‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 33 sur 146 · Correspondance, lettre du 7 mai IS · texte numérisé non relu

Correspondance, lettre du 7 mai IS

:i. Emile Deschamps, Œuvres complètes, t. I. p. 231. — Sur Soumet, voir encore la notice de Jules Lefèvre-Deumicr. en tête de la Jeanne d'Arc de 184(5; Th. Gautier, Histoire du romantisme: I.. Séché, /<• Cénacle de la Muse française, 1008; ri. d'une manière générale, sur tous ers rss.us de théâtre semiromantique, A. Le Roy, l'Aube du Théâtre romantique, Paris, Ollendorff, 1004.

Le pauvre Soumet s'est donc relégué à l'Arsenal! L'y voilà perdu, lui qui l'était presque déjà, rue Saint-Florentin. Comme oette existence de poète et même d'homme s'est volontairement gâtée depuis vingt ans! Que de mécomptes il s'est donnés et il s donnés à ceux qui ne le connaissent comme oousl C'est an homme dont la nullité actuelle tient «In prodige, comme la capacité <le son esprit et l'excellence de sun cœur. Ce sont de ces avortements inexplicables. Quelle intelligence pourtant! Je n'en connais pas de plus distinguée, à la forme humaine pies, qui manque de

notre naturel et s'en crée un de pénible et de faux! Oh!

tenez, je lui en veux «le ne pas être tout ce que Je le sais,

tout ce qu'il pourrait être, s'il voulait voler dans notre atmosphère, le l'aime tant '.

I. Lettre inédite. — Soumet, d'ailleurs, même après sa •• défection », restera Sympathique aux jeunes poètes. A Emile Deschamps, «le Bleis, le li octobre is:i" : •• Gomment, cher Emile, vous avez franchi à plein vol la ville de Blois sans vous y arrêter? Vous loi avez joué un tour d'aigle; c'est au reste bien naturel, et cependant vos sympathies de grand

artiste vous y appelaient. Le château de Itlois avec sa chambre des Mignons, et les tache- de sang du duc de (iuise, valait

bien celui d'Amboise; et la ville si pittoresque, ce grand espalier épanoui au soleil, ou les jeunes tilles mûrissent si vite.

vous l'avez dédaignée; c'est peut-être parce que les poètes n'y mûrissent jamais; mais ils viennent quelquefois y mourir.... ■• — Le (i décembre 1839 (date de la poste) : « Bornéo ci

Juliette! Berlioz et Emile Descha m ps ! ces noms poétiques, ces noms aimes nous reviennent de toutes parts, cher ami. et réveillent les échos de ma lomhc et donnent la force à ma main paralytique de soulever une plume. Le8 miles si puissantes de Berlioz n'ont pas éclipse vos heaux vers: il faut que la strophe soit bien éclatante pour se faire jour à travers deux cents instruments, et Jules Janin lui-même, dans son feuilleton de

dimanche, a constaté ce miracle. La gamme musicale, cher ami. présente une singularité hien remarquahle : elle est à la fois divisible en sept notes et en 12 demi-tons, c'est-à-dire qu'elle est a la fois te symbole du aombre 12 et du nombre 7. Voilà le secret de toute sa force et voilà pourquoi vos beaux vers s'unissent si admirablement à cette tangue des prodiges. Je suis parti de Paris enveloppé de couvertures et dans un état de

Cette mélancolie n'est pas sans raison. En ces années de début, Alexandre Soumet et Alexandre Guiraud ne semblaient-ils pas réservés pour des destinées pareilles ? Avec plus de verve gasconne chez celui-ci, — et plus de sérieux, pourtant, dans ses affections1, — ils ont été, mieux que des amis de jeunesse, des compagnons de gloire. Les Macchabées ont précédé Saiil de quelques mois;' neuf ans après la Pauvre fille, les Élégies savoyardes ont fait verser les mêmes larmes, et Tannée suivante, Jules de Rességuier confond les deux poètes dans une commune louange : « Ces deux jeunes auteurs, si justement célèbres, sont liés par l'éducation, la gloire et l'amitié. Nés tous deux en môme temps dans le midi de la France, ils ont fait passer dans leurs vers l'éclat de leur beau ciel; tous deux couronnés au théâtre, tous deux l'objet de la faveur publique, ils doivent l'un et l'autre à cette même faveur une révélation entière des entretiens secrets qu'ils ont avec les Muses. Leur gloire est notre gloire2.»

faiblesse extrême. En passant devant la me Saint-Florentin, où nous avons vécu ensemble de douces heures, mon cœur s'est lirise de douleur et de remets, car, au milieu de mes infirmités, vous savez, Emile, avec quelle tendresse je vous aime Les premiers jours de mon séjour à La Rochelle m'avaient un peu ranime, mais je suis retombé dans toutes mes souffrances. Adieu, mon bien cher Emile.... Dites à Lefèvre, à Gaspard, à Rességuier de se souvenir quelquefois de leur vieil ami.... » (Lettres inédi

1. Vigny, Journal d'un poète, édit. Lemerre. p. 23(1. — Sur Guiraud, voy. Vinet, Etudes sur la littérature française au \/v siècle, Paris, 1851 (t. 111); E. Gharavay, t. de Vigny et Ck. Baudelaire, candidats à l'Académie, Paris, t'.liaravav. 1879. (Aux Pièces justificatives, p. 121. une lettre de Guiraud, accusant la porter politique des Macchabées.)

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