I. Dans la préface a sa traduction de Uallenstein, Paris
Paschoud, 1809, li. Constant signale l'intérêl «h- « cette singulière production du génie, de l'exactitude et je dirai même de
J16 la BATAILLE ROMANTIQUE.
égard1. Nulle part, le problème du drame historique m' s'èsl posé plus nettement. C'est que le romantisme italien poursuit une fin très déterminée; il y a autre chose, ici, que cette sorte d'inquiétude générale, ce besoin de nouveauté, plue ferme dans ses négations que dans ses aspirations, prêt à tenter toutes les voies sans discerner exactemenl le but. Moins préoccupé d'esthétique que soucieux d'intérêts nationaux, il écarte ces discussions abstraites, ces débats passionnés et un peu vains qui smil ailleurs l'aliment de toutes les
l'érudition allemande ». Mais il parle en même temps «lu ■ pro* digieux talent » de l'abbé I >*• 1 i 1 1 «^ « J'ai cm devoir, ajoute-t-il, observe! les règles de notre théâtre, même dans un ouvrage destiné a Faire connaître le théâtre allemand, et j'ai supprimé beaucoup de petits incidens. » Or, ces petits incidente sont précisément ceux qui oréenl l'atmosphère historique de la pièce. »
I. M. Baldensperger a très bien montré la pari qui revient à Gœthe si a son Qceù de BerUehingen dans la réforme dramatique (voir G'fthc en France. Paris, Hachette 1904). Pourtant, ce nVst guère qu'après la traduction Stapfer(1825) et surtout après Cromwell que les tenants <ln drame en prose invoqueront cette autorité. Kii février IS2S, cii. Me liéinusat opposera Gœthe à
V. BugO; niais il ne donne pas son nom dans son article capital de 1820 {Lycée français). 11 n'en est pas question non plus dans la préface des Barricades de Vite) en 1826, et M. Baldensperger cite cette phrase de la notice de Stapfer en J H2."> :
• Yaura-t-oii pas quelque peine à s'expliquer comment il s'est pu faire «nie. dans un moment où nous étudions en France, avec un soin si curieux le théâtre de nos voisins d'Allemagne, nous ayons négligé précisément l'homme auquel il doit son existence?... • — D'ailleurs Gœtz dépasse de beaucoup les limites dans lesquelles s'enfermera d'abord le drame-chronique français. L'imitation est sensible surtout dans la Jaquerie de Mérimée, mais la Jaquerie est de 1828 et Stendhal y voit déjà comme une sorte de déviation (voir ci-dessous p. 130 note 1). L'action de l'Italie me paraît avoir été plus rapide et plus directe. .
LE rHEATRE HISTORIQUE ET LE ROMANTISME. 117
polémiques : sur la fusion du tragique et du grotesque, sur l'indépendance et la souveraineté de l'art, sur la légitimité des règles et sur les droits de i inspiration. Il est d'autres soucis plus graves que 1rs querelles littéraires. « Les mauvaises chicanes des adversaires , écrira Manzoni à Fauriel le 17 octobre 1820, ont forcé les romantiques à se tenir presque toujours dans les discussions négatives et à n'entrer dans le positif que d'une manière timide et extrêmement vague. Je crois cependant qu'on a beaucoup détruit '.... »
Mais l'essentiel n'est pas de détruire, ou de substituer aux idoles anciennes d'autres idoles, — honorées d'un même culte aveugle. Il s'agit, avant tout, de créer une littérature nationale, pour créer une nation, de réaliser la patrie d'abord dans le domaine de l'art, de faire revivre sur la scène ou dans le roman les gloires de son passé, de trouver des fictions où se reconnaissent ses instincts, ses aspirations, son âme même. C'est bien ce qu'entendait dire Giovanni Berchet quand il écrivait son manifeste : « Rendetevi coevi al secolo vostro e non ai secoli seppelliti; spacciatevi dalla nebbia che oggidi invocate sulla vostra dizione 2... ». C'est la thèse que soutenait, en 1818, le Conciliatore, organe des idées nouvelles : « Quali sono le azioni eroiche che più importa ail' Italia di celebrare? Le patrie o le straniere? Le niitologische o le sloriche?... » Et c'est ce que Stendhal, \ ivant au milieu de ces luttes,
!. Cité par V. Waillè. Le Romantisme de Manzoni, Alger, Ponlana. 1890.
2. Lettera semiseria di Grùoêtomo (1810). Voir ti. \. Borç Storia delta eritica Vomantiea in Italia, N&poli, 1909.
118 LA BATAILLE R0MANTIQ1 E.
ne se lasse p;is de répéter: « Voilà le principe du rofnanticisme.... Le mérite est d'administrer à un
public la drogue juste qui lui fera plaisir. Le mérite de M. Manzoni, 8i mérite il y a, car je n'ai rien lu. esl d'avoir saisi la saveur de l'eau dont le public italien a soif1.... »
One ces préoccupations morales et politiques soient, au point de vue esthétique, comme le prétend F. de Sanctis*, la partie fragile du romantisme italien; que, la lutte finie, elles aient perdu toute valeur, il se peut; du moins ont-elles donné à cette lutte, à ces polémiques un singulier caractère <le précision. Le terrain estdélimité. On sait ce que l'on veut et pourquoi Ton se bat.... En France, on ne le saura pas de si tôt.
Surtout, il esl hors de doute que ce sont là des circonstances favorables à l'apparition d'un drame vraiment historique, — où l'histoire soit l'essentiel. Ce drame, Manzoni a voulu le réaliser. Tous ses biographes ont signalé ce que l'auteur de Carmagnola et d'Adelchi doit à la France, ou, plus précisément, à Fauriel. Entre la jeune école historique française et le dramaturge italien, il y a plus qu'une étroite parenté; il y a identité de goûts, d'aspirations et de méthode. « Cette école n'ayant point produit son poète dramatique chez nous, écrit Sainte-Beuve, elle l'a eu dans Manzoni3. »
Gomme tant d'autres, plus que tout autre peutêtre, Manzoni a subi l'influence de Claude Fauriel,