‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 72 sur 146 · Juillet · texte numérisé non relu

Juillet

4. Sainte-Beuve à Loudierre. le 2:1 avril : « La partie historique est plaquée et superficielle ».

minemenl au véritable Henri III politique. Ceci est encore Henri III à la Marivaux1 ».

En somme, parmi les tenants du drame historique, il non est qu'un dont la mauvaise humeur s'exprime sans réserves, et celui-ci, le comte Rœderer, a depuis longtemps rompu toute solidarité avec le romantisme naissant. D'ailleurs, il aurait quelques raisons personnelles d'en vouloir à Dumas. Lui aussi, comme Vitet, a été séduit par le pittoresque de cette époque de la Ligué, et il a écrit un Budget de Henri III. Cette pièce l'intéresse plus qu'il ne voudrait le laisser paraître. « Je suis curieux de voir, en passant à Paris, ce que M. Vitet et M. Mignet diront de mon Budget de Henri III, écrit-il le 5 juillet IS-2S. Cinq grands actes, avec autant de notes pour justifier tous les détails par des citations. Cet ouvrage m'aura amusé deux mois, mais je ne veux pas croire qu'il amuse d'autres que moi2.... »

Avait-il songé à le porter au théâtre? La chose n'est pas impossible. Un Dialogue entre railleur et Tut mu, destiné à accompagner la pièce imprimée, le laisserait croire : dialogue imaginaire sans doute', mais où il est question, avec une précision

1. Lettre à A. Gonsolia du I<» février 1889. — Stendhal sera encore plus sévère pour Hugo : •• Hemaai, tragédie de .M. Violer Hugo, mal imitée des 2 gentlemen <>f Veroaa el autres pièces de oe genre du divin Shak., va causer ans bataille au Théâtre- Français, li' 0 février. «(Lettre du Kl janvier 1830.) — « Je suis resté très faible. Le via de Champagne et ffanuuu ne m'ont pas réussi. • 1 1"' mars.)

2. Lettre à son lils Marie-.\ ntuine. — J'ai SOUS les veux un exemplaire des États de Mois et de la Mort 4e Henri III. de Vitet.

avec dédicace autographe - A monsieur le comte Rœderer ». :{. Talma est rnorl le 1 9 octobre 1826, et il est pour la pfe-

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remarquable, des costumes à choisir, des acteurs ou des actrices qui conviendraienl le mieux à chaque rôle :

Tu. ma. — Voua n'entendez pas que cela suit joué au théâtre?

L'auteur. — Pourquoi pas! Mon Henri ÎII est un beau jeune homme, godronné, frisé, poudré, fardé, gracieux, efféminé. Il ;i quatre mignona autour de lui, de seize à vingt ans. blonds» blancs et roses: jeunes hommes charmants,.., Si von- pouviez déterminer vus jeunes actrices de la Comédie-Française à jouit ces iules de mignons, et.,.,

T\l. MA. — Achevez donc.

L'AUTEUR hétitanl . Kl Mlle Mars à jouer Henri ni, la

pièce rerail un effet merveilleux. Les costumes sont charmants....

T.W.MA. — Des relûmes peur jouer des rniirtisans ! Mars pour jouer Henri III !

L AUTEUR. - VOUB ne vous BOUVCpez donc pas que

Henri III. dans les premières années de •-,,,, règne, s'habillait souvent en femme, courait la bague en amazone, portait des boudes d'oreilles, une collerette, était coiffé d'une toque d'étoffe sur laquelle s"s cheveux étaient relevi

qui ne le. initiait jamais, même a l'église. C'était une femme, une vraie femme! Il est ainsi représenté sur ses monnaies.

mière fois question delà pièee dans une lettre du 20 mars 1828. Elle fut imprimée seulement en 1830, sous le titre : le Budget

de Henri III ou les premiers Était de Blois..., Paris. Hector Bossange. — La même année, chez le même éditeur : la Proscription delà Saint-Barthéleiny, Ira -ment dïiistoire dialogué, en 5 actes e| en prose.... C'est le dernier essai île drame historique du Gte Rœderer. Il montre à merveille l'avortement, entre

ses mains, d'un genre qu'il avait eu. un des premiers en France, l'idée de renouveler. Au lieu de ces petites pièces dont la précision et le pittoresque exact devaient faire tout le prix, ce sont d'énormes in-8" où la thèse, — la thèse souvent la plus contestable, est devenue l'essentiel, où il ne subsiste plus ni drame, ni histoire, et qui sont ignorés des gens de théâtre et des historiens.

