Salon de
salle, acclamant l’auteur qui traite avec eux de pair à compagnon’... » Moralisons! Moralisons! s’écrient en chœur « l’école bourgeoise et l’école socialiste ». Et
chacune apporte sa morale, dont on n’a que faire. C’est.
une rage de moraliser!…
Jusque-là nous sommes dans la pure orthodoxie romantique; les adeptes de Gautier ne parleraient pas autrement. Mais voici, quelques semaines plus tard, à leur intention* : « La puérile utopie de l’école de l’art pour l’art, en excluant la morale et souvent même la passion, était nécessairement stérile... Sans doute, des littérateurs très ingénieux, des antiquaires très érudits, des versificateurs qui, il faut l'avouer, élevèrent la prosodie jusqu’à la hauteur d’une création furent mêlés à ce mouvement et tirèrent des moyens qu'ils avaient mis en commun des effets très surprenants... » Des littérateurs, des antiquaires, des versificaleurs : il ne daigne même pas les appeler des poèles. La poésie est autre chose que cela, elle n’est pas hors de la vie. Si peu de sympathie qu’il professe pour l’art utilitaire, il se refuse à admirer ces exercices de pure virtuosité : « Le goût immodéré de la forme pousse à des désordres
1. 27 novembre 1850. Les drames et les romans honnêtes (L'art romantique).
2. Article sur l’École païenne, 22 janvier 1851. — Notice sur Pierre Dupont, avril 1851 (L'art romantique).
3. « Etre un homme utile m’a toujours paru quelque chose de bien hideux » (Mon cœur mis à nu, p. 103).
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monstrueux et inconnus. Absorbées par la passion féroce du beau, du drôle, du joli, du pittoresque, car il y a des degrés, les notions du juste et du vrai disparaissent. La passion frénétique de l’art est un chancre qui dévore le reste; et comme l'absence nette du juste et du vrai dans l’art équivaut à l’absence d'art, l’homme entier s'évanouit!.… »
Quant à ces artistes néo-païens, avec leurs déclamations contre la tristesse chrétienne: et leur Olympe de carnaval, ce sont d’insupportablés pédants : « Depuis quelque temps, j'ai tout l’Olympe à mes trousses et j'en souffre beaucoup; je reçois des dieux sur la tête, comme on reçoit des cheminées. Il me semble que je fais un mauvais rêve, que je roule à travers le vide et qu’une foule d’idoles de bois, de fer, d’or et d'argent tombent avec moi, me poursuivent dans ma chute, me cognent et me brisent la tête et les reins. » Pastiche que tout cela, pastiche inutile et dégoûtanl! Puis, brutalement, ce blasphème : « Buvez-vous des bouillons d’ambroisie, mangez-vous des côtelettes de Paros? Combien prête-t-on sur une lyre au mont-de-piété®! »
1. L'école païenne.— Comp. la lettre à V. Hugo du 27 sept. 1859, publ. par M. Gustave Simon, Revue de France, 1° oct. 1923. 2. Dans le volume collectif de Prarond, Levavasseur et Dozon (Vers, 1843), cet anathème à l’Olympe :
« Dieux joyeux, je vous hais; Jésus n’a jamais ri... » (Cité par Crépet, p. 39.) 3. L'École païenne.
Ainsi, sa mauvaise humeur poursuit à la fois les médiocres qui veulent détourner la poésie de son objet essentiel, la beauté, et les virtuoses qui, sous prétexte de défendre cette beauté, sont les premiers à l’avilir'. Mais que doivent penser, à cette lecture, Banville son ami, L. Ménard son camarade de collège, et Leconte de Lisle, et le poèle impeccable, le parfait magicien ès lettres françaises à qui seront dédiées les Fleurs du mal?
Baudelaire avait toujours affecté le mépris de l’action politique. Aux environs de 1848 cependant, sous l’influence de Thoré, de Proudhon, d'H. Castille, il se laissa gagner à la contagion des idées humanitaires. Avec Champfleury, il fonda ce journal, le Salut public, qui ne devait pas aller au delà du second numéro? Une contradiction de plus. Lui-même, plus tard, s’en étonnera : « Mon ivresse de 1848. De quelle nature était cette ivresse? Goût de la vengeance. Plaisir naturel de
1. Voy. encore ce sujet d'article pour le journal projeté qui ne parut jamais, le Hibou philosophe : « Faire à nous cinq un grand article : La vente des vieux mots aux enchères de l’École classique, de l’École galante, de l’École romantique naissante, de l’École lunatique, de l’École lame de Tolède, de l'École olympienne (V. Hugo), de l’École paienne (Banwville), de l’École poitrinaire, de l’École du bon sens, de l’École mélancolico-farceuse (A. de Musset). » (Crépet, P- 91.) ;