‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 60 sur 146 · Lettre à Hénault, S janvier I · texte numérisé non relu

Lettre à Hénault, S janvier I

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tentés de réduire encore son rôle, — même de la nier. Cette vérité qu'elle nous donne, déformée par tant de préjugés, voilée par tant de mystères, soumise à tant «le causes d'erreur, est si peu de chose auprès de la vérité vivante, directement saisissable! Voltaire avait esquissé le paradoxe. Mercier le reprend avee s,i véhémence accoutumée : « L'histoire, comme Ta dit Fontenelle, et comme chaque jour sert à le confirmer, est une fable convenue. Il ne convient qu'au philosophe d' étudier P.isloire. c'est une source d'erreurs pour tout autre homme.... L'histoire est l'égout des forfaits du genre humain, elle exhale une odeur cadavéreuse ; et la masse des calamités passées paroissant affoiblir les calamités présentes semble nécessiter par une liaison que Ton suppose physique, jusqu'aux calamités futures.... Je ne sais à qui l'histoire peut être utile *.... »

A la tragédie, trop dédaigneuse de la foule, trop étrangère à ses préoccupations, il ne s'agit pas de substituer une forme d'art qui soit, avant tout, un divertissement d'érudits ou de lettrés. Le théâtre nouveau doit s'adresser au peuple : le mélodrame s'acquittera à merveille de cet office....

Quant au théâtre historique français, lorsque certains s'essayeront à le faire vivre, il n'aura garde de se risquer d'abord aux hasards de la représentation. Il s'accommodera très bien d'être une des

1. Essai sur l'art dramatique, ch. m. ('.Ha n'a pas empêché Mercier d'écrire La destruction de la Ligue ou la réduction de Paris, pièce nationale (1782), — La mort de Louis XI, pièce historique (1783), et Le portrait de Philippe II, roi d'Espagne (178.*i) Mais l'histoire n'est ici qu'un prétexte.

variétés <!<■ ce théâtre injouable qui peut se permettre toutes les audaces, qui n'a à tenir compte ni dés difficultés de la mise en scène, ni des préjugés du public, ni des routines de la tradition, et qui — pour cela — nous a donné quelques-uns île- chefs-d'œuvre les plus précieux de notre littérature dramatique.

K ntre ce drame historique, d'ailleurs, tel que certains romantiques voudront le réaliser, et la tragédie du président Hénault, il ne faut pas chercher un enchaînement direct. François II a été une tentative isolée, sans portée et sans suite. Rœderer invoque ce précédent; il pourrait aussi bien s'autoriser de la Mort cU Henry IV de Claude Billard ou de la Guisiade de Pierre Matthieu, en laquelle, an vrai et sans passion est représenté le massacre du duc de Guise.... Il n'y a pas tradition française renouée.

On pourrait s'en étonner d'autant plus qu'en matière de recherches historiques, c'est bien la France qui va être la grande initiatrice. Mais le théâtre s'obstine à ignorer ces curiosités nouvelles; il ne comprend pas qu'elles lui imposent certains devoirs et qu'elles lui offrent, en revanche, des ressources précieuses '. Pour qu'il s'en avise, il faudra que l'étranger lui donne l'exemple.

L'influence de l'Italie est prépondérante à cet

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