‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 2 sur 146 · AVANT-PROPOS. VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. VII

hésitations et ces polémiques, de marquer les directions successives, et divergentes, de cet effort et de chercher comment l'Unité romantique — unité d'un moment — a pu se dégager de cette confusion.

Février 1912.

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Que toutes les idées romantiques soient en germe dans l'œuvre de Chateaubriand et de Mme de Staël, que l'imagination lyrique de Rousseau ait ouvert les voies à la poésie moderne et que, d'autre part, une révolution littéraire fût fatale après tant de secousses politiques, cela peut se démontrer aisément; mais cela ne nous apprend pas à quel moment, à la faveur de quelles circonstances, à la suite de quelles œuvres cette révolution put s'accomplir. Les grandes influences générales s'exercent d'ordinaire à l'insu de ceux mêmes qui les subissent; à côté des causes profondes d'un mouvement poétique, ses causes occasionnelles Valent d'être connues.

Ni Chateaubriand, d'ailleurs, ni Mme de Staël ne prétendaient SÇ renfermer dans le rôle de ehefs

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d'écoles littéraires. Surtout, ils ne paraissaient pas combattre I»' même combat, et il eût fallu une perspicacité singulière pour se déclarer à la fois, «1rs 1 soi ou 180:2, le disciple de l'un et de l'autre. Entre l'héritière du xvm" siècle qui reprenait avec passion la doctrine de la perfectibilité, et l'apôtre du loyalisme monarchique et de la foi, ce qui saillait aux yeux c'étaient les divergences d'opinion, accusées par d'assez vives polémiques. La Littérature considérée dans ses rapports avec 1rs institulions sociales avait été un acte politique; A tala et le Génie <lu Christianisme opposaient aux idées encyclopédiques la grandeur de la religion : auprès de ees graves intérêts, les questions de forme étaient peu de eliose '.

Le futur ennemi du romantisme, Dussault, regrettera plus tard, connue un aveuglement coupable, davoir témoigné sa sympathie à certains écrits « plus piquants que solides, plus intéressants «pie vrais, dont le fonds suppose plus d'esprit que de jugement et la forme plus d'imagination et de talent que de goût' ». Pour le moment, rien n'est venu inquiéter son orthodoxie littéraire. Même la brochure audacieuse de Schlegel, ce parallèle des deux Phèdres, donné à Paris en 1807, ne lui a inspiré qu'un tranquille dédain. Le critique allemand a « rajeuni de vieilles disputes », il a repris les idées

1. Voir le livre intéressant de M. Barat, le Style poétique et la Réuolution romantique. Paris, Hachette, 1904.

2. article du II mars 1814. Corap. son article sur Alala du 25 mai 1801 et celui du 11) mai 18112 sur le Génie du Christianisme. Les articles de Dussault ont été réunis en 1818. sous le titre d'Annales littéraires.

de Mercier e| de < Subières, — et il ne lui vient pas à la pensée que l'avenir puisse se soucier de si médiocres paradoxes1.

Deux faits révélèrent le danger : la publication de la Littérature du Midi de l'Europe de Simonde de Sismondi en 1813, la traduction du Cours de littérature dramatique de Schlegel à la fin de la môme année -. Il ne s'agissait plus ici de quelques audaces plus ou moins excusables, de quelques fantaisies individuelles, mais de tout un système organisé, solidement appuyé de considérations historiques. Imprimée trop lard pour que l'on pût y voirie principe de la révolution menaçante3, l'Allemagne de Mme de Staël n'en apportait pas moins aux idées nouvelles un précieux appui. Les dogmes les plus respectés et jusqu'alors les plus inébranlables étaient en péril. « Une question n'existe réellement, écrit Dussault le 11 mars 1814, que lorsqu'elle est bien posée, que lorsque ses éléments sont resserrés dans une formule simple; on la crée quand on en trouve les termes. » Et il ajoute, le 21 mars : « Ainsi donc, par les manifestes réunis, positifs, bien et dûment libellés de MM. Schlegel et Sismondi, voilà la guerre civile décidément allumée dans tous les états d'Apollon! Les deux partis sont en présence. »

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