Portraits contemporains, t. V, p
des Nouveaux lundis sont d’un autre ton et une note des Portraits contemporains exprime quelques remords : « J'avais mis d’abord de la résistance à le suivre dans son procédé d'artiste et je n’y étais pas entré de droil fil. Cela arrive souvent aux devanciers, par rapport à leurs successeurs; ils sont sur la défensive, en méfiance, grondeurs tout d’abord et comme grognons. L'oncle a depuis rendu plus de justice au neveu, et le neveu a pardonné à l'oncle. »
A vrai dire, le neveu lui en avait-il jamais voulu? La chose est douteuse; ses convictions étaient trop ardentes pour que la contradiction püt l’atteindre dans son orgueil. En tout cas, il fit mieux que pardonner. Les lettres que nous a conservées Spoelberch de Lovenjoul témoignent, entre eux, d’une amitié véritable. Je cite seulement quelques lignes d'octobre 1857 : « Je relis pour la troisième fois votre admirable article sur Théodore de Banville, où vous relevez, d’une main si ferme et si haute, la bannière du romantisme, sous laquelle nous avons combattu ensemble, vous comme général, moi comme simple soldat... Oui, nous avons cru, nous avons aimé, nous avons admiré, nous avons été ivres du beau, nous avons eu la sublime folie de l’art!... Nous n'avons pas à rougir de notre jeunesse, Bleus nous étions et bleus nous sommes. Le génie lyrique plane au-dessus de notre bataillon décimé, en fai-