‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 30 sur 146 · Préface des Odes et Ballades, de · texte numérisé non relu

Préface des Odes et Ballades, de

2. Comp. la préface des Orientales (janvier 1820) : « L'art n'a que faire des lisières, des menottes, des baillons; il vous dit : Va! et vous lâche dans ce friand jardin de poésie on il n'y a pas de fruit défendu.... [L'auteur] a toujours fermement répondu que ses caprices étaient ses caprices: qu'il ne savait pas en quoi étaient faites les limites de Cart; que de géographie précise du inonde intellectuel, il n'en connaissait point; qu'il n'avait point encore vu de cartes routières de l'art, avec les frontières du possible et de l'impossible tracées en rouge et en bleu.... »

un ordre admirable dans sa naïve irrégularité '. » El cette formule : « En deux mots, et nous ne nous opposons pas à ce qu'on juge d'après cette observation les deux littératures, dites classique et romantique, la régularité est le goût de la médiocrité, l'ordre est le goût du génie 2 ».

En réimprimant son recueil en 1828, le poète n'aura besoin de rien ajouter : il se contentera de reprendre ses premières préfaces de 1822, 1824 et 1826. Il est intéressant en effet de les comparer.

\ous ferons remarquer que les préfaces qui avaient accompagné les trois recueils aux époques de leur publication ont été imprimées à la suite de celle-ci, dans le premier volume, également par ordre de dates. On pourra remarquer, dans les idées qui y sont avancées, une progression de liberté qui n'est ni sans signification ni sans enseignement.... » Peut-être s'enorgueillit-il ici sans beaucoup de sujet : cette progression fut assez lente; bien des timidités, de sa part, y firent obstacle; d'autres furent plus audacieux, ou songèrent moins à ménager leurs intérêts.... Cela, en somme, importe peu. De valeur très inégale, la préface de 1826 et la préface de Cromwell sont d'intérêt analogue : celle-ci complète celle-là. Sur

1. Préface des Orientale» : « Pourquoi n'en serait-il pas d'une littérature dan- son ensemble et en particulier de l'œuvre d'un poète comme de ces belles villes d'Espagne, par exemple, où vous trouvez tout \u centre, la grande cathédrale gothique

avec ses hautes flèches.... Il ne se dissimule pas que bien des critiques le trouveront hardi et insensé... [on t'accusera île vouloir le désordre, la profusion, la bizarrerie, le mauvais goût.... Parlez-moi d'une belle littérature tirée au cordeau! »

2. Préface des Orient, tirs : • [.es autres peuples disent : Homère. Dante, Shakespeare. Nous disons : Roileau! ■•

la scène comme en poésie, le romantisme ;i maintenant affirmé ses doctrines; il existe. « Une forte école s'élève », proclame encore V. Hugo; et il D'ajouté pas. mais il pourrait ajouter qu'il a résolu d'en être Le chef. Il lui reste à donner les œuvres décisives : du moins ;i-l-il dit ce qu'il était essentiel «le dire tout d'abord .

La Muse française fut l'organe officiel du premier groupement romantique. Éditée d'abord par Boulland, puis par son successeur Ambroise Tardieu, elle parut mensuellement de juillet 1823 à juin 1824; après quoi, elle s'éteignit, n'ayant plus de raison d'être. Assez brève destinée, qui n'enlève rien à son importance. Cette période est, dans l'histoire de l'école, un moment décisif; quelques années plus tôt, au temps du Conservateur, on ne peut dire qu'elle soit formée; quand la Muse cesse de paraître, elle a pris conscience d'elle-même, elle se dégage de ce qui survivait, en elle, du passé, elle est prête à renier ses premières admirations.

Ce que promettait la jeune revue, ces vers de

I. Les papiers inédits d'Emile Deschamps m'ont été communiqués par sa petite-nièce Mme L. Paignard. Je la prie de vouloir bien trouver ici l'expression <]>■ ma respectueuse gratitude.

Virgile, imprimés sur sa couverture bleue, le disent assez :

.i.ini ri'iiii el s irgo

.l;iin ihiv.i progentes cœlo demittitur alto.

Autant que fraîche d'inspiration, elle devait être riche de matière, et variée. Chaque livraison comporte trois parties, — Poésie, Critique littéraire, Mœurs — chacune munie, comme il convient, de son épigraphe. En tête de la première, Le mot de Chénier, qui est tout un programme :

Sur des pensera nouveaux, raisons des vers antiques;

oe vers de Stace pour les articles littéraires :

Tu longe Bequere, el vestigia semper adora;

et pour les chroniques, signées à l'ordinaire du pseudonyme d'Emile Deschamps, le Jeune Moraliste, une phrase de Montaigne : « Il en est et qui ne sont pas les pires) lesquels ne cherchent autre fruit que de regarder comment et pourquoi chaque chose se fait, et être spectateurs de la vie des autres hommes pour en juger et reigler la leur ». La liste des collaborateurs, telle que la donne Emile Deschamps dans une note de ses dernières années, présente, au moins au premier aspect, une surprenante diversité : « La Muse française eut pour fondateurs : A. Soumet, A. Guiraud, ces deux poètes de transition entre le classique et le romantique, puis Victor Hugo, Alfred de Vigny, Saint- Valry, Desjardins, grand et original critique, mort presque aussitôt, et Emile Deschamps.... A ces fondateurs se joignirent bien vite, comme collaborateurs

sympathiques : Ch. Nodier, Jules Lefèvrè, Belmon- Pichald, Chênedollé, Saint-Prosper, BrifiFaut,

Baonr-Lorrnian, Ancelot, Gaspard de Pons, comte Théobald Wash, etc... et enfin Mmes Sophie Gay, Delphine Gay, sa fille, Desbordes-Valmore, Amable Tastu, Hortense Céré-Bârbé, Dufrénoy, etc. '... » Il y a là dos noms que l'on s'étonnerait de rencontrer ensemble, si Ton ne connaissait, en ces années de début, la confusion étrange des partis. C'est lentement que les romantiques sont arrivés à préciser leurs aspirations originales. L'école ne s'affirme pas par de belles manifestations d'audace, par des cris de révolte. Elle se constitue au milieu de toutes sortes de timidités. Victor Hugo a commencé par l'admiration de l'abbé Delille -.

Parmi les vivants aussi, il faut à ces jeunes gens de glorieux patrons. La génération précédente a

1. Œuvres complètes, Paris. Li'iiicrrc. t. IV. |). 302. — Note écrite en réponse à une lettre d'A. de Lalour : « ... Vous me diriez comment elle naquit, cette Muse et par qui? S'il faut la confondre avec le Cénacle, et si les poètes du recueil n'ont pas été plus lard les premiers à sortir du Cénacle? Je Bais bien que tout cela ne s'est lixe que [dus tard, un peu après coup, et comme les origines de toutes les religions. Plus tard, les lueurs sont devenues des rayons. Tout B'est d'abord résumé en

quelques noms propres. Mais ces noms, quels sont-ils au jU8te?Nul n'en a gardé mieux que vous la mémoire. Vous êtes l'iissian de la tribu. J'interroge pieusement les cordes de sa

harpe. J'ai fait un pèlerinage à la grotte de Pingal. Est-ce que

cela ne me donne pas un peu le droit d'interroger1 le dernier

adepte poétique survivant du cycle?... », (Lettre inédite.)

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