Le Ml juin 1828 à l'Odéon
2. C'est ainsi que s'exprima, dans la traditionnelle annonce au public, l'acteur Perier chargé du rôle d'Yago. — UOthello de Vigny passe le 24 octobre 1829; à cette date, Hernani est déjà prêta être joué. La première sera donnée le 2o février 1830.
3. Lettre Citée par M. André Pavie, Médaillons romantiques, Paris. Bmile Paul, 1909 (p. 309).
Sou appartemenl est le quartier générai de l'école.
Non pas que les soirées de l'Arsenal aient été abandonnées. <>n se presse toujours aux dimanche- de Nodier. Mais c'est là un terrain neutre où peuvent se rencontrer des gens d'opinions très diverses. Le maître du logis est un écrivain déjà vieilli, à demi classique de goûts, d'une inaltérable bonne grâce, indulgent à la nouveauté, mais peu capable d'exaltation, comptant au nombre de ses familiers quelques-uns des partisans les plus déterminés de la tradition, estimant au reste qu'il n'est pas de théorie d'art à quoi il vaille la peine de sacrifier une amitié....
Hue Notre-Dame-dés- Champs, les fidèles du cénacle se sentent, au contraire, dans leur domaine propre. Point d'adversaires à ménager; aucune raison de se contraindre; ils peuvent s'abandonnera leurs enthousiasmes, risquer les paradoxes les plus aventureux, parler en toute liberté, dresser leurs plans de bataille l.
Ils forment une armée véritable, et solidement constituée. A sa tête, les chefs reconnus, — de prestige inégal, mais chacun souverain dans le royaume qu'il a conquis, — Hugo, Vigny, Lamartine. D'une activité et d'un dévouement infatigables, Emile Deschamps et Sainte-Beuve s'acquittent de leur office de seconds. Puis, le gros des troupes. D'anciens rédacteurs de la Muêc française, Guttinguer, Rességuier, Saint-Valry. Des recrues nouvelles; l'école est prèle à accueillir tous ceux qui,
1. Voir les Souvenirs de jeunesse de Victor Pavie. (ÛSuonà choisiVs, Pari», Perrin, 1887, t. II. p. 109 el Buiv.)
par une œuvre maîtresse, affirment leur talent. Antoni Deschamps a rejoint son frère, rapportant d'Italie sa traduction de la Divine Comédie; le Silence môme où il s'est tenu jusqu'ici, son visage expressif et tourmenté, son art sobrement personnel, tout est fait pour l'imposer à l'attention; il est et il restera le poète dantesque1. Adhésion précieuse aussi <jue celle de Dumas; inconnu la veille, le succès d'Henri III en a fait un des champions de la rénovation dramatique. « La brèche est ouverte, nous passerons », a déclaré Victor Hugo2.
D'autres débuts sont moins retentissants. De 1826 à IS.'iO paraît toute une série de recueils de vers signés de noms obscurs, les Mélodies poétiques de Pauthier de Censay', les Ballades et poésies d'A. Fontaney v, les Esquisses poétiques d'Edouard
1. \\;mt m traduction du Dante, A. Deschamps a donné aux Annules romantiques : en 1827-28, la Résurrection (trad. de Mantoni); en 1829, le Dernier Jour du carnaval à Home.
2. D'après Victor Pavie, Souvenirs de jeunesse, p. 11". Voir le Volume de M. K. Iiupuv, Alfred de Viijny, ses amitiés, son n'de littéraire, l. I, p. 280.
:î. Mélodies poétiques et chants d'amour, Paris. Maurice. 1826, in-12. (Du même, L'année précédente, les Helléniennes, Paris, Maurice, 1825, in-12.) — Orientaliste et Binologue, ami de Vigny (voir K. Dupuy liv. cit., \>. III), Pauthier de Censay "<' semble pas avoir joué un rôle dans 1rs réunions du cénacle; niais il partage les enthousiasmes et les idées des jeunes poètes. Il suffit de voir à qui sont empruntées ses épigraphes, ou de lire sa 4" mélodie, la Philosophie et la poésie. — A signaler, la 14" mélodie, Chant d'amour, une imitation du Chant de Suzanne au bain donné par Vigny à la Muse française.
4. Ballades, mélodies et poésies diverses, Paris, Hayet, 1<S2'.I, in-12 (en partie trad. de Th. Moore). — A. Fontaney fréquente depuis 1827 chez Nodier et chez Hugo : un sonnet de lui ligure sur le Ronsard offert par Sainte-Beuve à Hugo après l'interdiction de Marion. — A la fin de 1830, il accompagne le duc d'Harcourt, ambassadeur à Madrid. Une lettre du 20 février
Turquety l, les Souvenirs poétiques cTAlcide de Beauchesne2, les Voyages poétiques de Théodore Carlier', — petits in- 12, d'une élégance naïve avec leurs couvertures de couleur tendre, amoureusement ornés
1831, publiée par M. E. Dupuy (liv. cit., p. 370) montre que l'Espagne ne lui fit pas oublier ses amis. En voici une autre, adressée à Ernest Fouinet de Madrid le 14 avril : « Mon cher Fouinet, j'ai reçu votre bonne lettre et vous en remercie. Je vous demandais cependant bien des choses que vous ne m'envoyez pas. Il me fallait des nouvelles de toute espèce, des vers, et tout cela, vous l'avez oublié. Vous me portez un défi, vous êtes susceptible. Vous voulez que je vous attaque avec de la poésie, pour vous défendre après. Je vous l'ai dit déjà, je ne m'en sens ni la force ni le courage. Soyez donc moins exigeant et commencez; peut-être, quand vous m'aurez poussé à bout, quand j'aurai reçu vos bottes, riposterai-je. Réveillez donc la verve qui dort peut-être seulement en moi, quand je la crois morte. Si votre main touche l'instrument, il se peut qu'il résonne encore. En tout cas, écrivez-moi. vite, souvent, longuement. Parles-moi «le nos amis et surtout de vous. Je ne vous écris qu'une ligne aujourd'hui voulant profiter du courrier, je prendrai ma revanche une autre fois. Adieu, yours very affectionatelv. Fentaney. • (Inédit.) — D'ailleurs, à la fin de 1831, Fontauey avait déjà retrouvé ses amis et commencé sa collaboration à la Revue des Deux Mondes. (Voir Scènes de la vie Castillane et Andalouse par lord Feeling, Paris, Charpentier, 1835, in-8°.) — On connaît son roman d'amour et cette fin si triste, le 12 juin 1837. (E. Asso. les Petits Romantiques.)
