Comédie « 1 « > Mazères
2. Examen critique d'Olga ou l'Orpheline moscovite, tragédie en cinq actes et en ve , et résumé des débats entre le classique et le romantique par C. Farcy, Paris, Lioré, septembre 1828, in-8°.
LA BATAILLE nOMANTIQUK. 13
que mieux L'inquiétude des gêna de goal ;'i voir la comédie française, bous l'influence de Taylor et avec la complicité de la foule, passera l'ennemi.
C'est une véritable défection, — un crime qui atteint la France dan- son honneur et contre lequel il esl légitima de faire appel à la plus haute autorité du royaume. Ton-- loi classiques ne partagent pas la modération de C. Farcy. Dans leur désarroi, ils oublient ce libéralisme dont ils ont coutume (le te targuer. Arnault. Lemercier, Viennet, Jouy, Jay, Amlrieiix. Onésima Leroy adressent à Charles \ leur laineuse pétition : « Sire, les agents sur lesquels votre confiance se repose des soins de surveiller et de diriger le théâtre répondent-ils bien à vos inienlions protectrices? Est-ce pour favoriser l'usurpation du mélodrame, estr-ce pour lui li\ rer la srr\n- tragique, que les clefs leur en ont été remises...! Sire, le mal est grand déjà! Encore quelques mois et il sera sans remède.... » On connaît la réponse spirituelle de Charles X, — ou de Martignac.
La querelle, dans cette voie, ne peut que s'envenimer. Après le triomphe de Henri III, la chute lamentable du Pertinax de L. Arnault (le Père Tiffncuéé, disent les romantiques1!) De véritables batailles s'engagent. Les parodistes font rage - ; les vaudevillistes aiguisent leur gaîté pénible
1. Pertinnx reçu en 1828 attendu sa première représentation jusqu'au 27 niai IK2'.I el fut joué deux t'ois!
2. Sur les parodies de Henri III, — la Cour du roi Pétaud (au Vaudeville), le Brutal (à la Gaîté) et surtout Cricri et ses mitrons de Caiiiiouclie. Jousliu de la Salle et Dupeulv (aux Variétés), — voir A. Le Roy, Y Aube du tliéàlre romantique, Paris, 1904. —
el citent l'école nouvelle à leur tribunal1; lesacteurs tragiques, dont le talent risque de demeurer bientôt sans emploi, accordent leurs voix puissantes à ces eriailleries. Dans les coulisses, tonnent toutes les imprécations du répertoire -....
L'été de 1829 apporta aux classiques quelques joies. D'abord l'interdiction de Mat-ion de Lorme arrêtée par la censure. Et surtout, le 13 octobre, la chute de la Christine de Y. Soulié à l'Odéon.Ce fut une soirée orageuse, aussi orageuse que la représentation de Pertinax', mais, cette fois, les classiques prenaient leur revanche : « Des mots de la halle partis des loges, des apostrophes tutoyées adressées aux acteurs, des sifflets continus et des clameurs perpétuelles, sans qu'on ait pu entendre une scène entière de tout ce travail; voilà ce qu'on a appelé un jugement! Ce fut une douleur poignante pour le poète, que cette haine qui s'acharnait à une œuvre que l'amour seul de l'art avait inspirée. Cette douleur, elle n'était pas pour ce drame de Christine qu'ils égorgeaient sans le connaître. Non ! derrière
A signaler encore : Réflexions sur la pièce de Henri III et sa cour par Moreau d'Orgelaine, Auxerre, 182V), in-8°.
1 . Le Jugement de Romantique au Parnasse folie romantico-classicocomico-diabolique, eu I acte «mi vers et en prose par F. Talari de Roanne, Pans, Garnier, 1829, in-I2.
