‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 117 sur 146 · III, G · texte numérisé non relu

III, G

Les plaintes de la vestale, avide de liberté, ne présenlenl pas ce caractère d'emportement passionné :

Tu ne la connais pas. cette aveugle prison,

< in Huns retient Veste....

Tu ne sais pas uon plus quelle sourde douleur

Vienl dévorer une Âme encore dans sa Heur,

Alors que, par un rêve en Becret poursuivie,

Bile écoute de loin tous les bruits de la vie,

Kt le Bol <im se brise, el le clairon lointain,

Kl les hymnes Joyeux saluant le matin.

Les heureui villageois venanl de Csmpanie,

Les époux précédés des flûtes d'Ionie,

Kt Les jeunes consuls sur des chars triomphants,

Kt les chanta da portique, et les cris des enfants!

Ohf Sentir tonteela, l'entrevoir, et se dire :

Le monde a'a pour moi que des fers! (Quel martyre!)....

On m'a divinisée en m'écrasant le cœur!... (III, 3.)

Tout le drame est ainsi, d'un travail élégant, mais sec. Saint-Félix n'a pas la grande imagination romanesque de Dumas. Très à l'aise en de petits tableaux, il n'est pas fait pour peindre à larges traits une fresque de cette ampleur. Son souffle est un peu court. Son talent, harmonieux et pur, répugne aux brutalités, aux violences de couleurs, à la richesse tumultueuse qu'exigerait la matière. 11 n'y a rien qui soit équivalent, comme mouvement et comme vie, au prologue de Caligula.

LE ROMANTISME F.T LA TRADITION LATINE. 27r>

Mais, à défaut <lr ces ensembles pittoresques. les protagonistes du drame sont admirablement nuancés : l'affranchi Phaon, plus dangereux et plus vil que le Narcisse de Racine, avec ses froides ironies, sa cruauté artiste, son intelligence souple que rien ne surprend, — Vindex, le vengeur venu des pays du Nord,

Le bâton à la main, la toison sur l'épaule...,

Thrasea, symbole de toutes les vertus mortes1.... A l'école des classiques, le poète a appris l'art de résumer, en quelques types essentiels, les visages de la foule, innombrables et divers, de traduire en un raccourci expressif ses passions, ses colères, spérances, ses regrets. Il renouvelle, par le souci du détail, les procédés les plus traditionnels, descriptions, récits ou discours. Vindex aux conjuré- :

Mes amis, voici l'heure où, sur tous [es chemins,

Les chariots chargés vont aux marchés romains;

La moitié de la ville est encore plongée

Dans le sommeil, et l'ombre est fraîche et prolongée.

Il faut gagner la ville à pas lents, séparés;

Les uns suivront les bœufs de rameaux verts parés

Qu'on amène au foirai près des jardins du Tibre;

D'autres iront se joindre aux prêtres du Dieu Libre

Qui viennent de Tibur, le matin, en chantant;

D'autres se mêleront au cortège éclatant De quelque sénateur revenant de ses terres. Ayez soin d'égayer vos ligures austères;

Point d'embarras; riez, répondez franchement;

Avec les gêna âgés ne parlez qu'un moment:

l.Le personnage est emprunté à Une fête de Néron de Soumet et lielmontet. A signaler aussi, en particulier dans le cinquième

acte, certaine- analogies avec, le drame d'Alfred Pourcbel, Une chrétienne et Néron, Paris, Guillaumin, 1835, in-8°.

la BATAILLE ROMAtfrlQl i;.

Udes la jeune Aile .i porter ses corbeilles, Vantez-lai sa beauté, le miel de ses abeilles, Kt ses (leurs ci ses truite; dans les croupes pn M.-hv-vmis en riant Soyez calmes. Passes M

Sur les prétoriens, cette tirade «le- Phaon :

.... Tu crains ces radoteurs <lc gloire? Vois-tu, touj vieux soldai au front cicatrisé

lira pour SOI! Dieu Mai-, quand liacehus l'a grisé.

Laisse crier ceux-ci. Que le font leur- paroles?

Ce -mil d'ancien- acletirs qui declainenl de- rôles.

Leur- glaires flamboyante, moins cruels que leurs voix, Ne blessent qui' les yeux, >'il- tuaient autrefois. Leur poème guerrier incline vers l'idylle; il- en sont maintenant aux bergers de Virgile, une faut-il désormais a ces fronts blanchissants? L'espoir d'une Arcadie aux troupeaux mugissants,

Le lointain d'une vigne nu d'un Verger.... Que sais-je? lue épouse, un bon chien, un luit couvert de nei.

Le repos du foyer, un caveau regorgeant*

Les chansons, les bons vin- dan- de- coupes d'argent.

Bfa bien? Ce rêve auquel tout \eleran aspire

Est-il si dangereux au salut de l'empire?

Va, ce- prétoriens dont tu t'ai armais tant, I e- voilà. Vieux chevaux.... Bien harnaches pourtant!

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