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2. Ce n’est pas sans mélancolie que Delaunay s’est résigné à la
Quoique A. Houssaye proteste de son indépendance à l'égard de toute doctrine, ses sympathies ne sont pas douteuses. Dès janvier 1844, la mort de Casimir Delavigne lui permet de prendre position. L'article, il est vrai, n'est pas signé, mais il engage la revue ellemême : quelques pages seulement, respectueuses et où l’on sent le désir d’être juste, mais si froides de ton! « Le public estime encore plus, dans un écrivain comme celui-ci, la conscience que le génie... Il y a, dans ce siècle-ci, des écrivains qui ont porté plus haut que C. Delavigne la majesté de leur monument liltéraire,. des poètes dont le vol lyrique a peut-être atteint des beautés plus surprenantes, des auteurs dramatiques dont les tentatives puissantes ont remué la scène avec plus de fracas;... on peut lui reprocher à demi-voix tous les défauts littéraires que l’on jugera blämables, nous y consentons; mais il faut constater hautement que, dans ce temps où toutes les intelligences se laissent aller çà et là, un homme de volonté, un poète sachant ce qu'il fait et où il va mérite d’être remarqué... »
L'article s'adresse surtout à l’Académie appelée à choisir au poète un successeur; il est plein d’avertissements et de conseils — un peu rudes : « Nous engageons l’Académie à remonter au respect d'elle-même :
retraite : « Cet avenir, gémit-il, a passé comme un songe léger, la fortune s’est bien vite repentie du sourire d’un instant. » (t. [V, p. 319).
elle n’est pas libre de sacrifier le dépôt des saines traditions qui ont présidé à sa naissance et à sa gloire; elle nous en doit compte. Deux hommes de talent, deux noms littéraires, MM. Sainte-Beuve et A. de Vigny se présentent. Nous croyons qu'il n’y a pas à hésiter; les amitiés politiques n'ont rien à faire ici; nous sommes à l’Académie, nous ne sommes pas au Conseil d'État... » C’est bien une manière de sommation ; la revue a conscience de son pouvoir et souci de sa responsabilité.
Dans ses colonnes, désormais, les lettres, la poésie surtout, prennent le pas sur les beaux-arts. La rédaction est entièrement renouvelée et très élargie. De vieux combattants comme Petrus Borel, — un Petrus Borel assagi, il est vrai, — reprennent leur place; Gérard de Nerväl se charge des feuilletons de théâtre ; la Revue littéraire de Paul Mantz, les Chroniques rimées de H. Vermot dénoncent les banalités courantes; H. de Latouche, artiste assez médiocre cependant, plaide pour la rime riche?. Aucune livraison sans une pièce
r. Le 8 février 1844, Saint-Marc-Girardin est élu au fauteuil de Campenon, au premier tour de scrutin, contre A. de Vigny; pour celui de C. Delavigne, aucune majorité ne peut être obtenue. — Le 14 mars, Sainte-Beuve obtient le fauteuil de C. Delavigne et Mérimée celui de Nodier ; battu encore, Vigny remplacera Étienne le 8 mai 1845.