2. Voir Mémoire pour Pierre Victor contre M. le baron Taylor..., Paris, Poutliieu, 1S27. in-8° (« Le sieur Taylor est un des champions les plus déterminés du parti romantique. Anglais de nom, Anglais de goût, peut-être l'est-il aussi d'origine.... » p. G'.l). — Léon llalevy. le Théâtre français, épître satire à M. le baron Taylor, Paris. Delaforest, IS2S, in-8° :
Poursuis Taylor, poursuis tes glorieux travaux Kt dans " ,, du costume éclipse tes rivaux, En muse du décor travestis Melpomêne :
Pour toi, la tragédie est de la mise en scène,
ce vaste rideau qui voile le fond du théâtre, dans cet espace long et droit où le poète se promène seul quand le succès Le trahit, pendant eette heure où tant d'espérances s'éteignent une à une, et la joie de la famille, et le triomphe des amis, et quelquefois le regard d'une femme; en ce lieu et à cette heure, une idée seule occupait l'auteur si maltraité: Le public, ce public qui s'est fait le roi de toutes les pensées, étouffait avant son accomplissement la première pensée libre d'un jeune homme; et comme toute la jeunesse est dans ces mains qui brisaient l'arbre à la première feuille, il se disait douloureusement en prévoyant que le même caprice peut disposer de tant d'oeuvres qui se méditent et s'achèvent: oh! les malheureux! que de beaux drames ils nous tueront ' !... »
F. Soulié n'est pas homme à se décourager aisément : un caractère solidement trempé, habitué à la lutte, énergique et enthousiaste, avec des instincts de conquérant, — > une force de la nature a dit Dumas, qui s'y connaissait2. Mais devant cet effondrement, il s'abandonne. Il rêve d'une existence sans orages, loin du bruit, à l'abri de ces jalousies médiocres. Il se rappelle la retraite si tranquille où fut écrit son drame, le petit pavillon loué avec Janin, tout près du Raincy : « Imaginez-vous un jeune homme retiré à la campagne. Autour de lui, une nature vaste et riche, avec des bois sombres, des eaux fraîches et voilées, des prairies qui par-
1. Frédéric Soulié, Christine à Fontainebleau, Paris, Lemoine, 1820, in-8°. Préface.
2. Mémoires, t. IV, p. 266. — Voir J. Janin, Littérature dramatique, t. V.
fument l'air du soir, des versants de colline chargés de verdure : à côté, des rochers nus et gris, des torrents qui n'arrosent que quelques arbres chétifs, des marais fangeux et des plaines où le sable brûle.... Et supposez, supposez un moment que, sans raison, sans but, il soit soudainement saisi de la pensée d'un drame ! »
Pitoyable métier que celui d'auteur dramatique! Et quelle folie de s'exposer, sans défense, à de pareils assauts.... La préface de Christine est un des réquisitoires les plus éloquents qui aient été écrits contre le public spécial des premières représentations. Il les a vus ensemble se dresser contre lui. ces ennemis acharnés de ce qui est nouveau ou sincère : d'abord les écrivains en possession de la gloire, toujours en garde contre un rival possible ; derrière eux, la troupe des séides fidèles, les esprits à la suite, les chefs des petites coteries littéraires, les critiques incapables de se dégager de leurs théories, tout ce qui vit de la tradition et de la routine ; enfin « ces élégants de café qui suppriment le monsieur devant tous les noms, comme s'ils parlaient toujours d'un goujat ou d'un grand homme ; fort vaniteux de ne rien faire, de n'avoir rien fait et de se dire usés: fort connus au théâtre du boulevard pour y lutter de gestes et de paroles avec les interrupteurs du paradis.... » Eu vérité, cette préface a vieilli beaucoup moins que la pièce qu'elle accompagne ' !
1. A rapprocher, la préface do la Urine d'Espagne do Latouche on 1831 : « J'ai indigné des^ actrices do l'Opéra, j'ai scandalisé des séminaristes, j'ai l'ait perdre contenance à dos marquises et à dos marchandes de modes, Vous m— ioz. dos la troisième
198 LA lîATAII.u: ROMANTIQUE.
Frédéric Soulié expiait sa tragédie de Roméo1....
i\Iai< dix jours après la chute de Christine, Othello escaladait la scène du Théâtre-Français, et le public acclamait le grand Shakespeare et son traducteur2. « J'ai eu ma soirée », pouvait dire Vigny. Bientôt llu^o allait avoir la sienne.
Celle soirée d'Hérnani sera, pour l'école, dramatique nouvelle, la bataille déoisive. Hugo apparaît en effel l'incarnation môme du romantisme. C'est à lui que vonl les attaques les plus vives, les admiralions les plus ferventes. « C'est dans ce moment, écrit P. Foucher le ."> aoùl 1818, comme une fermentation littéraire, une fécondation générale parmi le- poêles qui nous entourent. Victor, Alfred de Vigny, Emile Deschamps, Sainte-Beuve, Alfred de Musset, moi, nous travaillons tous. Victor est comme une colonne au milieu de tous et il nous jette de temps en temps une Orientale, connue un pavé sur des fourmis 3. »
scène du premier apte, vu quelques douairière?, dont les éventailsse brisaient, se lever dans leurs loges, s'abriter à la hâte Boue le velours de leurs chapeaux ooirs et, dans l'attitude de sortir, s'obstiner, à ur pas, le Faire.... .Mais j'ai été perdu quand les cousins des grandes dames se sont pris à venger l'honneur des maris, quand j'ai eu afîaire aux chastetés d'estaminet et aux éruditions de magasina à prix fixe. •