‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 49 sur 146 · avant-propos du t. I · texte numérisé non relu

avant-propos du t. I

2. M m i - Dufrénoy, Élégies..., 4' edii.. Paris, Hymen, 1821, iu-12. p. 2:)2. Sur Mme Dufrénoy, voir la notipe de J;iy en

tête des i ouvres poétiques, l'aris, .Moutardier. IS27, in-S": celle de F. Gérinal, Derniers vers de Mme Dufrénoy, précédés et suivis de pièces intéressantes sur sa vie et ses ouvraaes, Paris. Mongie cl

Qarnier, 1825, in-S'.

3. Poésies, par .Mme Amable Tastu, l'aris, A. Dupont, 1*2(1. in-8°, p. 1(37. Sur Mme Tastu, voir un article d'Antoine (le Latour, Revue de Paris, nouvelle série, i. XVII. 1835; Sainte' Iteiive. Portraits contemporains, t. 11.

9't LA BATAILLE ROMANTIQUE.

ridicules, un peu. Trop de lyres el de harpes, de fleurs et d'oiseaux, de vagues émotions, «le plaintes sans cause, d'exaltations sans objet. Avec cela, une inépuisable facilité. Année pararinée, Mme Dufrénoy mène de front toute une série de publications périodiques : traductions diverses, recueils de morceaux choisis, livres d'éducation, de vulgarisation ou de morale : Biographie des jeunes demoiselles, Hommage uu.r jeunes demoiselles. Bibliothèque pour les dames. Livre des femmes, Étrennes à ma fille.... Mme Tastu, qui d'abord fut sa collaboratrice, suit son exemple. Tous ces travaux ne sont pas favorables à l'inspiration poétique; mais la vie, qui fut cruelle à toute» deux, a ses exigences; il faut se rappeler le vers de Mme de Girardin :

Ki la muse brisa m lyre par raison 1

Qu'il y ait plus de profondeur chez Marceline Desbordes, c'est ce qu'il est inutile de redire. Mais dans ses premier» recueils, cette originalité ne s'esl pas révélée tout entière '. A côté des Idylles,

I. Élégies et romances, l'an-, Pr. Louis, ISIS: l'orsics, Paris, Pr. Louis, LS2D, iu-S": Élégies et poésies nouvelles, Paris, Ladvocal, 1825, in-IX. A É. Deschamps, te 26 septembre IS2:i, de Bordeaux : « .Monsieur, un remerciement doit être doux ci

facile; toutefois celui que je vous adresse me cause de rembarras. Veuillez me pardonner, monsieur, je n'ai jamais eu l'honneur de vous entendre parler, et c'est difficile pour une femme de prendre la parole la première. Je m'encourage enfin, dans la crainte de paraître ingrate; car Mme Gay a bien voulu rn'averlir que c'est à vous que je dois toutes ces pensées nouvelles qui me viennent avec la Muse nourrir le silence de ma retraite. Je ne puis garder pour elle seule ma reconnaissance, et je vous prie d'en accueillir l'expression avec l'indulgente bonté qui distingue le jeune Moraliste. » (Lettre inédite.) — C'est Sophie Gay, en effet, grande amie de Soumet, qui introduisit Mme Des-

fades et mièvres, on n'a pas senti la sincérité déjà passionnée de certaines Elégies; en 1823 encore, gentillesses qu'elle donne an premier volume de la Muse ne peuvent faire grande impression.... C'est sur une autre d'ailleurs que se portent tous les regards : Delphine Gay, qui prépare à peine son premier recueil, a déjà conquis Paris '.

L'engouement est universel. Pour la faire valoir, il n'y a pas son talent seulement. Il y a sa beauté

bordes à la Muse (Arthur Pougin, la Jeunesse de Mme Desbordcs- Valmorc. Paris, ('.. Lévy, 18(.)8, p. 130). Voir encore le Conservateur littéraire, t. III, p. 338; Sainte-lïeuve, Portraits contemporains, t. Il: Nouveaux lundis, t. XII; Barbey d'Aurevilly, les Poètes, Taris, Amyot. 1802, in-12: les biographies de MM. L. Descaves et J. Boulenger.

