Portraits contemporains, t. I, p
sant palpiter ses ailes d’or. Nous seuls encore, em France, savons faire des vers!... » Devant la marée montante de l’esprit bourgeois et des théories humanitaires, les vrais artistes ne pouvaient que se tendre la main — et s’isoler de la foule. Souvent excessifs en leurs propos, les apôtres de l’art pour l’art avaient un rôle historique à remplir.
Entre 1840 et la révolution, les grands romantiques semblent éprouver quelque lassitude, ou obéir à d’autres soucis. La magnifique série des recueils lyriques de Hugo s’est interrompue après les Rayons el les Ombres (1840); aprèsles Burgraves, il renoncera au théâtre. Lamartine est tout à la politique et George Sand à la prédication sociale. Vigny, dont la Revue des Deux- Mondes publie, à intervalles irréguliers, les grands poèmes philosophiques reste dans un isolement dédaigneux. Sainte-Beuve n’est plus que critique. Alfred de Musset a à peu près terminé son œuvre; il achève de: brüler sa vie.
L'influence de Gautier grandit dans ce silence. IL est te survivant des grandes luttes, et ses polémiques, comme son œuvre personnelle, lui donnent un prestige plus grand, d’année en année. Admirable de verve: et d’entrain, artiste impeccable et passionné, désintéressé de toute façon, on peut se grouper autour de lui.
Il est celui à qui, d'abord, les débutants enthousiastes apportent le tribut de leur admiration.
Les titres de leurs recueils suffisent à en témoigner! : les Carialides, les Slalactiles, les Odelelles de Banville, ses À mélhysles plus tard, Onyx de Charles Coran (1840), les Auréoles de Siméon Chaumier (1841), Formes el couleurs d'Arthur Ponroy (1842), les Arabesques* d’'E. Bercioux (1847)... Il y a là un romantisme nouveau, romantisme plastique dont Hugo reste le Dieu, mais n'est plus le chef, et qui nous conduira du Jyrisme des maîtres à l’alexandrinisme parnassien.
En 18/44, la Prosodie de l'école moderne de Wilhelm Ténint’ proclame le dogme unique et essentiel de Ja rime riche. La même année, Arsène Houssaye prend la direction de l’Artiste‘ et ses compagnons de
1. D'une manière générale, il n’est pas sans intérêt de remarquer les titres que choisissent les poètes secondaires. On y voit la physionomie des époques poétiques et les variations de la mode. De 1820 à 1830, les Chants élégiaques (A. Guiraud), les Légendes, Ballades el Fabliaux (Baour-Lormian), les Ballades el Mélodies (Fontaney), les Helléniennes (Pauthier), les Inspiralions, Esquisses, Mélodies, Préludes ou Voyages poéliques (G. de Pons, Turquéty, Pauthier, Aimé de Loy, Carlier)... — Après 1830, les titres truculents : Feu et Flamme, Rhapsodies, la Cape et l'Épée…
2. « En dehors des compositions que l’on peut appeler classiques... il existe un genre auquel conviendrait le nom d’Arabes- -Que où, sans grand souci de la pureté des lignes, le crayon s’égaye
en mille fantaisies baroques... » Préface des Grotesques (1844). 3. Précédée d’une lettre de Hugo et d’une préface d’'E. Deschamps.
- 4. Tome V de la 3° série; la retraite de Delaunay, à sa tête de-
la rue du Doyenné y entrent avec lui. Aïnsi, la Bohême galante devient une école; elle a son programme et son journal.
Sous le proconsulat de Delaunay, la vieille revue de Ricourt n'avait pas joué un grand rôle littéraire. Gagnée, en poésie comme en peinture, aux formules académiques, elle faisait la guerre au désordre — et au pittoresque, ce qui est paradoxal pour une revue d'art. Ses faveurs allaient aux harangues de Patin, au sublime tempéré de François Ponsard, au lyrisme de Siméon Pécontal : avec eux, renaissait la sécurité perdue. Le 29 janvier 1843 : « Sous un vain prétexte de frayer des routes nouvelles, le goût lui-même a été remis en question et les tentatives les plus monstrueuses ont été réalisées. Tant qu'a duré cette orgie, cette tempête révolutionnaire, nous avons gardé le silence... Aujourd'hui, les temps sont meilleurs, on revient à des idées plus saines et l’on voit poindre à l'horizon un avenir plus calme et plus heureux‘. »
Un an plus tard, avec la nouvelle direction, changement complet : l'ennemi est maître de la place?.
puis avril 1838, est annoncée en décembre 1843 (t. IV, pp. 319, 417). — Dans la préface de son premier roman, De profundis par Alfred Mousse, Paris, Lecointe et Pougin, 1834, Houssaye a tenu à dire son admiration pour Gautier. Pour le second, la Couronne de bluets, Paris, Souverain, 1836, Gautier a dessiné une vignette ét écrit une Moralile.