‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 98 sur 146 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

( 10NI DESGHAMPS. 227

La lettre de Lamartine est adressée à la maison de santé du 1)' Blanche, à Montmartre, — la maison hospitalière où tant de poètes et d'artistes, lamentables épaves du génie, viendront tour à tour chercher un asile. Antoni Deschamps s'y retira dès les premières menaces de la folie; il devait y rester jusqu'à sa mort. Jamais, d'ailleurs, il n'eut à souiïïir d'aucune sévérité de régime : avec un malade comme lui, toute contrainte, toute discipline étaient inutiles. Délivré des soucis matériels, trop lourds pour son énergie défaillante1, il gardait la liberté d'aller et venir à sa guise. Tous ceux qui l'ont connu parlent de ses longues promenades, de ces nuits entières passées en d'interminables causeries

En somme, sa folie n'a rien changé à ses habitudes. Il reste, comme par le passé, intimement mêlé à la vie de la jeune école. Depuis 1827, tous les salons où se réunissent les romantiques le comptent au nombre de leurs habitués : le salon de l'Arsenal, celui de Victor Hugo, rue Notre-Damedes-Champs, puis place Royale, celui du peintre

l.^Voici^ce que lui-même ditjde sa maladie :

... Lorsqu'un homme est pris de cette maladie, Il perd jusqu'à l'instinct -le Conserver sa vie; El si quelque valet ne venait pas enfin, 11 mourrait, jo lo pense, ou de froid ou de faim....

(Dernières paroles. Élégie», XXIV.)

Durant les crises, ajoute Samuel Bach (Théophile de Fenïères),

■ Le sentiment de la vie végétative s'éteint, il perd les facultés qui le mettent en rapport avec la vie extérieure ». (Art. de la France littéraire, t. XX. 1835.J

2. Voir V. Pavie (lie. eité). A. de Viyny, Correspondance, lettres du 11 avril 1843, du lu août 1853. — A. do Musset, Correspondance, lettre du 4 août 1831", etc»

Devéria.... Il a assisté à ces lectures fameuses, préludes des grandes batailles : lecture do Mai-ion de Larme le 10 juillet 1829, de YOthello de Vigny, le 17 juillet, dîHernani le 30 septembre. Le 24 octobre de la môme année, il est parmi les « conjurés » qui défendent au Théâtre-Français le More de Venise; le 12 février l<S.T>, il se retrouvera avec Auguste Barbier et Berlioz, pour acclamer Chatterton '.

Lui-môme n'a pas interrompu son travail. Les événements de 1830 lui ont inspiré quelques satires; mais il a hâte de revenir à ses sujets de prédilection. Après un article de Brizeux, qui est comme une sorte de présentation et qui définit à merveille l'originalité de sa poésie2, la Bévue des Deux Mondes publie en février, mars, avril 1833, une série d'études italiennes3.

Les fervents d'italianisme, les amis de Deschamps surtout, accueillirent avec joie ces nouveaux essais où s'affirmait un talent toujours maître de lui-môme et capable de résister aux attaques de la maladie. Ch. de Malartic, qui fut jadis son compagnon de voyage et qui vient de repartir pour l'Italie, lui adresse une première lettre de Nice, le l,rmars :

Se peut-il, mon cher Deschamps, que j'aie laissé s'écouler tant de jours sans échanger contre votre aimable et poétique hommage quelques lignes de ma mauvaise prose. Ce sont pourtant de véritables remerciements que j'ai à vous faire, mon cher ami, d'avoir ramené mes pensées vers Guaspre et la campagne de Rome. C'est avec un semblable

1. Correspondance de Vigny. Lettres du 9 octobre 1829 et du 21 février 1833.

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