‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 80 sur 146 · Mercure et le XIX" siècle. Prologue · texte numérisé non relu

Mercure et le XIX" siècle. Prologue

A la suite de Jules Lefèvre, un bon nombre des anciens poètes de la Muse sont passés au Mercure. Dans h- tome XI seulement (octobre-décembre 1825), je relevé : d'Emile Qeschamps, heu. r odes d'Horace ; • lu (lomle de PeyrOnnet, rind ifférence ; d'Alfred de Vigny, fa Beauté idéale \ de Mme Desbordes-Valmore, A uu vieillard, apologue', de Gaspard de Pons, Pauêûnias] d'Ulrich Guttïnguer, le Rivage <le Pourvilie, élégie', de Mme A. Tastu, VEnfani de Canari» '....

Cette tolérance s <le quoi Burprendre 1rs lecteurs habituels du Mercure. Une chronique non signée el qui engage la responsabilité de la revue tout entière s'en explique nettement : « Nous entendons répéter à quelques-uns de nos lecteurs (ce ne sont l»;is les plus jeunes et les plus nombreux) que nous perdons les bonnes voies de l'ancien Mercure.... Il faut les rassurer.... Ses fondateurs [Jay, Tissot, Etienne] n'avaient pas ajouté au titre de cette feuille la date du dix-neuvième siècle, sans être persuadés, avant nous, qu'il fallût y admettre les essais littéraires de ce temps et discuter les plus téméraires innovations.... On répète assez vulgairement qu'on ne peut, selon la dénomination des partis, être à la fois Libéral et Romantique. Il nous semble que ce double caractère pourrait appartenir, en 1825, à qui marcherait avec les deux idées de son siècle; à cette condition toutefois que par Romantique on n'entendra jamais un allié de ces écrivains qui repoussent toute opposition généreuse, un admira-

1. Dans le tome X, déjà, un fragment du Clocher de Saint- Marc de Jules Lefèvre, le Retour de Lamartine, Haïti, chant lyrique de Ghauvet,

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teur de ces dithyrambes composés sous l'inspiration

de la police; et par Libéral l'adoption de cette fatuité seolastique qui ne trouve rien de bon de l'autre côté du Rhin et qui jure encore l'immobilité de la scène, au nom de la légitimité, de l'infaillibilité et de la Irinité des anciennes règles1. » — En tête du tome XII (janvier 1826), un nouveau manifeste affirme les mômes principes et associe en une gloire commune les deux initiateurs de la grande révélation littéraire, Chateaubriand et Mme de Staël-. — Enfin sur le titre du tome XIII (avriljuin 1826), on ne trouve plus la liste des premiers collaborateurs qui, jusqu'ici, avait garanti l'orthodoxie littéraire du journal. A la place môme où s'étalaient — rassurants — les noms d'Ader, de Buchon, de Cauchois-Lemaire, d'A. Jay, de L. Thiessé, de Tissot, ces deux mots seulement qui resteront le programme commun : liberté, vérité.

(le sont des mots sur lesquels on peut s'entendre, à condition de n'en pas donner une définition trop rigoureuse. Montrer que la liberté et l'ordre ne sont pas incompatibles 3, associer les droits de Yimaginatiôn et les droits du réelk, telle est, en 1826-1827, la grande préoccupation de Hugo. Et cela revient à chercher un compromis entre les deux romantismes, à établir les bases de l'Unité.

« La nature donc! La nature et la vérité!... »,

1. Tome XI. p. 137. L'article est de Laloache; tout un passe trouvait déjà dans uni' note a la 2* édition de ses Clas-

si'iurs vengés (1825) vnir ci-dessus, p. 84.

2. Voir aussi dans le même volume (p. 466) Un mot sur le Mercure et sur l'indépendance des opinions par Félix Rodin.

:î. Préface des Odes et Ballades d'octobre 1826. 4, Préface de Cromwell,

proclame la préface de Cromivell. Ce mot de vérité, Hugo l'en tend désormais dans son sens le plus exact et le plus précis. Non pas que l'art doive donner la chose même, reproduire la réalité absolue : « la nature et l'art sont deux choses, sans quoi l'une ou l'autre n'existerait pas ». Mais il n'est rien dans la nature qui ne puisse être matière d'art. Le domaine de la poésie n'est plus seulement ce monde idéal qui échappe aux yeux du vulgaire1. Elle peut exprimer sans déchoir, et librement, tout ce qui est vrai....

Sur la fausse noblesse conventionnelle, sur l'alexandrin pseudo classique, sur l'exactitude nécessaire du décor, sur la tyrannie des règles, sur révolution parallèle de l'art et de la société, la préface ne fait guère que reprendre et amplifier les théories de l'école stendhalienne. Le poète écrivait en 1824 : « La littérature présente, telle que l'ont créée les Chateaubriand, les Staël, les Lamennais, n'appartient en rien à la révolution ». Il écrit aujourd'hui : « Il y a l'ancien régime littéraire comme l'ancien régime politique ». De quoi l'on peut conclure que tous deux doivent avoir les mêmes défenseurs et les mêmes ennemis.

Alliance toute naturelle. Rien ne peut être plus favorable à la fusion des deux romantismes que l'importance prise par les questions de théâtre. Ici surtout, ils ont besoin l'un de l'autre. Ce n'est pas en restant fidèles à l'admiration des Macchabées et de Saiïl que les anciens poètes de la Muse peuvent aspirer à créer un drame nouveau. Seuls

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