Le Mousquetaire des 30 janvier et l" février
3. Voir le Fiijaro du 2 juin 1874, le Soleil du 3 juin, etc. — E. Fournier, Souvenirs de VÉcole romantique, Paris, Laplace, 1880 (cette notice, très brève, fourmille d'erreurs).
reconnaîtra hion le vrai caractère du talent de son père.
/.'< >rcstic a vos qualités et vos défauts. Elle est splendide et dramatique; mais aussi, se sentant forte et belle, elle prend des libertés qui liassent pour des témérités. Vous avez voulu révéler à la fois Eschyle, Sophocle et Euripide; vous imposé votre drame des trois poétiques de ces grands maîtres. C'était bien hardi, surtout devant un public impatient et frivole comme celui de notre temps. L'Orestie, réduite à la première partie, avec un dénouement splendide comme vous savez les faire, eût attiré Paris tout entier. Votre triomphe de la première représentation eût été suivi de cent représentations à salle eomble. Vous n'avez pas voulu de cette idée. C'était la mienne. Donc, je ne suis pas votre collaborateur; donc, vous êtes seul l'auteur de l'oreslie, vous téméraire qui savez tout braver et qui ne prenez conseil que de votre génie.
Maintenant, j'ai un grave reproche à vous adresser sur une question personnelle. Dans le Mousquetaire du \ rier, vous m'invitez (moi ou les autres) à réclamer les vers qui peuvent m'appartenir, afin de me les rendre. Mon cher Alexandre, je ne prête pas mes vers; bons ou mauvais, je les signe, je les garde en toute propriété et même je mets au défi n'importe qui d'en faire de pareils, bons ou mauvais....
l'eu s'en fallut que ce ne fût, entre les deux amis, la rupture. Dans l'ardeur de sa défense, Dumas n'avail pas -ongé à mesurer ses phrases. Or l'auteur d( *s Poésies romaines et des Xuits de Borne avait quelques raisons d'être d'amour-propre irritable. Tandis qu'il voyait la ruine de tous ses projets dramatiques, d'autres, qui ne le valaient pas, étaient entrés, glorieusement, dans la voie tracée par lui.
Un mois après la chute des Burgraves, Lucrèce avait triomphé bruyamment, suivie de la reprise du
Tibère de M. J. Cliénier. La tragédie renaissait, Une
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jeune fille était apparue, « venue on ne sait d'où, une enfant p&le et frôle, œil de charbon dans un masque de inarbre1 »; et, par elle, l'antiquité retrouvait son prestige. Les pièces grecques et romaines se succédaient : en 18Vt la Ciguë d'É. Augier et VAniigone de Vacquerie; en 1845 la Virginie de Latour Saint-Ybars; en 184G le Diogène de F. Pyat, la Vestale de Duhomme et Sauvage; m 1847 Pylhias et Damon du marquis de Belloy, YAlceste de Lucas, le Spartacus d'Hippolyte Magen, la Cléo- /tàlre de Mme de Girardin ; en 1848 le Thersite de Roland de Villarceaux, la Fille d'Eschyle d'Autran; en 1849 le Moineau de Lesbie d'Armand Barthet, la Chute de Séjean de V. Séjour, le Testament de César de Lacroix; en 1850 Horace et Lydie de Ponsard, le Joueur de flûte d'Augier....
La cause que Saint-Félix avait faite sienne était victorieuse, — sans lui; mais quelle triste victoire! Ce renouveau de la tradition antique, dont il attendait un regain de poésie large et pure, marquait au contraire, à part quelques traductions et quelques fantaisies délicates, le triomphe du prosaïsme, des élégances banales, des petites habiletés vulgaires. C'était, après la fièvre romantique, la revanche du médiocre : d'un côté la tragédie de Ponsard, de l'autre Scribe et le vaudeville2!
1. Th. Gautier, Histoire de fart dramatique..., t. III, p. 43.
2. Saint-Félix a toujours eu pour le métier, et en particulier pour le vaudeville, une horreur de véritable artiste, dont il faut lui savoir gré. Dans la préface de Oléopâtre : « Voilà le charlatan qui domine : le métier.... Sa. faconde est inépuisable, sa facture est facile. Il fera de tout, vite el passablement;.... La presse éclairée l'a foudroyé cent fois, mais il renaît de ses cendres en véritable magicien. C'est le phénix de la médiocrité et de
On comprend l'amertume de Pavant-propos qu'il écrivit, en is;i,'{. pour les Nuits de Borne : « Allez, mon livre, allez à l'aventure, et faites votre chemin, si vous le pouvez. Surtout, prenez bien, dès aujourd'hui, une date certaine; gravez fortement votre millésime, afin que dans dix ans d'ici, par exemple, vous ne passiez pas pour un imitateur de ceux que vous aurez devancés. La vie littéraire est pleine de accidents, de ces injustices et de ces oublis. Heureux qui peut aller s'en consoler dans la retraite, en revoyant encore les riants paysages de sa jeunesse. Hélas! ce n'est pas vers le sol natal que je chercherai un jour mon abri :
Nos patriœ fines et dulcia linquimus arva; Nus patriain fiiirimus....