Tai.mv. — Cela pourrait bien plaire à Mlle Mars....

L'auteur, — Si vou« prenez un rôle qui vous mette en scène avec elle, ce moyen-là pourra plus sur elle que mes cajoleries.

Tai.ma. — Avez-vous un rôle pour moi?

L'AUTEUR. — Deux à choisir : le duc de Montpensier et le député Bodin....

Quant aux raisons qui firent échouer ce projet, on les trouve dans une lettre du 26 janvier 1829 relative à l'impression de cet épidrame : « Après le dernier acte, un dernier dialogue apprendra le refus positif de Mlle Mars et l'annonce d'une autre pièce de Henri III qui vaut mieux que la mienne... ». dette au Ire pièce, c'est le Henri II I de Dumas, joué le 11 février 1829, avec Mlle Mars dans le rôle de la duchesse de Guise1. On comprend qu'il parle sans indulgence et du romantisme et de son rival heureux. In peu d'amertume est excusable. A son fils, le 14 mars : « Ne regrette pas de n'avoir pas fait le misérable ouvrage de M. A. D. Ses deux premiers actes sont plats et grossiers; les trois autres sont du mélodrame renforcé. Ces productions noires et atroces prouvent l'absence du talent.... » Rœderer n'est pas plus heureux quand il annonce l'avenir, que quand il fait revivre le passé.

Il faut savoir gré à Vitet de s'exprimer avec plus de modération. S'il est sans colère, c'est qu'il a renoncé et qu'en somme il ne sent pas, en lui, l'étoffe d'un homme de théâtre. L'histoire lui suffira, — l'histoire qui ne prétend pas à des qualités d'art :

l. a lu lin '!'' la même année, à l'Odéon, une Catherine de

Médieis <<<"' État» de Blois, de Lucien Arnault.

Cil LA BATAILLE ROMANTIQUE.

• Dans un momenl d'indécision el d'anarchie dans les goûts, dans un temps peu fécond en vrais artistes, on peut impunément hasarder ces profanations de l'art, ces tentatives bâtardes; elles ont ohance de réussir comme nouveautés el peuvent même n'être pas dépourvues d'un certain charme. Mais que ceux qui, désormais, sous une bannière

OU BOUS une autre, en l'ace d'une critique moins facile el plus mûre, se porteront comme ministres et rénovateurs de la poésie, sachent bien <|ue ni l'art, ni l'artiste ne vivent de ai peu : le poète peut

l'aire des emprunts à I histoire, mais à la condition

de lui donner des lois ;ui lieu d'en suhir, et de

rester créateur. • Telle est la conclusion de Vite! '.

Peut-être est-ce aller un peu loin et condamner

bien vile toute une série d'oeuvres originales qui

eurent leur intérêt, leur utilité tout au moins. Mais désormais leur temps est fini; elles oui rempli leur rôle. Le théâtre ne peut admettre une transposition directe de la vérité, — qu'il s'agisse de vérité historique ou de vérité d'observation. Toute tentative en ce m'hs est condamnée d'avance.

Cinquante ans après le groupe stendhalien, l'école réaliste en tVu'a l'épreuve à son tour. Les auteurs de In Patrie eu danger se décou rageront comme s'est découragé l'auteur de la Ligue. « Oui, le romantisme a eu un théâtre, et il existe des raisons pour cela, écrira en 1879 Edmond de Goncourt. Quand même le romantisme ne posséderait pas à sa tête l'homme unique qui a doué l'art dramatique de la plus sonore langue poétique qui fût jamais, le

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