‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 29 sur 146 · Lettres du 22 mai et du 31 juillet · texte numérisé non relu

Lettres du 22 mai et du 31 juillet

:t. Mercure el le XIX* s., dialogue de Jules Lefèvre. Voir cidessous, Vanité romantique el le Cénacle.

Beuve, et déjà on peut prévoir le moment où Yunilé romantique sera un fait accompli l.

Pour sa part, Victor Hugo a renoncé à ses timidités, à la prudence et aux paroles de conciliation. Il charge ses amis de faire connaître son attitude nouvelle : « On me dit ici, écrit-il à Ad. de Saint- Yalry le 7 mai 182o, que l'on dit là-bas que j'ai fait abjuration de mes hérésies littéraires, comme notre grand poète Soumet; démentez le fait bien haut, partout où vous serez, vous me rendrez service2 ». Surtout, il place la question sur son véritable terrain. Ce qui est nécessaire à la poésie, c'est l'indépendance. Par elle seulement, elle pourra retrouver la jeunesse et la vie. Il est vain de vouloir lui tracer la route, de lui dicter ce qu'elle doit être, d'opposer aux règles anciennes un idéal nouveau et défini : toute définition serait une atteinte à la liberté de demain; il faut se garder de renverser des idoles pour instituer un culte nouveau. « Celui qui imite un poète romantique devient nécessairement un classique, puisqu'il imite. Que vous soyez l'écho

1. « Voilà aussi M. Hugo dans le mouvement! », s'écriera le Globe après la préface de Croinwell.

2. Élu a l'Académie le 2!) juillet 1824, Soumet se trouva assez embarrassé pour son discours de réception. 11 était classé

comme le grand poète d.0 cénacle. — le poète le plus complet depuis Hilton, avait déclaré la Musc française (art. sur Saiil). D'autre part, les classiques étaient en force à l'Académie; et c'était Auger lui-même qui devait répondre à son discours! •■ Incertain ontrecesdeux puissances, raconte le Mercure du XIX' s., il a pain hésiter comme un homme qui manquerait de doctrine. Cependant M. Soumet s'est cru obligea taire une abjuration; mais, quoique exprimée eu ternies assez clairs, on a pu la soupçonner" de ressembler un peu à celle de Henri IV. » (T. VII. p. 4D7.)

02 LA HATAILLE ROMANTIul K.

de Hacine ou le reflet de Shakespeare, vous n'êtes toujours qu'un écho et qu'un reflet'. »

Sans avoir [a vivacité agressive de la préface des Orientales, la préface des Odes el Ballades d'octobre 1826 en expose déjà toutes les idées : « On entend tous les jours, à propos de productions littéraires, parler de la dignité de tel genre, des convenances de tel autre, des limites de celui-ci, des latitudes de celui-là.... L'auteur «le ce livre a le malheur de ne rien comprendre à tout cela; il y cherche des choses et n'y voit que des mots.... La pensée es! une terre vierge <"t féconde, dont, les productions veulent croître librement, et pour ainsi dire au hasard, sans se classer, sans s'aligner en plates-bandes, comme les bouquets dans un jardin classique de Le Nuire, ou comme les fleurs du landaus un traité de rhétorique*.... » C'est sottise de croire que cette liberté absolue doive enfanter le désordre. L'Ordre qui « résulte du fond même des choses », de leur mystérieuse et lointaine harmonie, n'a rien à voir avec cette régularité médiocre qui ne s'attache qu'à leur forme extérieure. « La régularité est une combinaison matérielle et purement humaine; l'ordre est pour ainsi dire divin.... Une cathédrale gothique présente

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