‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 48 sur 146 · Recueil de · texte numérisé non relu

Recueil de

2. Précis analyti'iut' des travaux de r Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, 1824. — Sur Guttinguer, voir

Collaborateur de la Mase française, U. Guttinguer :i le droit de parler au nom de l'école. La différence d'âge importe peu. Né en 17s:>. un an avant Soumet lui-même, ses débute, très classiques, remontent à l.Sl-2; par bonheur, son poème de Gaffin ou les Mineurs saurcs n';i pas laissé de bien vifs souvenirs, pas plus que v,,> Lettres critiques de 1822. moment on se réunit le premier cénacle, il est encore, à Paris du moins, un inconnu; il l'ait figure de débutant enthousiaste. N'est-elle pas d'une jeunesse charmante, cette lettre du 16 novembre tn-ii à I*. F. Tisaojj après un article du Mercure^

Je n'aurais jamais osé voua présenter mon livre, et votre réputation il»' Bévérité classique aurait effrayé ma muse négligée, oommé la nomme Latouche. Jugez de ma surprise lorsque le hasard m'a fait rencontrer des lignes aussi bienveillantes que celles du Mereurei Un succès comme celui-là consolerait de manquer tous les autres. Ranimer des senti-

inciis aussi doux, une flamme si vive dans un cœur que bien des illusions doivent avoir trompé, c'est un triomphe dont je vous remercie.

Vous avez encore plus raison dans vos critiques que dans vos louanges et j'espère que je m'en souviendrai. Vous avez exercé envers moi un bien aimable et noble patronage; vous me le continuerez et vous voilà obligé de ne pas abandonner celui qui ne va être que trop encouragé à continuer la carrière, quand vous applaudissez à ses efforts.

Adieu, monsieur, j'aurais besoin de vous voir pour vous remercier, mais je suis enchaîné à la province ; tôt ou tard pourtant, j'irai vous dire moi-même combien je suis reconnaissant....

J'ai rouvert ma lettre pour vous dire encore quelques

Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. Il; Chaudes- Aigu es, le»

Écrivains modernes de la France: L. Séché, Sainte-Beuve; Alfred de Musset.

mots, monsieur, car ce n'esj pas l'effet d'un jour que l'impression que vous m'avez laissée. La poésie de sentiment est tellement hors des besoins de notre siècle, de nos mœurs, de nos idées, qu'il faut remercier ceux qui ne la considèrent pas comme une niaiserie.... Vous croyez donc toujours à Boileau, que vous m'y renvoyez? Lui qui déshérite notre poésie de la religion et de notre histoire : lui qui a fait un Art poétique pour les Grecs et pour les Romains plutôt que pour des Français! Je me perds dans votre esprit et vous allez dire :

Qui n'aime pas Nicolas Ne prospérera pas.

Adieu, monsieur, pardonnez-moi et sauvez-moi '.

Les Mélanges poétiques en janvier 1824, un Dithgi-ambe sur la mort de lord Bgron six mois plus tard, le Bal au début de Tannée suivante, Charles VII à Jumièges et Edith en 1826 valent à Guttinguer la célébrité. 11 a noué des amitiés illustres; Hugo lui dédie une de ses Odes2. Avec le

1. Lettre inédite. L'article de Tissot est dans le t. VII du Mercure du XIXe siècle.

2. Voici une lettre encore, toute différente de ton, et bien romantique celle-ci. A Paul Foucher, le 11) septembre 1829 : « ... Avant de partir de Bordeaux ce matin, à 10 heures, j'ai retiré vos mis et votre prose. Tous deux me charment également. Vous m'aimez, je le crois, j'en ai besoin, mon cher Paul. Vous me brisez l'âme avec votre poésie. Tout le long du chemin, je me suis rompu les os à crier dans ma voiture :

Quoi! demain, puis après, puis encor, puis toujours, Sans espoir, sans soleil voir se lever lus jours, Voir se coucher les nuits...