1. Paris. Delangle, 1829, in- 12. Voir en tète du volume l'Epitre à Charles Nodier et une assez belle pièce, sincère d'accent, Exaltation. Sur Turquety, voir F. Saulnier, la Vie d'un poète, E. Turquety. Paris, (iervais, 1885.
2. Paris. Delangle, 1830, in-12. Sur A. de lîeauchesne.ehef de cabinet de La Rochefoucauld au déparlement des Beaux-Arts, voir les Mémoires de Dumas. — II est de ceux qui reprocheront vivement à BugO SOQ évolution politique. (Voir la 3' edit. des Souvenirs.)
3. Pans. Levavasseur, 1830, in-12. — Nous ne savons rien sur ses rapports avec le cénacle: dans sa préface il se proclame l'admirateur de HugO, de Vigny, de Sainte-Beuve. d'É. D?8C lia ni ps.
Il collabore régulièrement aux Annales romantiques: En IS27-28. f Aveugle] en 1829, Melésigène\ en 1830, Pontifia...,
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de vignettes OU de fleurons symboliques. L'inspiration, certes, n'en est pas nouvelle; ces jeunes poètes en sont restés au lyrisme de la Mus* française, M:iis une même flamme les anime ; ils entrent dans la lutte avec une égale ferveur pour leurs maîtres communs. Enthousiastes et ingénus, il semble qu'il y ait en eux comme une obscure prescience «le- chefs-d'œuvre à venir :
Quel est, dans sa splendeur, ce Biècle qui s'élève?
B'éorie Pantbier de C.ensay, — et Alcitle de Beau-
cliesne :
VoicJ venir Le temps d'amour et d'harmonie!...
Ce culte pieux que Victor Hugo et ses amis de la première heure professaient pour les Soumet et les (iuiiaml, eux-mêmes en sont l'objet maintenant; rr sont leurs œuvres qui fournissent aux poèmes nouveaux des épigraphes.
Parmi ces admirateurs, il en est qui ne seront poètes que par occasion et ce ne sont pas les moins fervents. Érudit et philologue , Ernest Fouinet n'a guère donné encore que ses traductions de poésies malaises1; mais il a eu la bonne fortune de prêter à l'auteur des Orientales le secours de sa science; son nom figure dans une note du chef-d'œuvre.... Sa part de gloire est belle.
1. Dans la Bibliothèque choisie de Laurentie, 1820-1830. (Voir Asselineau, Bibliographie romantique.) — - Aux Annales romantiques, Fouinet a donné en 1826, l'Idiot, ballade ; en 1830 A deux heureux, sonnet à M. et Mme Hugo. — Il renonce ensuite à la poésie, collabore au Livre des Cent un. En 1832. son premier roman, la Strega.
D'autres enfin, plus jeunes enoore et plus impét lieux : Paul Foucher qui se console de l'échec d' A nu/ Robsari en écrivant des drames frénétiques et des élégies de 600 vers ', — Alfred de Musset dont tes premiers essais font dire à Sainte-Beuve : « Il y a parmi nous un enfant de génie2 », — l'auteur des alégitê nationales, le traducteur de Faust, le futur Gérard de Nerval.
Il faudrait remonter bien loin dans le passé pour trouver autant de promesses, une école aussi riche d'énergies diverses et aussi disciplinée en môme temps. Il n'est pas jusqu'aux artistes qui viennent apporter aux maîtres poètes l'hommage de leur talent : Louis Boulanger, un des amis les plus intimes de Hugo, Delacroix que les romantiques ont défendu contre tous les outrages, Achille et Eugène Deveria, David d'Angers....
Fraternité des arts, union fortunée '*!...
Ou comprend l'enthousiasme des jeunes provinciaux admis aux réunions de la rue Notre-Damedes-Champs. D'autant que rien n'est négligé pour les conquérir. Ce n'est pas seulement, de la part de Hugo, coquetterie personnelle. Si la province d'une manière générale reste assez étrangère à toute nouveauté, quelques foyers s'allument cependant dont il importe d'aviver la flamme. Toulouse a donné le signal, voici déjà bien des années; Rouen a livré le» premières batailles4; ailleurs
I. La Goûte, drame" ea 3 actes. Voir les lettres publiées par M. André Pavie, Médaillon» romantique*, p. V.) et 311. J. B. Dupuy, lia. rit., p. 876.
■\. Joseph Drlornw.