1. Essais poétiques, Paris, Gaultier-Laguionie. 1824, in-8° ; Nouveaux essais poétiques, Paris, U. Canel, 1825, in-8°. — Sur 1). Gay et ses débuts à la Muse, voir L'article de Sainte-Beuve du 17 février 1851, Causeries du lundi, t. III. Ici encore. Sainte-Beuve a fait appel aux souvenirs d'K. Deschamps. Du 9 février lS-'il : ■ Mon cher Kniile. Voici ce dont il s'agit. Je vais écrire sur... sur... Mme de (iirardiu, la Delphine de la Muse. Je connais bien la Mme de Girardin d'aujourd'hui, mais non la Delphine d'autrefois, celle de la Musr. la Muse elle-même. Kn 1828, quand je m'approchai de vous tous, elle n'y était déjà plus. Vous devez la bien connaître sous cette première et plus belle

l'orme, si j'osais. Je vous demanderais quelques notes, quelques

impressions : si vous étiez ici, ou si je n'étais pas à la chaîné, j'irais les recueillir près de vous de vive voix. Et aussi, n'auriezvous point dans la Musc française, dans ce Recueil de vos jeunesses quelques vers d'elle et sur elle, quelque article fraternel qui me puisse rendre de ce moment la fleur et le parfum?... Ainsi, qu'était Delphine alors? Que semblait-elle? Était-elle

bonne-enfant? Annonçait-elle, comme pâète, de la force, ou de la sensibilité, ou de la forme? Quel avenir lui prédisaient les

Augures?... Naquit-elle le casque en tété? Était-elle une Clorinde?... » (Lettre inédite.) Voir encore Nouveaux lundis, t. VU : Th. Gautier, Portraits et souvenirs littéraires', G. d'Ileilly. Mme /•.'. </c Girardin. su vie et ses œuvres, Paris. Bachelin-Deflorenne, 1869, in-12 : Barbey d'Aurevilly, les Poètes \ les Bas-bleus,

Paris. V. Palmé, I S77 : L. Séché, Delphine Car. 1910.

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radieuse, ce mélange d'assurance el de modestie, cet art des nobles attitudes, cette mélancolie travaillée. 11 v a aussi la vigilance empressée de sa mère. Forte de son expérience, Sophie Gay n'ignore pas que le talent ne peu! suffire, el que, pour grandir, une réputation naissante exige des soins. Sa fille «'-t sa plus belle œuvre; elle lui consacre toute Bon activité.

On ne \<>it pas l'une sans l'autre. E. Deléoluze

qui les ;i observées dans le salon de Mme Récamier

iye à leurs dépens. Voici la jeune nuise en

action, un soir de grande séance : •• L'assemblée

élail en proie à l'agitation, toujours un peu

comique, qui résulte de ta distribution des sorbets

el des boissons, lorsque Mlle Delphine Gay el sa mère, toutes deux éo grande parure, firent, non sans peine, leur entrée dans le salon. Mines Récainier ei Lenormand les conduisirent jusqu'au petit espace circulaire qui leur était réservé, et il se passa encore quelque temps avant que l'ordre et le calme pussent se rétablir complètement. Quand chacun eut repris sa place, Mme Récamier demanda

;i la jeune Delphine eoininenl elle voulait se placer. Pour toute réponse, elle prit un siège, se tourna du côté du tableau de Corinne, et dit en souriant : Je suis bien. Alors se fit le plus profond silence.... » C'est ce que les gens de théâtre nomment une entrée. — Une sortie maintenant (la Muse vient de réciter, chez le 'peintre Gérard, des vers sur la mort de Mathieu de Montmorency) : « Mlle Delphine se leva; d'un coup d'œil sa mère lui donna le signal de la retraite, et sadressant à Gérard : Mon cher, nous sommes désolées de vous quitter

si brusquement, lui dit-elle, mais nous devons passer encore chez deux amis ce soir.... Ces vers sont beaux, n'est-il pas vrai?... M. de Chateaubriand a été bien frappé de celui-ci. Donner à la vertu tout l'éclat de la gloire. Mais Delphine avait un si beau sujet! M. de .Montmorency mourant le même jour que notre Sauveur! C'est admirable, c'est sublime! n'est-ce pas, Gérard?... Mais nous vous quittons. Adieu ! Adieu ' ! »

Est-il tout à fait juste de mettre Delphine sur le môme rang à peu près que l'improvisateur italien Sgricci, de la représenter à l'affût de l'actualité, toujours prête à entonner un hymne d'allégresse ou à gémir un chant de deuil, et courant les salons pour débiter ses vers nouveaux, sous le regard attendri de sa mère?... Les romantiques l'ont vue avec d'autres yeux, avec des yeux de vingt ans. Lamartine, qui se défend de l'avoir aimée, en a gardé un souvenir profond2. Louis Belmontet, J. de Rességuier rivalisent d'enthousiasme :

Homère en la voyant, Homère aurai! chanté... Son ame esl un Becxet d'amour et d'harmonie 3...

Quant à Vigny, on sait quel roman s'ébaucha1.... Cette poésie que rêve la nouvelle école, Delphine

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