» Je n'ai plus ma fontaine ombragée de trois oliviers ; des procès de famille, les plus impies des procès, me l'ont enlevée avec les bois et les terres qui l'environnaient et le château sur le versant de la colline; tout enlevé, jusqu'au dernier abri.... Mais, allez, mon livre, faites votre chemin, et si, par vous, mon nom et mon souvenir peuvent rester dans la mémoire (\v quelques amis contemporains et dans la
l'industrie. » — Dans te Mercure de France du 9 novembre 1851, à propos de la Bettinede Musset : « La comédie de Bettlnr est une sorte de protestation très nette, très énergique contre l'école vaudevilliste, si pimpante et si niaise et pourtant si tenace au pouvoir. Franchement le vaudeville e>t bien vieux! II a beau se ciiiibrer. s'attifer, se friser, se farder, il est bien vieux. Savezvous ce qu'il faudrait faire pour le régénérer un peu? Tout simplement revenir à la source.... Mais enfin, dira-t-on. il e>t encore beaucoup de charmants auteurs et qui font du nouveau. — Du nouveau, dites- VOQS? du nouveau avec des ficelles! Allons donc! »
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mémoire des amis que nos oeuvres nous amènent dans l'avenir, allez, mon livre, tout sera bien ainsi. Vous aurez assez fait pour moi et moi pour vous. »
Ce n'était pas là une exagération de poète, une attitude voulue. Quand il était rentré à Paris, en 1844, l'avenir était inquiétant. De sa fortune, médiocre, il ne restait rien. Avec une femme et un enfant à nourrir, les lettres ne pouvaient plus être un divertissement désintéressé. Il fallait vivre, et la poésie, pas plus que le théâtre, n'offrait des ressources suffisantes.... Les études provinciales publiées parla /{crue de Paris donnèrent, en attendant mieux, la matière de deux volumes '. En même temps, il reprenait courageusement la série <|e ses romans historiques : Louise d'Avaray en 1844, le Dernier Colonel en 1846, les Officiers du roi en 1847, les Soupers du Directoire en 1849, les Derniers Grenadiers du roi en 185U....
Aux romans historiques succèdent des récits contemporains, — et il en est ainsi jusqu'à ses derniers jours. Il fournit de chroniques et de feuilletons une multitude de journaux et de revues : V Artiste-, le Corsaire, la Semaine, VOpinion publique, le Mercure de France de 1851, dont il est le principal
1. Revue de Paris, 3" série (1830-41;, t. XI, XIII, XV, XVII, XXIV. XXX. XXXI, XXXII; S* série (1845), t. III. — Le RhÔne et la mer, Paris, Renouard, 1843, in-8°.
2. A Signaler dans la 4' série, 1. IX (1847) deux petits poèmes, COnjie romaine et tes Océanides; dans la Ti\ t. I < ] Si8) et III (1849) une suite de morceaux en vers, les Montagnes.
rédacteur, le Mousquetaire de humas', la Patrie Je Constitutionnel, le Moniteur du Calvados et le Journal <le Maine-et-Loire, le Journal pour tous, le Courrier de Paris, le Journal du dimanche.... Toute cette seconde partie de son existence est une époque de labeur acharné, — sans beaucoup de gloire. On a peine à reconnaître l'artiste dédaigneux de la foule, le dandy, ou le royaliste intransigeant de 1830.
1 )c ses ardeurs d'autrefois, Saint-Félix avait gardé seulement une foi 1res vive, avec un profond amour de l'ordre et de la légalité. La révolution de 1848, qui était d'ailleurs, pour le parti légitimiste, une manière de revanche, ne lui fit pas perdre son sangfroid. Adversaire résolu de toutes les utopies démagogiques, le régime républicain, en lui-même, n'était pas pour l'effrayer2. Mais il accueillit avec joie l'élection de Louis-Napoléon. En 1852 enfin, la carrière administrative s'ouvrit à lui. Le décret du 30 novembre avait réformé l'organisation du colpor- : Saint-Félix fut appelé au ministère de l'Intérieur, dans le service nouveau. Employé subalterne d'abord, plus tard chef de bureau et secrétaire de la commission consultative, il devait rester en fonction jusqu'au 4 septembre 1870.