‹ La bataille romantiqueChapitre 115 sur 139 · Cariatides. — A Madame Caroline Angebert · texte numérisé non relu

Cariatides. — A Madame Caroline Angebert

splendeur, ce monde irréel, absurde et délicieux des féeries shakespeariennes. Banville a la passion de « ce théâtre bleu couché dans sa paresse, d’où, comme le bon sens, la grave histoire a fui... », ce théâtre qui, après l'avortement du grand mélodrame lyrique, pourrait être la revanche du romantisme.

Sans quinquets enfumés, ni ciel de toile peinte,

Mille gens, plus pimpants qu’un sonnet de Ronsard, En faisant des bons mots, s’y croisent au hasard.

Là des ruisseaux d’argent, dans des pays quelconques, Versent leurs diamants aux marbres de leurs conques; Des arabesques d’or se brodent sur les cieux.

Les arbres sont d’un vert à faire mal aux yeux;

Tout est très surprenant, sans causer de surprises

Et, dans tout ce soleil, on est baigné de brises.

Les héros vont partout, sans y porter leurs pas,

Ne sont d'aucune époque et ne demeurent pas.

Les femmes ont au corps les plus riches étoffes,

Des robes de brocart, de saphirs et d'oiseaux,

Souples comme une vague ou comme les roseaux;

Des mantelets aurore ou bien couleur de lune

Jettent mille reflets sur leur épaule brune,

Avec mille bijoux, plumages et colliers.

Ici encore, on reconnaît le souvenir et les phrases mêmes de Mademoiselle de Maupin'. Et, pour que l’on ne puisse s'y tromper :

1. « Il est un théâtre que j'aime, c’est le théâtre fantastique,

extravagant, impossible... C’est un singulier théâtre que celui-là. Des vers luisants y tiennent lieu de quinquets... Le ciel, d’un bleu

Parfois, sous de riants habits de cavaliers, Egrenant sur leurs pas des colliers d’épigrammes, Elles courent les champs, énamourent les femmes

Mais le disciple n’a plus la discrétion du maître. Ces couleurs, que Gautier distribuait avec sa précision et sa sûreté de peintre, Banville les prodigue à l’aventure. C’est un bariolage où chatoient toutes les nuances, perles et pierreries à poignées, « lueurs roses ou bleues des apothéoses, blancheurs d’aurore ou rougeurs de couchant, quelquefois aussi la gloire en feux de Bengale d’une fin d’opéra* ». Il s’éblouit lui-même, ivre de sonorités et de splendeurs.

Ses premiers poèmes grecs paraissent au moment même où les triomphes de Rachel semblent le prélude d'une renaissance. Personne cependant n’est plus éloi-

verdissant, est zébré de larges bandes blondes et fauves; de petits arbres, fluets et grêles, balancent sur le second plan leur feuillage clairsemé, couleur de rose sèche ;:les lointains, au lieu de se noyer dans leur vapeur azurée, sont du plus beau vert pomme... Les personnages ne sont d'aucun temps ni d'aucun pays; ils vont et viennent sans que l’on sache pourquoi, ni comment... Leurs habits

sont les plus extravagants et les plus fantasques du monde... Ce

sont des robes éloffées, ondoyantes avec de grands plis qui chatoient comme des gorges de tourterelles... » (Mademoiselle de Maupin, I, 78.) — Th. Gautier tenait à ce morceau. Il l’a publié encore dans le Monde dramatique du 4 janvier 1836 sous le titre : la Comédie romanesque et, plus tard, dans la Presse du 17 décembre 1838, dans la Giralda en 1845, dans l’'Artiste du 1°" août 1854. (Voy. Spoelberch de Lovenjoul, liv. citl., 1, 73.)

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