Car. mon pauvre Paul, vous me demandez où en est ma destinée, ce que je compte faire Hélas t.. souffrir I me jeter

dans un coin jusqu'à ce que j'aie dévore ma douleur ou qu'elle

m'ait dévore. Je vous verrai à travers tout cela, je vous livrerai mon âme, vous ferez de la poésie avec elle, je poserai devant TOUS. — Cette ignoble censure nous fait bien du mal a tous et

roman ^Arthur enfin, eo lS.'iT. ce sera La gloire.... Cel aimable porte ;t toujours été d'une vingtaine d'années plus jenne que sou âge : heureux privilège qui lui a permis. -an< que sa dignité en souffre trop, de jouer nu rôle dans le roman d'amour de Sainte-Beuve, el de figurer, après la cinquantaine, parmi les joyeux compagnons de Musset.

« C'était dans la poésie comme un talent de femme », a dit Sainte-Ben ve de Guttinguer. On a souvent la même impression, à lire les vers des poêles de la Musc. Il est tout naturel qu'ils accueillent volontiers des collaborations féminines. « Des femmes à qui les hommes ont pardonné la

gloire, et de jeunes (jiriuni's, qui ont déjà besoin de pardon viendront a ce trophée poétique entrevous me rendriez libéral comme un épicier, à vous voir tous lutter contre un monstre aussi stupide.... Mou cher enfant, que votre scène etrf belle I que je vous le dise encore. — Cette-lettre commencée à Barbezieux, un soir d'auberge, en face d'une belle ruine de château fort, je La Unis à Poitiers où j'arrive après 40 lieues de venue a terre et tout rempli de vus vers qui m'ont tenu compagnie. Nous frappes sur tous les souvenirs de mou cœur. Ce passage :

Silence ! Obi grâce un seul instant!... etc.

Je me souviens l'avoir dit une l'ois dans une chambre DÛ l'on avait rassemblé toutes les voluptés, toutes les (leurs, tous les délicieux arraiiiremens : je disais presque à genoux : Grâce! assez, assez! lu es déjà trop puissante, je t'aime déjà trop!,.. Oh! silence!... Mon ami. c'est du poison que ce que vous m'avez envoyé. Je m'en suis enivré, (l'est du poison comme les Alpes, comme les Pyrénées! Vous, tant aimé! dites-vous? Mon ami, je le fus. On est un lâche, un misérable de survivre à ce bonheur. Adieu, Paul, votre lettre m'a ému autant que vos vers.... Dites à Sainte-Beuve que j'ai reçu sa lettre, qu'elle m'a fait du bien.... » (Lettre inédite.)

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mêler quelques fleura détachées de leurs fraîches guirlandes '.... »

Ces Corinnes, de tout âge, n'ont rien de commun avec la Corinne véritable. Le génie viril de Mme de Staël, cette existence active, cette œuvre vigoue et pleine d'idées leur inspireraient plus d'effroi que d'admiration. Elles veulent être femmes avant tout, c'est-à-dire tendres, languissantes et plaintives Leur enthousiasme est pour Mme Verdier, l'auteur des Géorgiques languedociennes et de l'idylle sur la Fontaine de Vauclu.se. « J'avais à peine essayé quelques vers, écrit l'une d'elles, lorsque Mme Verdier était déjà célèbre; ses louanges, répétées de toutes parts, excitèrent mon émulation»... Mme Bourdic-Viot me répétait souvent : Nous sommes une foule de musettes, Mme Verdier seule est une muse2. »

Mine Verdier a été reine de l'idylle. Tour à tour, après elle, Adelaïde-Gillette Dufrénoy, Hortense Céré-Bafbé, Sabine-Casimire-Amable Tastu se transmet lent celle royauté. Mme Dufrénoy a chanté Mme Verdier; Mme Tastu chantera Mme Dufrénoy3. Et l'on se douterait à peine que le sceptre ail changé de main. Elles sont touchantes, — et

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