Journal et Mémoires, mars I
2. Journal, décembre 1764. Voir aussi Correspondance littéraire de f.riiiim. relit. .M. Tniirneux. 1. I. p. 72; t. VIII. p. 4o7.
plus général. Ce <|ui est en question, c'est ce genre môme dont il avait, à l'exemple de Shakespeare, cul revu l'intérêt, et que tous les écrivains, à paît lui. sont unanimes à méconnaître : une tragédie dépouillée de tout romanesque, dédaigneuse des effets de théâtre, simple et directe, ne prétendant pas à créer la vie avec toutes les ressources de l'imagination» satisfaite de l'aller chercher dans les documents du passé. Que l'histoire puisse se suffire au théâtre, que l'émotion dramatique puisse jaillir de la vérité nue, personne ne veut l'admettre1. Si les deux genres ont besoin l'un de l'autre, ce n'est pas a la tragédie à accepter une sorte de vassalité. L'histoire peut lui donner une matière, mais cette matière est inerte, et loin de plier le poète à ses disciplines rigoureuses, c'est l'historien, au contraire, qui doit apprendre, à son école, le secret de son art. « Il faut, proclame Voltaire, une exposition, un nœud et un dénouement dans une histoire comme dans une tragédie -. »
C'est la pure doctrine classique. Et ceux qui lui font la guerre ne songent pas davantage à plaider la cause de l'histoire. Avec leur désir de rapprocher le drame de la réalité vulgaire, ils seraient plutôt
1. « L'historien ;i écrit ce qui esl arrivé, puremenl el simplement; ce qui ne fail pas toujours sortir les caractères autant qu'ils pourraient; ce qui n'émeut ni n'intéresse pas autant qu'il est possible d'émouvoir el d'intéresser. Le poète eûl écrit tout ce t|ui lui auroil semblé devoir affecter le plus. Il oui imaginé des événemens. Il eût feint des discours. Il eûl chargé L'histoire. Le point important pour lui eûl été d'être merveilleux, sans cesser d'être vraisemblable. •• (Diderot, /><• ta poésie draroatique, x.)