M.KON
Réponds, n'avions-nmis pas a>scz d'or'.'
PHAOIS (souriant)
Bêlas! non.
\i':iîON Comment se sont fondu- t«ni> mes trésors, Piiaon ?... (V, 3.)
J. de Saint-Félix mit en réserve son manuscrit repoussé par les comédiens. Consentir à l'impression, c'eût été engager l'avenir, renoncer. Imprimée, sa pièce o'était plus qu'une pièce morte '. 11 se contenta d'en donner quelques lectures, devant des amis de choix. C'est ainsi que la connut, en 1852, un jeune poète qui allait, quelques mois plus tard, s'imposer à la renommée avec un volume de Poèmes antiques. Le 27 avril 1S52 :
Monsieur, je ne vous ai point assez exprimé hier toute ma liante estime pour vos beaux vers et pour l'étude sérieuse et complète que vous avez faite du caractère de .Néron. Permettez-moi de vous redire combien j'ai été heureux d'entendre et d'admirer un vrai poète. Mon suffrage est bien peu de chose, sans doute, mais il est sincère. Accepte/.-le, .Monsieur, avec mes meilleures sympathies et croyez à mon vif désir de continuer des relations auxquelles j'attache le plus grand prix. Votre tout dévoué,
Leconte de Lisle.
1. « Je ne suis pas assez vain pour croire qu'on viendra à moi : je suis trop lier d'un autre côté, pour rien demander. J'ai donc enfermé mon manuscrit sous trois clefs; il y a près de dix ans de cela. Dans dix ans, René de Saint-Félix portera lui-même mon drame au comité de la Comédie-Française et il lui dira : Voilà un ouvrage de mon père que des esprits sérieux reçurent avec une grande sympathie et que des étourdis et des étourdies rejetèrent, un an après, avec de grands éclats de rire.... » (Le Mousquetaire, 26 nov. 1834.)
Témoignage précieux, mais qui ne pouvait guérir certaines blessures. Vainement, Saint-Félix avait réduit ses ambitions premières et tiré de sa nouvelle, Virgile, un petit drame en un acte et en prose ' : il ne put, même ainsi, forcer les portes du Théâtre-Français. Vainement, il essaya des sujets modernes : ni le drame iïAi^abelle, ni Une Altesse Royale, comédie en prose tirée d'un livre, cependant, à qui le succès n'avait pas manqué- n'eurent plus de bonheur.
En 1850, une nouvelle déception lui était réservée. L'Odéon avait enfin reçu un Télégone en vers; mais, au dernier moment, Alphonse Royer se ravisa : les vers étaient « charmants », mais ce n'était pas « une chose scénique »; les acteurs de l'Odéon ne pouvaient s'affubler de tètes de loups; les amours brutales de Circé, son «inconvenance toute grecque », ce Télégone adonné au vin et à la chasse, la scène surtout où l'on voyait aux prises la mère et le fils, « l'absence de tout personnage à qui l'on puisse s'intéresser, la gamme du comique lui-même tout à fait en dehors des limites » accoutumées, — comment le public accepterait-il cet hellénisme si éloigné de la tradition3? Bref, Royer reprenait sa parole. Pourtant, l'auteur n'était pas de ces écrivains dont l'intransigeance offre de commodes prétextes à la mauvaise volonté des