‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 69 sur 146 · Préface des Barricades · texte numérisé non relu

Préface des Barricades

2. Les Barricades, scènes historiques, Paris. liriére, 1826 (une deuxième édition la même année; 3' édition revue en 1827; 4* édition en 1830). — Les États de Blois ou la mort de MM. de Guise, Paris. Ponthieu, 1827 (deuxième édition la même année; 3 édition en 1828). — La Mort de Henri III, Paris, Fournier, 1829 (deuxième édition la même année).

pas sur l'importance de relie action. Elle « n'est là, en quelque sorte, que pour les faire naître et leur servir de lien ». Et il précise : « Si j'eusse voulu faire un drame, au contraire, il eût fallu songer avant tout à la marche de l'action; sacrifier, pour la rendre plus vive, une foule de détails et d'accessoires ; piquer la curiosité par des réticences ; mettre en relief, aux dépens de la vérité, quelques personnages et quelques événements principaux et ne faire voir les choses qu'en perspective : j'ai préféré laisser les choses telles que je les trouvais1... ». Un an plus tard, d'autres ambitions lui sont venues; le succès des Barricades a prouvé que la foule même pouvait s'intéresser à ces évocations historiques. Aussi espère-t-il que l'on trouvera dans son second volume « un peu plus d'unité d'action et d'intérêt dramatique » que dans le précédent. « Le sujet le permettait ainsi; les faits se trouvent si heureusement disposés par l'histoire, qu'en si' bornant à en tracer le portrait fidèle, on ne saurait manquer de leur donner un certain arrangement théâtral, » Certes, Vitet ne songe pas, pour l'instant, à aborder la scène : il faudrait triompher des rigueurs de la censure; mais, s'il y renonce, c'est à regret. Le travail d'adaptation aurait été si facile! « Peut-être même,

I. Voir aussi l'article que le Globe consacre aux Barricades, bous la signature T. I>. : •< Il n'a pas eu la prétention de faire une tragédie en prose; il a encore moins songé à s'écarter de notre système théâtral, nu à imiter celui de Shakespeare,,.. Viveraenl frappé du caractère dramatique de ces sanglantes querelles..., il a voulu rendre se- impressions el il a choisi la forme qui lui a semblé le plus propre à les reproduire. ••

(27 avril 1826.)

pour que ces scènes pussent cire représentées, suflirail-il <lc les réduire aux proportions admises au théâtre, c'c-i-à-dirc d'en retrancher tous les développements accessoires et épisodiques qui n'ont pour but que d'initier le lecteur au secrel historique de l'action.... » Il y a. dans cette préface «les États de Blois, un peu d'amertume, — quelques espérances aussi.

De ces espérances, il ne reste rien, quand parait, eu ls-j'.i, ht Mort île Henri III. Vite! s'esl résigné à laisser à d'autres les succès du théâtre. Il se tiendra dans les régions intermédiaires » où il s'était placé tout d'abord : > Qu'on nous permette de le redire pour la troisième fois, ce n'est point du drame, c'eôl de l'histoire, uniquement de l'histoire que nous avons voulu faire.... S'il se rencontre dans ces dialogues certains effets de scènes, certaines situations qui peuvent, à la rigueur, passer pour théâtrales, ce sont de purs accidents, de véritables bo.nnes fortunes.... C'est seulemenl dans le sein même de 1 histoire que nous les avons cherchés. Ces effets de scènes sont là comme preuve qUe l'histoire rende une poésie intérieure qu'elle ne doit qu'à elle-même; ils attestent la vertu dramatique de l'histoire, niais ne prouvent nullement que nous ayons eu dessein d'offrir comme un échantillon de drame historique, ni de prétendre que, pour être poète dramatique, il faille s'enfermer religieusement dans l'histoire, comme nous lavons fait. Assurément ce serait une étrange poétique que celle-là! Faire de l'érud,ition la condition première de l'art'!»

I. Voir aussi In préface de l'édition des Barricades de 1830.

LE THEATRE HISTORIQUE Et LK ROMANTISME. 147

Ce changement d'attitude s'explique aisément, De 1826 à 1S-2U, quelques faits sont intervenus ; la révolution dramatique, si souvent annoncée, s'est accomplie. De nouveaux combattants se sont présentés, au moment décisif, quiontenlevé la victoire. Le chef du romantisme poétique, Victor Hugo, a jeté son Cromwell comme un défi retentissant, et toute l'attention s'est portée sur lui. Précieuse recrue, certes, mais dangereuse aussi.

On a parfois exagéré l'originalité de la fameuse préface; on ne saurait exagérer son importance. Les doctrinaires du Globe retrouvent ici, exprimées avec un éclat et une force qu'ils ne leur donnèrent jamais, plusieurs des idées qui leur sont chères. Ce sont les mêmes arguments, les mômes exemples *.... Comment ne se réjouiraient-ils pas? «Les critiques ne peuvent se défendre d'une bienveillance indulgente pour les poètes qui sont de leur avis, écrit Gh. de Rémusat; et. lorsqu'un homme de talent s'aventure sur la foi de nos idées, compose dans le sens de nos théories, nous prête enfin l'appui de son exemple, il nous semble que nous lui devons nos éloges, ou, tout an moins, nos remerciements.

1. •• Le poète oserai tri! assassiner Rizzio ailleurs ojue dans In chambre de Marié Stuart? poignarder Henri IV ailleurs que dans cette rue de la Ferronnerie, toul obstruée de baquets el

di' voitures? brûler Jeanne d'Arc autre part que dans le Vieux- Marché? dépêcher le duc de Guise autre part que dans ce château de itluis nu son ambition fait fermenter une assemblée

populaire? décapiter Charles I" et Louis XVI ailleurs que dans ce- plaees sinistresoù l'un peut voir White-Hall et les Tuileries,

coi e si leur echalaud servait de pendant à leur palais".'... •

(Préface de Cromwell, p. xxix.t — Sur l'accueil fait à la préface, voir c.h.-M. Desgranges, /<( Presse littéraire sons la Restauration, et M. Souriau, In Préface de Cromwell.

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Peut-être, eu effet, avons-nous contribué au parti, tant soit peu téméraire, qu'il vient, de prendre!

peut-être notre voix l'a-t-clle poussé dans une arène dont il ignorait les périls.... » Il célèbre la conversion de cet ancien adversaire : « Sou esprit, qui ne l'ut jamais commun, semblait prendre parti pour les idées communes. Quelque temps, il parut prétendre innover par la bizarrerie des formes, non par l'originalité «le la pensée. Il menaçait de s'en tenir aux idées «lu parti qu'il avait choisi; c'eût été s'ensevelir dans les cendres du passé. Quelques années se sont écoulées, et les idées qui passaient pour le paradoxe des esprits blasés ont pris place dans le bon sens, avec cette rapidité de conquête que la raison n'a possédée «pie dans notre siècle1.... »

Sans doute, le poète ue s'esl pas résigné à la prose1; mais, du moins, la fausse élégance, la nobleste de convention, la tirade tragique n'ont pas d'ennemi plus déterminé. Le vers qu'il réclame est

un yers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche;... sachant briser à propos et déplacer la (•('•sure pour déguiser sa monotonie d'alexandrin; plus ami de l'enjambe*

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