‹ La bataille romantiqueChapitre 135 sur 139 · Émile Allix · texte numérisé non relu

Émile Allix

résurrection de la jeunesse; il y a eu une vraie émotion; les journaux ont lutté ; Gautier et Janin ont eu vingt ans; les tout jeunes ont fait des brochures, des vers, des manifestalions; j'ai eu en pelit ce que vous avez eu en grand autrefois. Le mot romantisme a été réarboré, voilà ma gloire. Comme le succès matériel n'est rien à côté de l’autre! J'ai eu onze représentations, pas de recettes, des sifflets, et le résultat est que je suis fier comme un paon. Que! mensonge que le succès et qui est-ce qui n’aimerait pas mieux être proscrit qu'empereur? Je vous remercie du mot d'encouragement que vous m'avez écrit par Meurice. Mais le grand encouragement pour tous, ce sera la publication des Misérables. Voilà de quoi nous vous remercions!

Il est difficile de mieux s’accommoder d'un échec. Et ce n’est pas là une attitude voulue. Avec leurs façons cabotines, ces grands romantiques sont d’une ingénuité admirable; et ils ont par-dessus tout l’amour de leur art.

Depuis qu'il sait les Misérables à peu près achevés, Vacquerie est dévoré d'impatience. Que sont ses intérêts personnels auprès du grand événement attendu ? Déjà, en juillet 1847, il a entendu lire — avec quel frémissement religieux ! — les premières pages de l’immense roman et il a éprouvé le besoin de faire partager à d'autres son émotion : « Donc, nous l’entendimes, le commencement de celte épopée des Misérables qui dépassera, nous le prédisons sans peur, la fortune miraculeuse de Notre-Dame de Paris. Et les heures passaient, et la nuit se consuma, et de menus rais de jour firent pâlir la lampe, et notre émotion fut telle,

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qu'aujourd'hui, après deux mois, nous ne pensons pas à ces pages sacrées, sans nous sentir troublé à un point indicible. Nous ne reprendrons parfaitement nos sens que quand la publication de ce poème unique nous permettra d'en parler et de répandre au dehors l'émotion qui nous étreint la gorge. Qu'il soit donc terminé vite, et publié aussitôt, ce livre sombre et rayonnant, si impitoyable et si tendre’... »

Or, en 1861, les temps étaient révolus. Le 30 juin, à 8 heures du matin, le poèle écrivait le mot : Fin. Le même jour, il annonçait à son disciple la grande nouvelle?. La réponse ne se fit pas attendre. De Villequier, le 10 juillet :

Mon cher maître, je suis bien fier que vous ayez pensé à moi, dans ce grand jour de l'achèvement des Misérables, Je nets dans mes papiers précieux cette lettre historique. Le voilà donc fini, ce livre que vous nous devez depuis si longtemps et que vous allez nous payer bien vite, j'espère! Au moins ce chef-d'œuvre-là n’est pas né dans cette indifférence que je reprochais aux astres. Le chapitre de Profils et grimaces dont vous voulez bien vous souvenir accusait en particulier les comètes de ne pas accourir à l'apparition des chefs-d'œuvre”. Les comètes ont eu honte : c'est le 50 juin que vous avez terminé; le 30 juin même, une comète s'est montrée.

1. Écrit en septembre 1847, Profils el grimaces, 1856, p. 112.

2. Voyez la correspondance de V. Hugo et Meurice publ, par Jules Claretie, p. 132.

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