une seulement :

Angers, 2 novembre 1869.

Cher ami, je rentre en ville, où m'attendait la nouvelle de votre deuil. Voilà nos regrets d'hier bien dépassés pour vous. Faut-il s'embrasser vite entre chaque tombe, de peur que deux n'en fassent qu'une!

Antoni, le Romain, ce dantesque de nos beaux jours, à L'expression si ferme et à l'admiration si haute, dont le profil de bronze, inattaquable aux années dans mon souvenir, s'y rajeunit à cette heure plus que jamais! De près, vous m'en parliez: de loin, je le voyais comme le pendant ou le complément de vous-même. C'était votre cadet, plus rude épreuve, à cause de cette interversion dans l'ordre du départ Voilà que vous l'apercevez dans le passé, naissant, — petit, — trainé par votre main, — puis votre élève, — puis votre ami comme nul autre. Je sais cela, moi à qui Dieu a gardé le mien, sur lequel je me repose et m'appuie. Mais qui dit mort, hélas! dit trouble, infraction, désordre; avec elle les cadets se changent en aines.

(Test-ce pas le moment de vous dire, cher Emile, en ce jour des morts, jour de tristesse et d'espérance, où les feuilles qui roulent emportent nos prières aux cieux, que j'ai écrit le nom d'Antoni sur l'une d'elles?

A vous du fond du cœur! Y. Pavie2.

Victor Pavie, encore un compagnon des années glorieuses, un de ceux qui, quarante ans plus tôt, arrivaient à Paris, brûlants d'enthousiasme et de foi !

t. Lettre inédite.

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