‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 20 sur 146 · Préface des Nouvelles Odes · texte numérisé non relu

Préface des Nouvelles Odes

Négation commode. Il semble qu'il y ait comme un parti pris général de se dérober, que personne, parmi les jeunes poètes, ne veuille laisser poser nettement la question dangereuse, ne consente à déployer un drapeau. Dans toutes les déclarations, dans tontes les préfaces, sous la plume d'Emile Deschamps, de (îuttinguer, de Philarète Chasles. la même phrase revient, prudente et obstinée : romantisme et classicisme, ces divisions n'ont aucun sens, la frivole querelle n'est qu'une querelle de mots. On dirait des escrimeurs qui refusent le fer à leurs adversaires '.

I. u ou ;i défini tant de (ois le romantisme que la question est bien assez embrouillée comme cela" s;ms que je l'obscurcisse encore par de nouveaux éclaircissements. Je n'y ai jamais rien compris, el cependant la chose commence à devenir sérieuse pour moi, puisqu'ils disent tous que la Mux<' française esl le quartier

général (1rs r antiques cl que delenda esi Carthago. En vérité,

je veux bien me battre, je veux bien être lue mè mais je

voudrais savoir pourquoi. » (É. Deschanips. ail. dite de la Muse,

t. II. p. 2!)4.) — « Il me semble que nous sommes, en littérature, dans une situation à. peu près semblable à celle où se trouvait la politique en 181.'), situation dont un brave homme si' plaignait si naïvement en s'écriant : Vous verrez qu'il faudra Unir par avoir une opinion.... » (Guttinguer, préface de la 2' édition des Mélanges poétiques, 1823.) — « Dans l'impuissance OÙ je suis de comprendre un mot sans idée, je ne dois en accepter ni en refuser le blâme ou l'honneur.... >. (Ph. Chasles, Dédicace de la Fiancée de Bénarès 1825.) — Les journaux libéraux mil adopté la même tactique. Senancotir croit a la fusion prochaine des deux écoles : « Les deux genres sont moins distincts qu'on ne le pense. Ce qu'on peut conclure avec quelque certitude, c'est que le genre qui prévaudra désormais ne sera ni classique, ni romantique : il participera tellement de toutes les formes dignes d'être admise.- sans retour, qu'on pourra en quelque sorte l'appeler universel. ■ (Mercure du M\ s., t. II. 1S2:(, p. 226.) Kl E. Jouy : •• Vprès tout, que Signifié Mtte puérile distinction. Ilelevez-vous mes amis. Bacon vous invile a pe point vous agenouiller devant des fantômes....

Mais voici qui est mieux. L'éditeur des Tablettes romantiques a voulu donner à l'école nouvelle une tribune; or, il commence par nier son existence el par accueillir les fervents de la tradition. Avant les plaidoyers de Nodier et de Mme de Staël, il imprime quelques lignes d'Hoffman, d'une ironie mordante, H toute une satire de .1.-1*. Brès, l'auteur des Paysages et de la Mythologie des /)<imes. Au reste, le recueil tout entier est assez disparate. En l'ail de romantiques, il a pris à peu près au hasard. Le marquis de Fontanes se lamente sur les malheurs du génie. A côté oies frères Hugo, de Lamartine, de Vigny, «le Gaspard <le Pons, d'Emile Deschamps et

de la foule des nouveaux venus, ce SOntde glorieux

débris de l'école impériale, des poètes qui ne sont romantiques en aucune façon, comme Ancelot el Casimir Delavigne, ou qui ne le resteront pas longtemps, comme Soumet. Les deux armées sont aux prises déjà, mais elles n'arrivent pas à se reconnaître. Un an plus tard, c'est A. Guiraud qui se charge d'écrire le manifeste de la Muse française ' : et parmi les œuvres qui « ont marqué d'une manière éclatante la transition d'une époque à l'autre », il cite les vers de Gilbert, la comédie des Étourdis, les poèmes de Delille, les tragédies de Ducis, quelques odes de Lebrun....

Les choses n'en sont plus cependant au même

En même temps que nous repoussons cette étrange division drs classiques el des romantiques, nous sommes prêts à con-^ venir que chacun apportant dans la carrière des Lettres des dispositions et des facultés différentes, doit s'y abandonner à ses propres inspirations.... » {La Pandore, 20 mars 1824 )

1. Nos Doctrines, janvier 1824. — Les Tablettes romantiques, premier volume de la série des Annales, en janvier 1823.

point qu'au temps où Saint-Chamans écrivait son A nti- romantique. Comme définition, on hésite encore entre les formules de Schlegel et celles de Stendhal et Ton n'a pas trouvé mieux. Mais quelques œuvres ont été produites, un peu à l'aventure, qui précisent les données du problème. Sous l'obscurité des termes, certaines tendances apparaissent, certaines antipathies. C'est, à la faveur d'impressions nouvelles, une lassitude à l'égard des artifices du passé, de ces procédés qui constituaient toute la poésie pseudo-classique. On sent le besoin de vivre, de prendre pied dans le réel, pour s'élever ensuite à un nouvel idéal.

Il est au moins un point sur lequel s'accordent romantiques-ultra et romantiques-libéraux. Poulies uns et les autres, le mot d'ordre est d'abord : Nature et Vérité. Lamartine a été un des premiers à le proclamer :« Les hommes sont bien orgueilleux de parler de leur beau idéal, écrit-il en 1819, c'est la nature qui est le suprême idéal1 ». En 1824, il précise : « Les deux absurdités rivales, en s'écroulant, feront place à la vérité en littérature : vérité dans les sentiments, force et sûreté dans l'expression 2 ». — Il est vrai que les premiers livres de Hugo ne paraissent pas s'inspirer de ce principe, que le Conservateur littéraire est plus qu'indulgent à la mémoire de l'abbé Delille, que les Odes sont

1. Lettre du 21 mai 1819. La question du Beau-Idéal, encore une face dû problème romantique. Voii Stendhal, Racine et Shakespeare, |>. 100, et fier&try, Bxamen philosophique des considérations sur le sentiment du sublime et du beau... d'Emmanuel haut, Paris, Bossange, 1823.

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